Dîners clandestins et autres activités essentielles

Après les dîners clandestins, les activités qui s'affranchissent des contraintes d'un état d'urgence sanitaire qui, comme il fallait s'y attendre, devient perpétuel. Des activités dont les intervenants ne s'embarrassent pas de questions aussi futiles que la cohérence.

Rapide rappel des contraintes de l état d'urgence sanitaire qui permet à Macron de confisquer à sa guise les libertés individuelles et à prendre les décisions qui lui conviennent. Le principe, une "interdiction de tout déplacement en dehors de son lieu de résidence, sous réserve de se munir d'une attestation dérogatoire" avec deux dérogations, "les déplacements professionnels ne pouvant être différés" et "la participation à des missions d'intérêt général sur demande de l'autorité administrative". On se souvient de la polémique sur les activités et commerces essentiels. L'accès aux soins et à une alimentation plus ou moins industrielle en font partie. En revanche, la télé n'est pas un domaine "essentiel". Au contraire, l'arrêt des émissions aurait été une décision de salubrité publique et de santé mentale. Quoiqu'il en soit, chaque jour, des présentateurs, des animateurs, des artistes, des politiques, des journalistes, des experts, des éditorialistes, des idéologues, des techniciens sont autorisés à sortir après le couvre-feu et pour certains à dépasser la distance depuis leur domicile pour délivrer la bonne parole pour calmer la colère qui monte. En quoi Lapix, Pujadas, Ruquier, Alain Duhamel et les autres sont-ils essentiels ? Les ministres, les élus du peuple, locaux ou nationaux, respectent-ils les obligations du moment ? Sans doute pas, puisque sans eux, le monde ne pourrait pas tourner. Chers donneurs de leçons, puisque vous légitimez ces décisions et que vous nous les imposez, commencez par en mesurer les effets en les respectant. D'autre part, vous êtes de la même engeance et souvent les mêmes, à faire les gros yeux en répétant à l'envi, les termes de modération salariale, flexibilité, compétitivité, dette, convergence budgétaire, prise de risque... soyez cohérents, démissionnez de vos postes dans la fonction publique, cessez de pantoufler, de cumuler, limitez vos salaires-retraites-actions-rentes-indemnités-prébendes, mettez fin à vos passe-droits, aux petits arrangements entre amis, à la corruption... ce sera le début de l'exemplarité. Tout le reste n'est qu'arguties. Il me revient cette réflexion d'A. Duhamel le moraliste, fustigeant le manque de solidarité nationale des propriétaires de résidences secondaires qui fuyaient l'Ile de France pour éviter de pâtir de l'enfermement sanitaire. Le même Duhamel que celui rattrapé pour sa présence à l'insu de son plein gré dans un dîner clandestin interdsant le port du masque. Cohérence et pudeur minimales. Quant aux dîners privés entre gens du monde, enfin du même monde, celui des hapy few, ils restent au fond anecdotiques. Leurs montants, leurs invitations sur cooptation, leur affranchissement des règles qui sont bonnes pour les autres, font partie de la routine des privilégiés, de cet entre soi auquel une partie de la population, sensible à la promotion du luxe et de ce qu'il suppose, rêverait d'appartenir. Cent cinquante ans après la Commune de Paris, voilà qui peut laisser perplexe.

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