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Billet de blog 26 avril 2012

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Quand tu n'as rien

quand tu n'as rien    que ton corps en otageun chemin qui vise à t'éreinteret les espions du royaume qui te poursuiventdes yeux braqués sur tes moindres gestessur tes vêtements transparents, sur les cadeaux que tu reçois,

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quand tu n'as rien   
que ton corps en otage
un chemin qui vise à t'éreinter
et les espions du royaume qui te poursuivent
des yeux braqués sur tes moindres gestes
sur tes vêtements transparents, sur les cadeaux que tu reçois,
sur ce qui pourrait te garder la vie possible
quand tu n'as rien
que tu crois avoir droit à la moitié du minimum
que tu te souviens « liberté, égalité, fraternité »,
on t'a bien baisé, t'étais vraiment trop con
l'école est un mensonge de flic et de prof
la beauté ne vaut plus rien si tu l'éprouves
ta collection n'a pas la cote
tu n'investis jamais et tu te plains ?
la récolte t'oublie, tes souliers sont troués
la marche au soleil te cuit les os
écoute pourtant le message de honte
ne t'en prends qu'à toi, pas de mystère social
la déchéance est un mauvais résultat
tu ne manques à personne
le monde est plein de tout ce remplissage
prier conviendrait à la situation
si tu avais la foi tu n'en serais pas là
tu n'aurais pas rien
que ton corps en otage
sur un chemin qui se retourne déjà
se recroqueville comme toi
mange dans la main qui te frappe
un corps humilié cent fois
par les kapos du social
concentration des humiliés entre eux
les précaires, les Roms, les schizophrènes,
fragiles résidus du royaume avare
de forteresses en barricades les corps se divisent
de vainqueurs en vaincus
tu n'as pas faim, tu es gavé de mal,
du pain rassis pour pauvres
ou des goinfreries aux rabais qui te filent la chiasse et le cancer
quand tu n'as rien
tu te gardes ta maladie
ça te réchauffe presque, et tu es nombreux,
avec les malades, les agonisants,
le sourire te reviendrait presque
presque rien c'est bien assez
tu n'es plus seul, la confrérie enfin
à l'heure des trop tard
des otages répartis sur des civières
portés par des kapos dévoués
des prolétaires
derniers de la classe
quand tu sonnais encore
à la porte

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