Aux grands maux etc

Appauvrir, punir et enfermer, c'est le programme affiché du gouvernement. Soixante sept millions d'habitants "confinées", une (première) fois pour des raisons sanitaires. L'état d'urgence, doit lui aussi être ren-ta-bi-li-sé. Quant à l'efficacité de l'enfermement utilisé comme moyen thérapeutique unique, on peut questionner sa pertinence et envisager d'autres propositions.

Il aurait été facile de faire disparaître la publicité des écrans et d'imposer aux medias, comme aux écrans intrusifs dans les  transports en commun et les lieux publics, la diffusion à intervalles réguliers de pastilles et de slogans. Les gestes accompagnés de commentaires auraient montré et expliqué les mesures de protection mais aussi leurs limites et les impératifs à respecter, notamment pour qui concerne les masques : comment les mettre et les retirer, les gestes à faire et ceux à éviter tout en fournissant toujours une explication/justification. Pour ces champions auto-proclamés de la "pédagogie", une fois encore, ils ont failli. Deux des méthodes de l'insupportable marketing, l'imprégnation et la répétition, auraient pour une fois. Songeons aux procédures utilisées pour des campagnes publicitaires coûteuses dans lesquelles les entreprises investissent. Si des milliers d'euros étaient dépensés en pure perte, il y a beau temps que Séguéla aurait revendu sa montre.  

Il aurait été facile à miss Lubrizol de reconnaître la carence en masques et d'annoncer la réquisition et l'adaptation des moyens de production pour y remédier. L'état d'urgence aurait pu servir à cela, produire des "masques de protection respiratoire jetables de qualité chirurgicale" plutôt que des masques lavables réutilisables mais dont les procédures sont si contraignantes qu'elles semblent impossibles à  respecter pour en garantir l'efficacité. D'autant qu'ils sont moins filtrants (1). Pourquoi Pécresse en a-t-elle acheté autant ? A-t-elle oublié son passé de mère de famille ou ferait-elle une poussée de Bachelot 2009 ?

Ce gouvernement qui enferme 67 millions de personnes pendant 2 mois aurait pu l'éviter ou du moins sur une période aussi longue en rendant le port du masque obligatoire le temps nécessaire, et peut-être même dans la rue (2). Cependant, cette deuxième contrainte, le port du masque obligatoire dans les espaces clos, ajoutée à celle très forte du confinement est difficile à supporter par de nombreuses personnes et s'avère peu et mal suivie d'après mes observations in situ.     

Serait-il revenu plus cher de distribuer gratuitement deux masques dits chirurgicaux par jour et par personne pour éviter que les masques jetables soient trop longtemps portés ou réutilisés dans des conditions insatisfaisantes ? (3) Le choix a été de mettre l'économie à plat et de faire payer les coûts directs et les coûts induits de l'épidémie (4) à la population ainsi que la chute du PIB.

Il aurait été facile de reporter le premier puis le deuxième tour des élections municipales, ce très mauvais signal envoyé aux dubitatifs et aux insouciants.

Il aurait été facile de fermer les frontières aux visiteurs (5) comme l'ont fait des pays asiatiques pourtant largement dépendants du tourisme plutôt que de céder à la pression des entreprises et des offices de tourisme, ceux de Paris ou de la région Ile de France, notamment.

Il aurait été beaucoup moins facile mais tout aussi primordial de s'interroger sur les raisons de cette contamination et de prendre des décisions concertées (y en a qui aiment les "grands débats"). Quelles productions socialement utiles, quels types d'exploitation agricole et d'entreprises à aider ? comment modifier profondément l'occupation du territoire et faire diminuer la mégapole francilienne même après en avoir vanté l'accroissement tentaculaire ? Comment freiner la natalité, surtout dans les zones à forte densité de population, quelles mesures dissuasives non rétroactives prendre pour l'endiguer ?

La seule décision prise par des dirigeants qui n'ont qu'un souci très modéré du sort de la population a été d'enfermer soixante sept millions de personnes, de décréter un état d'urgence et de renouveler probablement ces mesures sous des prétextes divers, tellement elles sont commodes. Il suffit de combler les déficits et le manque à gagner des entreprises par les hausses de certains impôts et la baisse de la redistribution. On peut parier qu'après le gouvernement par le marketing,  le gouvernement par la peur, le gouvernement par l'enfermement ait de beaux jours devant lui et qu'il fasse des petits en s'ouvrant à d'autres motifs.  

Mais aussi, comment appeler les rebellaillons tel celui-ci croisé dans un train de banlieue et qui réplique au contrôleur qu'il a un masque dans la poche mais qu'il refuse de le porter. Combien de femmes et hommes, jeunes et vieux, sont-ils à ne pas supporter cette obligation imposée par un pouvoir autiste.et qui ne retiennent du port du masque que l'obligation et pas la mesure de protection, rejetant toute décision si elle n'est exercée par la force ? Pourquoi ce genre de rébellion, ici puérile, a-t-elle cours davantage en France que dans d'autres pays comme l'Allemagne qui d'ailleurs semble mieux affronter la pandémie ? L'attitude des gouvernants, l'éducation, le marketing doivent être remis en cause faute de quoi, l'individualisme suicidaire aura définitivement remplacé le souci du collectif et du bien commun comme valeur sociale.   

(1) masques en tissu certification UNS1 : "laver le masque à 60°C pendant plus de 30mn avant la première utilisation et après chaque séquence d'utilisation. L'usage d'un filet à linge est fortement recommandé. Il est recommandé un séchage complet du masque barrière dans un délai inférieur à deux heures après la sortie du lavage. Repassage à 120°C en finition. Ce masque pourra être utilisé et lavé 5 fois maximum". 

(2) en Asie, des pays ont rendu le port du masque obligatoire y compris dans la rue.  

 (3) les entreprises du CAC 40 devraient avoir obligation d'en fournir 2 par jour à leurs salariés, les moins de 10 ans non compris, cela ferait approximativement 2 736 millions de masques par mois. Avec une centrale d'achats de cette importance, le coût mensuel pourrait s'élever aux environs de 5 milliards d'euros. A comparer avec les estimations ci-dessous

(4) estimations relevées au hasard des sites : 0,67 milliard par jour, une perte de 467 milliards (Liberation.fr 30 mars)  -  60 milliards d'ardoise mensuelle ... un mois de confinement pourrait atteindre 150 milliards d’euros (monde.fr 3 avril 2020) - le coût dépassera les 75 milliards d'euros par mois (Europe1.fr 6 avril) - 136 milliards d'euros (Contrepoints 13 juin) - mais également "l'impact du confinement devait être revu à la baisse en mai pour disparaître en juin (3 avril)

5) nombreux sont les pays à imposer aux visiteurs et à leur charge, des tests et une quarantaine. Par exemple, en Thaïlande, 95% de la population serait opposée au retour des étrangers. Le dictateur local, multiplie les précautions et réglemente drastiquement le retour du tourisme (certes d'autres en,jeux ne sont pas absents de cette décision). Macron, démocrate sauf avec les français, ouvre le pays. Le business prime.  

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