Andronicos et Nathanaël (par André Bernold)

Quel est le résultat d’une vie ?

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Il y a quarante ans, rue des Feuillantines, à Paris, dans le cinquième, un ami (il se reconnaîtra immédiatement) me racontait une histoire. La voici, presque entièrement travestie, par l’oubli des principales circonstances. Au numéro trois de la rue Verhalt, dans une petite ville de Thuringe, au premier étage, début décembre, Andronicos et Nathanaël jouent aux échecs. Le cheval blanc d’Andronicos, il n’en reste qu’un, menace le fou noir de Nathanaël, le dernier de son espèce aussi. Nathanaël se lève. Où vas-tu ? lui demande Andronicos. Voir le monde, répond Nathanaël. Ici, je pourrais procéder comme Hebel, et dire ce qui se passe dans l’intervalle: les rois qui à la queue-leu-leu descendent dans la tombe ; le déplacement des peuples, les changements des continents. Bref, après 40 ans d’absence, Nathanaël regagne la chambre où Andronicos est toujours assis devant l’échiquier. Ils se regardent. Ils ont beaucoup changé. Eh bien ! dit Andronicos, tu as vu le monde? Nathanaël sans répondre s’assied et dégage son fou.

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