Les dangers de la Macrohibition

La prohibition amène toujours des réponses illégales et clandestines pour contourner les interdictions. Ce sont autant d'opportunités que des escrocs et des petits malins utilisent à leur avantage. En découlent corruption et guerres de de territoires, ce dont pâtissent toujours les population. La flicaille en revanche, en profite pour recruter des indics.

"Auto-entrepreneur organise chez vous, tous les soirs à partir de 21 heures, fêtes nocturnes, soirées dansantes et rassemblements familiaux sans limitation de participants"  . Faisant écho aux décisions autoritaires de l'incompétente, hésitante et dangereuse présidence macronienne, pareilles affichettes pourraient rapidement fleurir sur les murs, virtuels ou non, des villes et des réseaux sociaux. Cela pourrait améliorer les chiffres du retour à l'emploi mais s'appuyant hélas sur des vocations alcaponiennes. Lorsqu'on considère la longue liste d'échecs obtenus par des politiques coercitives qui cherchent une légitimité sur des préceptes religieux,  cela n'a rien que de très logique. La prohibition n'a d'efficacité que limitée. Qu'il s'agisse de consommation d'alcool aux Usa, et partout sur la planète, de la lutte contre les drogues dites douces, l'immigration clandestine, le travail dissimulé et plus  récemment du respect d'un code vestimentaire contraignant ( la France n'est pas la seule à livrer ce combat réactionnaire et visant surtout les femmes ), rien ne fonctionne heureusement vraiment. Les décisions prises "en haut", imposées et fondées sur la "peur du gendarme " n'ont pas d'efficacité réelle au regard des objectif affichés. En revanche, pour ce qui est de ficher les individus, de contrôler les mouvements protestataires, à tous les coups l'on gagne. Ne pouvant être discutées, de la possibilité d'être amendées et améliorées, ces mesures sont d'emblée contestées, refusées et contournées par une bonne partie des sujets, puisque c'est l'état auquel veulent nous réduire les décisionnaires du pouvoir. Les échecs répétés des différentes reformes de l'éducation décidées par des ministres et leurs cabinets en apportent une illustration. Décidées d'en haut voire précédées d'un simulacre de concertation, elles ne sont jamais en fin de compte réellement appliquées ou quand elles le sont, vidées de leur substance par une sorte de sabotage passif mais général des enseignants. C'est une autre logique qui devrait s'imposer et pour reprendre le parallèle avec le monde de l'enseignement, une démarche coopérative ou autogestionnaire plutôt qu'autoritaire et globalisante venant de cet "en haut " qui veut décider de tout à notre place et dont nous avons appris à nous défier de la brutalité, de l'égoïsme et de son incapacité à apporter des réponses pertinentes et adaptées aux situations générales comme particulaires. Sans doute parce que ce ne sont pas ses priorités. Plutôt que détourner, contourner ou louvoyer avec un confinement qui n'est rien d'autre qu'un enfermement sanitaire, un couvre-feu partiel, on pourrait s'interroger sur leur utilité et les mesures de protection adaptées aux situations locales et aux personnes, encore faudrait-il abandonner l'échelle du territoire national pour ce sujet. Ce serait également l'occasion de s'interroger sur les raisons qui font qu'interdire (momentanément ?) la fréquentation de certains lieux publics après vingt et une heures soit si douloureusement ressentie alors qu'elle n'est pas vraiment liberticide. Je ne parle pas ici du couvre-feu interdisant la fréquentation de l'espace extérieur public ni de la très dangereuse limitation du nombre de convives dans les domiciles. Là, le flic a gagné un droit de regard (et donc de répression) supplémentaire en étant autorisé à pénétrer et à régenter l'intimité de chacun. Reste à attendre la prochaine limitation qui prendra une autre forme en usant d'un autre prétexte mais qui sera tout autant répressive. C'est le mode de fonctionnement habituel des dictatures. Au-delà du simple manque dû à la modification brutale des habitudes, comment remédier à la violence sociale, à celle de l'exploitation au travail, aux transports quotidiens, aux mirages de la consommation, autant de facteurs qui rendent-ils la vie, urbaine notamment, tellement insupportable que seules l'industrie du tourisme, du jeu, du divertissement, des paradis artificiels, des objets connectés (ils ne portent pas de jugement sur leur utilisateur) ou la fréquentation des assommoirs sont indispensables pour survivre cahin-caha? Comment pouvons-nous détruire le modèle capitaliste sans verser trop de sang ? Tant qu'on y est, c'est également une opportunité pour s'interroger sur ce qui touche à la fréquentation assidue des restaurants, des arènes sportives et des salles de spectacle et au fait que ces secteurs d'activité doivent recourir à des professionnels que les "rave party" ou la fête de la musique" sont devenus des passages obligés du monde des loisirs ? Et enfin, quelles productions socialement utiles faut-il privilégier voire se limiter ? Des commissions se sont tenues sur certains rond points, des débats ont eu lieu ailleurs. Je ne parle pas des causeries télévisées imposées et de "grand débat'" à visée narcissique. L'éducation populaire a développé des outils et un savoir faire qui pourraient s'avérer utiles. Recourons-y ! Il n'est pas trop tard pour nous organiser et décider de notre sort, sans pour autant recourir à une avant-garde éclairée, une minorité agissante qui sait mieux que nous ce qui nous convient, une autre minorité, cousine de celle que nous subissons et supportons et qui confisquerait, au besoin par une violence injustifiable, nos vies et nos décisions pour son avantage propre. Mais toujours, "pour notre bien", c'est du moins le prétexte qui est toujours avancé. En attendant, on pourra toujours compter le nombre de soirées et de rassemblements interdits auxquels la présence policière a mis fin tout en évaluant d'un autre coté le nombre de celles qui ont pu se tenir en toute impunité. Un peu comme la mule sacrifiée qui occupe les douaniers pendant que le reste du groupe de porteurs franchit la frontière sans encombre. 

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