Comment j'ai passé la Saint Valentin

Pour Halloween, j'étais déguisé en sorcière "lepen" avec son balai à étrangers (plus jamais ça). Le 25 décembre, j'ai enfilé un costume de renne de la consommation et je me suis fait piétiner par les acheteurs. Pour la Saint Valentin, il fallait le grand frisson, ce sera une compétition de harcèlements.

Saint Valentin, fête des commerçants et des amoureux... Difficile de trouver quelque chose qui soit vraiment original et qui allume les yeux de ma chérie en lui laissant un souvenir inoubliable. Heureusement, l'actualité, brave fille, vient à mon secours avec ses retransmissions quotidiennes du championnat de la connerie ordinaire. Or, j'ai réussi à trouver deux places pour la rencontre de ce soir. Dans cette compétition, aucun coup bas n'est interdit et si les stratégies sont différentes, l'objectif reste le même : humilier, dévaloriser, salir, blesser. Les joueurs ont le droit de piocher dans le répertoire sans fin des agressions sexuelles qu'il s'agisse de chantage, de discrimination (religieuse, familiale ou professionnelle), du mépris ordinaire, de blagues sexistes et de textos salaces, de drague lourdingue et de mains baladeuses, caresses furtives et frottements insistants pouvant aller jusqu'au viol. Chacune de ces actions rapporte aux prédateurs un certain nombre de points leur permettant de se grimper dans ce classement de trous du cul froussards et complexés. Un championnat à division unique et sans handicap. Dans la compétition du harcèlement, du machisme et de l'agression, la discrimination sociale est abolie. S'y fréquentent beau linge et racailles, quartiers chics et cités, intellectuels et illettrés, élite et plèbe et tous partent sur un pied d'égalité. Il est temps d'assister à la soirée, les équipes font leur entrée. Le programme est particulièrement alléchant et promet une bataille acharnée. Première équipe, le Team Baupin devrait durablement marquer les esprits avec son "libertinage incompris" (marque non déposée). Textos salaces, propositions insistantes, mains baladeuses et pressions morales, l'arbitre annonce qu'il lui faudra un peu de temps pour rendre son verdict. Vient ensuite, une rencontre internationale New York, Lille, Sarcelles, à l'affiche prometteuse puisque l'attaquant est un ancien futur ex-président de la république de la finance mondiale, accompagné de ses coaches et soutenu par de nombreux supporters à la rose, présents dans les tribunes. Il s'agit certes d'une rediffusion mais la qualité des images permet d'admirer son  dribble impressionnant grâce auquel il évitera l'exclusion pour fautes répétées. Rappelons qu'il avait été précédemment sanctionné pour une faute Mutuelle. Le club "Me too" vient ensuite et l'on verrat* une bande de porcs se rouler dans la fange. Pas mal mais lorsqu'ils sortent de leur enclos, la lumière qui les prive de leur anonymat, ne donne à voir qu'un spectacle pitoyable, y compris pour les végétariens les plus stricts. Les derniers à entrer sur la pelouse sont les plus récents, annoncés comme une ligue de rigolards. Le programme ne dit rien de ces novices sinon qu'ils se qui se seraient longuement entraînés en peaufinant leur tactique à base de tacles harceleurs, bien appuyés, ravageurs et méprisants, des injures et humiliations publiques. De ces  coups pas francs du tout assénés par le truchement de la technologie moderne, nous n'en verrons rien, les baudruches se sont dégonflées et ont depuis déclaré forfait. L'argument d'un humour hors jeu ne les a toutefois pas empêché de recevoir un carton rouge mérité. Quittant nos places, je lis dans le regard de mon amoureuse qu'elle gardera longtemps le souvenir de cette soirée de la Saint Valentin et de son cortège de nausées et d'écoeurements.  

Sur le chemin du retour, nous croisons un cortège de braillards en jaune ; certains d'entre eux qui gueulent des slogans antisémites, présentent des caractéristiques curieusement semblables à celles des protagonistes que nous venons de voir. La rafle du Vel' d'Hiv se rappelle à ma mémoire ; la police parisienne conduisit et emprisonna des milliers de juifs qui seront ensuite déportés vers les camps d'extermination nazis. Le 16 juillet sera l'occasion de rappeler qu'il faut protéger ses proches et ses enfants de l'épidémie de peste brune qui sévit et qui n'a jamais vraiment disparue. Il faut lancer une campagne de vaccination d' "antisémitox"(**) récemment mis sur le marché. A défaut d'anéantir totalement les microbes et les minables, agents propagateurs de l'antisémitisme, du moins est-il possible de l'enrayer à condition de constituer un stock suffisamment important. Ce qui n'est pas gagné.  

*si, avec un t

** entendu quelque part la création de ce "produit" d'utilité publique

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