Tonnerre (à Brest) et laïcité

A l'occasion des crimes commis à Brest, certains commentateurs, tenants d'une laïcité-quelque chose ou de croyants, remettent sur le tapis la responsabilité de la soi-disant rigidité laïque. Selon eux, les religieux et les "communautés" seraient les plus qualifiés pour definir la place des croyances intimes et gérer leurs rapports. Mais est-ce que cela se passe mieux sans laïcité ?

Un témoignage à l'attention de ceux qui remettent en cause le principe de laïcité tel qu'il existe en France, le chargeant de tous les maux et arguant que sa disparition réglerait les problèmes entre humains aux croyances différentes. Ce ne devrait pas être à la République de s'emparer de ces questions mais aux clergés et aux représentants des "communautés", les seuls en capacité d'apporter des solutions satisfaisantes à ces problèmes. Le libéralisme appliqué à la question religieuse et culturelle. Comment cela se passe-t-il ailleurs, dans un pays où le concept de laïcité n'est pas à l'oeuvre, les concurrences, les haines et les discriminations ont-elles disparu ? Succint commencement de réponse avec la Thaïlande, un pays résolument non laïque, accessoirement, dictature militaire. Sur les frontons des casernes, cette devise : "(l'armée) protège le pays (entendre son unité), les religions, la monarchie et la population". Laïque, passe ton chemin, tu n'es pas le bienvenu. Pour ceux qui l'ignorent, ce royaume à majorité bouddhiste comporte une forte minorité musulmane qui est majoritaire dans la partie sud du pays, rattachées par traité anglo-thaï et depuis toujours réclamée par la Malaisie voisine. où l'islam est religion d'état  dont la pratique officielle se durcit (application de la charia et pénalisations diverses pour les non musulmans). Le gouvernement malais apporte son aide et favorise la création de mouvements indépendantistes religieux islamistes dans la perspective de récupérer les territoires perdus et de profiter de leur potentiel économique. Jusqu'au début des années 90, la cohabitation si elle n'est pas totalement harmonieuse, s'effectue toutefois sans trop de violences et les groupes fondamentalistes sont assez peu visibles. Puis fin des années 90, les responsables politiques locaux (bouddhistes) des états du sud  mènent une politique de ségrégation positive en faveur des bouddhistes, des "vrais" thaïlandais, un peu comme cela se passe au Myanmar. Cela ne manque pas de nourrir des aigreurs sur lesquelles s'appuient les activistes indépendantistes musulmans. Des heurts et attentats causés par des groupes islamistes se multipliant à tel point que de nombreux habitants préfèrent prendre le chemin de l'exil intérieur, remontant vers le nord. Vingt ans plus tard, le bilan est tragique : plus de sept mille morts parmi lesquels plus de mille civils dont une centaine d'enseignants. Aujourd'hui, d'après les informations dont je dispose, la seule éducation que connaîtraient nombre d'élèves serait dispensée par les nombreuses écoles coraniques, les tenues islamistes devenant la règle, pour les femmes comme pour les hommes et nombreux sont les enfants à ne pas connaître la langue du pays dans lequel ils vivent. Les attitudes de mépris et de domination produisent des effets similaires, favorisant la propagande de groupes poursuivant un objectif totalitaire, habillé de religieux ou d'identité nationale. On le voit donc, ici, ce n'est pas l'application stricte de la laicité qui est en cause mais une démarche politique à visée expansionniste et totalitaire. Un objectif poursuivi par les groupes islamistes comme par ceux d'extrême droite dont les discours et les vidéos poussent des individus à vouloir assujettir "les autres" à leur vision du monde et à n'envisager de rapports entre humains que régis par la violence ou par la contrainte quotidienne au nom du respect de leur idéologie. Combattre cette volonté d'ingérence dans la sphère publique comme dans la sphère privée, (ne) peut se mener (que) dans le respect du concept de laïcité. 

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