Louis Dubost en son jardin

À propos de : Louis Dubost, « Diogène ou la tête entre les genoux », éditions La mèche lente, 2019.

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Pipe aidant, l'homme Dubost a l’air bonhomme, pourtant il sait se faire piquant et vif, comme son œil. Et entreprenant. Dans la vaste mansarde de son pavillon de Chaillé-sous-les-Ormeaux, il avait sa maison d’édition, Le Dé bleu (devenu par la suite L'Idée bleue), où fleurissaient les poètes sous formes de modestes livrets ronéotés et façonnés avec soin par le maître des lieux. Plus tard, les livrets ont pris du ventre et s’habillaient chez un imprimeur (Edmond Thomas, pour le nommer), qu’importe, la patte de Dubost était bien la même, le catalogue le montrait, déroulant un choix éclectique de poètes résolument vivants, parmi eux : Pierre Peuchmaurd, James Sacré, François de Cornière, Jean-Pierre Georges, Michel Merlen, Georges L. Godeau, Albane Gelée, Jacques Morin, Robert Piccamiglio, Jean-Claude Pinson, Casimir Prat, François Huglo, Catherine Mafaraud, etc.

Et puis un jour, plus de trente ans plus tard, Dubost a décidé que cela suffisait, qu’il fallait passer la main. Le fonds a été repris. Et puis Louis a cessé d’enseigner la philosophie, se déguisant en retraité. Autant dire qu’il a continué à vivre et écrire. Car Louis Dubost est avant tout poète. Dès la fin des années 60, dans son jeune âge, il publiait chez Chambelland : Silex à vif. De nombreux recueils ont suivi. Aussi des proses, récits, roman. Depuis qu’il a posé son tablier d’éditeur, les livres s’écrivent et s’enchaînent plus vite. Il se rattrape.

« Le procuste chagriné est un ogre à l’appétit vorace, mais il se fait rare de nos jours. et si l’un de ces « gros insectes noirs avec leurs élytres grenus » s’est égaré dans des contre-allées, c’est qu’il a dressé son lit de « dépeceur d’espèces molles » : chenilles, vers, larves, limaces, loches, lumas, cagouilles… Hélas ! On ne rencontre plus guère ce bienfaiteur du potager que dans les poèmes de James Sacré. »

Voici Diogène ou la tête entre les genoux, livre sorti cette année aux éditions La mèche lente. « La tête entre les genoux », c’est la conséquence d’une position que l’on prend volontiers, tant qu’on peut, lorsqu’il est l’heure de planter des choux ou cueillir des fraises, en attendant de les sucrer. On le comprend, c’est ici un livre de jardinier. Louis Dubost dresse un glossaire savant et pittoresque des habitants de son idéal potager.

« Le pourpier prend ses aises à la mi-juin, occupe sans vergogne planches et allées. Difficile de se débarrasser de cette engeance, un peu comme les rimailleurs de la place Saint-Sulpice. D’aucuns le mangent en salade, il aurait un goût de noisette. Quant à moi, il me les casse. »

Résolument partiaux et rapides, ces tableaux ont le charme de la concision, ils en ont aussi la saveur. Si l’ironie y trouve son compte le clin d’œil édifiant ne manque pas de s’allumer dans un mélange de savoir et d’amusement plus ou moins facile. Parfois de petites touches paternalistes se glissent – car n’oublions pas la présence ici de quelques captifs attentifs, les petits enfants du « jardiniste », « Nahel, enroulé dans sa cape de Zorro », « Lou, Ann, l’imperturbable », ou l’un ou l’un des cinq autres « merlots » ou « merlottes » – que l’auteur instille à travers des conseils ou des indications radicales. Par exemple, faisant la promotion, comme en passant, de Kokopelli, ferme gardienne et partageuse de graines sauvages, échappant aux règles monopolistiques du marché dit libéral, ou encore glissant le nom de Pierre Rabhi, carrément suggéré pour un prochain prix Nobel.

« Le coing se présente comme le parangon d’un érotisme tranquille : il offre, à l’œil qui le convoite et à la main qui le caresse, l’assise piriforme d’un sein duveteux, lourd et ferme. Et son odeur doucement entêtante empoigne les fantasmes et met en branle « la machine désirante (Gille Deleuze). Alors, le plaisir irradie tous les sens lorsque, accommodé comme il se doit, il porte en bouche gelée, confiture, pâte de fruit, à l’exemple du jeune Gargantua et de ses amis « parachevans leur repast par quelque confection de contoniat ». De l’Abbaye de Thélène à l’Île noire où des coings servent de presse-livres dans la bibliothèque de Pablo Neruda, le plaisir infuse l’intelligence et met la pensée au parfum : « Nietzsche sentait le coing ». Comment ne pas être philosophe ? »

Des abeilles et brouettes à la zeuzère ou zizanie, en passant par rouge-gorge, le kiwi, la météo, le gendarme (une centaine d’entrées dans ce dictionnaire subjectif), le petit voyage en potager de Louis Dubost ne manque pas d’air pur « dans un monde qui étouffe ». L'écriture et précise et aérée, l'auteur a su écouter le conseil d’un de ses maîtres, le poète Paul Chaulot : « Échenillez, échenillez ! »

 

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