Gilets jaunes/Macronie : La balance des expressions

Il suffit de placer en regard la qualité d’expression qu’on a pu lire sur les murs de Paris et d’ailleurs, le long des manifestations récentes, et le misérable niveau de discours du pouvoir pour saisir de quel côté se tiennent l’esprit et la lettre.

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Il suffit de placer en regard la qualité d’expression qu’on a pu lire sur les murs de Paris et d’ailleurs, le long des manifestations, qu’on a pu entendre sur les ronds points et dans les assemblées depuis le mois de novembre dernier, et le misérable niveau de discours du pouvoir macronien pour saisir de quel côté se tiennent l’esprit et la lettre1. Des ministres abrutis d'inconséquence, comme Castaner, à un président saturé de suffisance, rien là pour nourrir une parole qui vaille, un regard qui embrasse, une action qui ouvre. Et ce sont pourtant ceux-là qui prétendent tenir le manche !

Incapable de se comporter le moins du monde en politiques, et c’est assez logique, les agents du capital actuellement en place ne savent que montrer leurs griffes, et détruire plutôt que partir. Pour qui a pu les suivre d’assez près, il n’est pas inintéressant de comparer le comportement de l’équipe macroniste avec les équipes des dictateurs des pays arabes lors du printemps de 2011. Je puis un peu parler pour ce qui s’est passé en Égypte. Là-bas aussi le gouvernement avait tenté de réduire le mouvement de révolte à un phénomène factieux, d’accuser de crime des personnes en colère et les révolutionnaires d’être à la solde de l’étranger, ennemi de la république et de la nation. Bien sûr la police n’a pas tué autant ici que là-bas, mais on l’y prépare avec application, même si, en partie, elle y rechigne. À force de traiter d’assassins et complices d’assassins des manifestants qui enfin revendiquent, comme le font Édouard Philippe et son ministre de l’intérieur, on arrivera bientôt à légitimer l’assassinat de ces supposés assassins. Nous ne sommes pas loin de ce moment (les dispositions prises ce lundi vont dans ce sens).

Qu’aucune force responsable ne sache réagir efficacement à ces dérives montre le niveau d’affaissement moral du personnel politique de ce pays. Qu’autant d’intellectuels, à travers la farce de la consultation du 18 mars, se prêtent au jeu de Macron ne dit rien qui vaille pour la démocratie ni pour le reste de rayonnement de l’esprit critique à la française. Il y a longtemps, d’ailleurs, que l’affairisme a ici meilleure presse que la pensée en acte ou la recherche exigeante. Mitterrand épaté par Tapie et le jouant contre les siens, c’était tout un penchant collaborationniste qui revendiquait la canaille. On ne voit pas que depuis la voie ainsi choisie ait été abandonnée. Et la veulerie ne le cède en rien à la corruption. Tout l’argent détourné, toutes les vies flouées, toutes les morts causées par ces agissements, au nom de la globalisation, au nom du libéralisme, au nom d’une nécessité fabriquée, tout devra être comptabilisé. Et les coupables désignés.

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Il n’est que voir la balance des expressions. L’incapacité des oligarques, maintenant que la corde communicationnelle est usée, à trouver le moindre crédit spirituel accuse leur défaite. Ils sont défaits, mais ils règnent. Ils sont morts, mais ils tuent. L’évidente vitalité de la jeunesse en colère, de l’humanité aujourd’hui en gilet jaune, qui s’oppose à cette morgue, fait front sans relâche, et doit faire front encore et toujours. Les Algériens nous donnent l’exemple. Descendons tous dans la rue, avec la détermination intacte et le sourire inattaquable. Tous ensemble contre ces crétins dangereux, ceux-là qui nous toisent et ceux qui viendront après!

 

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1) J’éviterai d’évoquer les divers dérapages à la marge, certes fâcheux, qui fournirent le prétexte facile dont ont su abuser les professionnels de l’instrumentalisation, la plupart parmi ceux-là ayant perdu le tout crédit intellectuel depuis des lustres, sauf dans les médias.

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