Un "parcoursup" asiatique

Comme souvent désormais, la Chine et l'Asie du sud-est nous montrent le chemin. Cette fois, c'est d'université dont il s'agit. Ici, comme sur d'autres sujets, pas de fioritures, on ne se paye pas de mots inutiles et Parcoursup se traduit par sélection. Témoignage d'une réforme qui s'appuie sur la sélection tout en faisant les poches des postupants.

La dictature militaire thaïlandaise que Macron a reçu il y a peu en la personne de son premier ministre (elu) Phrayut Chan-O-Cha a modifié récemment les procédures d'inscription dans les universites. Ce changement effectué sous une certaine pression populaire qui dénonçait un système injuste favorisant les familles aisées, n'est pas à la hauteur des espérances. Il est complexe, long et le coût à la charge des familles est loin d'etre negoigeable. Pour faire simple, puisqu'il n'y a pas suffisamment de places disponibles, surtout dans les établissements les plus prestigieux, un systeme de concours départage les candidats. Chacun doit d'abord présenter un dossier auprès d'une ou plusieurs universités. Cette présentation de dossier est à chaque fois payante. Elle consiste en un entretien avec un jury qui détermine si les candidats peuvent ensuite s'inscrire aux tests d'entrée proposés par chaque université. Ces tests sont à chaque fois payants et comme ils peuvent concerner jusqu'à neuf matières la note finale peut être salée. En effet, l'étudiant qui souhaite être certain d'effectuer des études supérieures a logiquement intérêt à passer un maximum de tests dans le plus grand nombre d'universités possibles, quatre au maximum. Vous suivez ? Qu'un candidat issu d'une famille aisée veuille passer quatre tests dans trois universites différentes, aucun risque de banqueroute. Mais que l'un ou l'autre des parents du même aspirant universitaire vende des fruits dans la rue, fasse des menages, soit fonctionnaire voire appartienne à cette classe moyenne couverte de crédit et la somme à débourser pesera lourdement dans le budget familial. Jusqu'à un mois de salaire ou davantage. D'autant qu'une fois ces examens passés, les candidats devront attendre quatre ou cinq longs mois avant d'en connaître les résultats. Des délais qui ajoutent au stress des élèves, surtout quand ils viennent de milieux modestes, porteurs qu'ils sont des espoirs de leurs parents et d'un investissement financier dont ils sentent le poids et dont ils mesurent la responsabilité qu'ils portent. Comme partout ailleurs, les gosses de riche pourront passer cette période à leur convenance. Les moins fortunés, eux, devront trimer. Heureusement, et là encore comme partout, des perspectives s'offrent à eux : équipier chez Mac Donald's, livreurs de pizzas sur scooter ou prostitué(e)s. Enfin, au cas où la réussite ne soit pas au rendez-vous, le manque de moyens financiers devrait empecher ces enfants de milieux modestes de postuler à nouveau l'année suivante. Mais même reçu,  la partie n'est pas gagnée pour les moins favorisés. En effet, si l'université est proche du domicile, pas trop de difficultes à s'acquitter des coûts de transport et  de nourriture. En revanche si le seul choix possible se trouve de l'autre côté de ce long pays, ce sera évidemment plus coûteux d'autant qu'il faudra ajouter le prix d'un hébergement. Bref, c'est ce qui s'appelle une reforme réussie : rentrées financières pour les universités, confirmation ou renforcement de la sélection par l'argent et la question du manque de places dans le supérieur réglée.

Autre proposition qui pourrait être en France, l'annonce de l'annulation cette année des examens permettant aux étudiants des "high schools" ( ou peut-être, à ceux d'universités, ma mémoire est incertaine sur ce point) de passer dans l'année supérieur. Pas efficace sur le long terme, cette mesure d'une simplicité confondante, permet tout de même de gagner une année. Hélas, mauvais joueurs, ces élèves ou leurs familles, auraient déposé plainte.

Si après cette contribution visant à proposer des solutions répondant au manque de place dans les universités Macron ne me charge pas d'une quelconque mission, c'est à n'y rien comprendre. 

Informations relevées dans le Bangkok Post -juin 2018. Ne concernent pas ce que l'article appelle les universités indépendantes. Vraisemblablement les universités privées comme les franchises d'universités étrangères, britanniques ou américaines notamment. Puisque la marchandisation de l'éducation est ici bien établie. Marchandisation vers laquelle la France se dirige un peu plus encore. 

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