Un petit joyau poétique de Christian Hibon, avec fées, forêts et miroirs

Des fantaisies élucubrées sous une plume digne de Nerval ou du Spleen de Paris, où la délicatesse ne fait défaut, ni les éléments.

dix-trophees
« Je défile dans ma nuit. Quelques fines étoiles poussent sur mes lèvres. Ce ne sont pas des mots malgré leur apparence légendaire. Rien qu’une buée attendue par tous les miroirs. »

Merveilleuses miniatures que ces courts pavés rassemblées en cet opuscule si bien fabriqué, l’éditeur sachant soigner ses écrins. Des fantaisies élucubrées sous une plume digne de Nerval ou du Spleen de Paris, où la délicatesse ne fait défaut, ni les éléments. Les dix textes qui composent cet ensemble nous portent sans rire au pays des fées, pays de forêts, pays de trophées. Des images naissent, et une société de fées ; elles ont leur beauté intrinsèque, elle a ses mœurs. Les arbres sont avec les fées fantomatiques les grands personnages de cet univers, ils nous sont davantage familiers. C’est d’ailleurs un peu de leur sève que coulent les quelques phrases qui font ces sortes de blasons. Il y aussi, à l’intérieur, la goutte d’eau des miroirs.

« Je garde pour moi l’encre violette qui suinte des arbres et, mains dressées vers un miroir, reconstitue le grand fragment de la nature qui me renverse. »

Elle, c’est une fée, « elle serre la main des arbres » et « elle n’a de cesse de se frotter sur la pierre humide pour la rendre encore plus humide ». Elle n’est pas seule, mais combien sont-elles, et dans quel espace ? « … elles sont si peu nombreuses qu’on dirait un miroir de poche bisé dans le sac à main des clairières ».

Bijou poétique, ce recueil est le cadeau idéal à se faire à soi-même. Pour ma part, l'ayant reçu en cadeau, je le volerais volontiers pour l’offrir aux amis, mais je ne vole malheureusement pas, je ne suis pas une fée (quoique je disparaîtrai pourtant).

L’auteur, qui n’est autre que, d’après ce livre-même, « le Grand Somnambule des Lisières », cite André Hardellet dans un texte de 4e de couverture, l’auteur de Lady Long Solo disait des fées : « Elles guettent le promeneur qui leur plaît (…) et leurs fantaisies ignorent nos limites. »

Par le biais de ce livre savamment composé, Christian Hibon, à sa manière classieuse et salvatrice, nous en dit long sur... le peu de réalité.

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Christian Hibon, Dix, les trophées, suivi de Avant toute chose, éditions Pierre Mainard, 2019. 10 €

Sur le site de l’éditeur

 

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