In partibus (par André Bernold)

Une vertu politique peut n’avoir d’inscription que virtuelle.

Nommé coadjuteur, en 1643, de l’archevêque de Paris, qui était son oncle, Paul de Gondi, le futur cardinal de Retz, l’un des plus grands prosateurs de langue française, et le plus grand mémorialiste COURT du XVIIè siècle, (le plus LONG étant le duc de Saint-Simon), reçut en 1644 le titre d’archevêque de Corinthe, IN PARTIBUS: ce qui signifie que le diocèse de Corinthe, n’existant que virtuellement dans l’Église(catholique), la dignité d’archevêque d’un diocèse virtuel n’était elle-même que virtuelle. Et, au printemps de 1990, la cérémonie religieuse tirait à sa fin, celle des obsèques de culte protestant (luthérien)  d’une vieille dame alsacienne, lorsque, dans le léger flottement qui suivit l’homélie du pasteur, un homme âgé, d’assez petite taille, s’approcha brièvement du micro, et dit ceci: « la défunte était une héroïne. Elle était passeuse de juifs en territoire helvétique », - et disparut. On ne le revit plus. Personne ne le connaissait. Mais à côté de moi, très pâle, se tenait le fils de la défunte: mon père. Cette qualité de ma grand-mère, révélée au jour de son enterrement, il l’ignorait, comme l’ignorait toute la famille, y compris, semble-t-il, mon grand-père, décédé six ans auparavant. Si l’inconnu avait dit vrai: « Juste parmi les Nations, IN PARTIBUS »; Frédérique Bernold, née Ulmer; Colmar(Haut-Rhin).

André Bernold ⇒

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