Quand Jean Jouzel se contredit

Lors son interview sur Thinkerview du 27 septembre dernier (en compagnie de l'ineffable Pierre Larrouturou), Jean Jouzel invoque les problèmes d’éthique que posent les solutions de la géo-ingénierie pour lutter contre le réchauffement climatique.

rechauffement-climatique-pour-jean-jouzel-climatologue-nous-n-avons-que-trois-ans-pour-agir
Lors son interview sur Thinkerview du 27 septembre dernier (en compagnie de Pierre Larrouturou), Jean Jouzel invoque les problèmes d’éthique que posent les solutions de la géo-ingénierie pour lutter contre le réchauffement climatique. Il lui paraît insensé de parier sur des technologies qui requièrent une action en continu et indéfinie, sous peine d’un possible retour brusque de chaleur encore plus dangereux que ce qui aurait été empêché jusqu’alors.

Évoquant [1:09:50] « une des idées phare de la géo-ingénierie, […] c’est de jouer les apprentis volcanologue, c’est-à-dire d’envoyer des aérosols à une altitude de quelques dizaines de kilomètres, et ces aérosols pourraient jouer le rôle que jouent les aérosols volcaniques de limiter le réchauffement. » Il ajoute : « si on [voulait] contrer l’augmentation du gaz carbonique et de l’effet de serre, eh bien il faudrait augmenter la dose chaque année, chaque année. Il faudrait envoyer de plus en plus d’aérosols dans la stratosphère. Et puis si dans 20/30 ans, pour une raison quelconque, géopolitique, technique, ou bien simplement une guerre, on [était] obligé d’arrêter cette injection, eh bien les jeunes d’aujourd’hui prendraient le réchauffement le réchauffement d’un degré non pas en 20 ou 30 ans, comme on va le faire, mais plutôt en trois ou quatre ans, et les conséquences seraient encore plus terribles. C’est d’un égoïsme incroyable de la part de nos générations, de commencer à faire de la géo-ingénierie. Ce serait mettre une épée de Damoclès sur la tête des jeunes d’aujourd’hui. Si j’étais jeune aujourd’hui, je me révolterai contre l’idée de la géo-ingénirie, pour cette raison principalement éthique. »

Il est donc, à son avis, tout à fait inconséquent de piéger de la sorte les générations futures, vivant dès lors sous la menace et complètement dépendantes d’une opération qu’elles n’ont pas choisie. Difficile de ne pas le suivre dans son raisonnement, mais impossible tout autant de ne pas relever sa contradiction quand il défend quelques minutes plus tard [1:20:14] – sans grand entrain, il est vrai – l’industrie nucléaire (dont il dépend en tant que salarié du CEA1). Si une technologie a gagé sur le futur en toute inconséquence, c’est bien la technologie nucléaire, dont les effets sont immesurables tant ils sont répartis et camouflés dans l’espace et la durée. Immesurabilité opportune qui autorise à la fausse innocence dont ont besoin les lobbies trop heureux de poursuivre l’expérience. Des chiffres circulent néanmoins. Par exemple : un million de morts par cancer rien que pour la catastrophe de Tchernobyl, comme l’écrit en 2010 une ancienne fonctionnaire de l’OMS, Alison Katz 2. En ce domaine, le négationnisme en vogue dans les diverses institutions n’apparaît toujours pas comme un délit.

Pour en revenir à Jean Jouzel, l’argument dont il use à raison à propos des technologies de la géo-ingénierie vaut a fortiori pour la technologie nucléaire, on dirait même qu’inconsciemment il rattrape un argument qu’il aura refoulé trop longtemps, valable au point de ne pas être utilisé. Encore un effort, monsieur Jouzel, si vous voulez être, non pas républicain, mais rien que cohérent !

 

1) CEA : Commissariat à l’Énergie Atomique.
2) https://www.monde-diplomatique.fr/2010/12/KATZ/19944

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.