Le monstre froid est toujours de boue (par Gédicus)

Sur la mutilation d’un « zadiste » par une grenade policière…

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Il fallait s’en douter : les commentaires étatiques et médiatiques sur la mutilation d’un « zadiste » par une grenade policière se concentrent sur la « bêtise » du geste qui a entrainé l’amputation de sa main droite. La « bêtise » ce n’est pas que la police utilise des armes mutilantes contre des manifestants qui lui tournent le dos. La « bêtise » c’est de les ramasser.

Certes, ce n’est pas malin, et il est horrible qu’un tel geste irréfléchi entraîne pour son auteur une douleur à vie. Mais cela montre bien que ce pauvre gars n’était pas un de ces « ultra-violents » contre lesquels la propagande d’État, bien secondée par la plupart des médias, ne cesse de vitupérer. Ce n’était même pas de toute évidence un habitué des manifestations où l’on sait que ces grenades sont dangereuses et qu’il faut s’en méfier.  Mais reporter la faute sur l’auteur de ce geste fatal et l’en incriminer c’est rejoindre la puante cohorte de toute la valetaille dévouée à la chiourme étatique.

En 1986, au moment de l’assassinat de Malik Oussekine par des policiers, l’immonde Pandraud, sinistre « délégué à la sécurité » du sinistre « de l’intérieur » Pasqua, s’était fendu d’une remarque édifiante : « Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit ». On ne sera pas étonné aujourd’hui d’apprendre que Maxime aurait dû éviter d’aller « faire le con » sur la Zad et qu’il ne lui serait rien arrivé s’il était resté dans un quelconque clapier moderne, le cul devant la télé, à regarder le JT zoomant sur ces salopards de Blacks Blocs qui cassent tout. Comme il n’arriverait rien à tous ceux qui se révoltent contre la marche mortifère de ce monde s’ils s’y soumettaient. Il faudrait comprendre la leçon, assénée d’une manière ferme mais « mesurée » (N’est ce pas monsieur Bulot ?)

Dans un texte récent, une pacifique résistante défendant la Zad note  que  « Nous ne sommes pas (encore ?) dans une dictature où nous risquons les assassinats politiques, les meurtres déguisés en suicides, les disparitions (…) On peut essayer de se dire que pour ce qui suivra un refus d’obtempérer le plus probable est que ce ne sera pas câlin mais largement supportable ». Certes, nous ne sommes pas (encore ?) face aux massacreurs versaillais ou chiliens, ni même face à cette police qui, en Inde, tire sur des manifestants contre une usine polluante, tuant onze d’entre eux. Mais ce « largement supportable » commence à prendre une très désagréable tournure.

On ne peut donc que rappeler à ceux qui pensent pouvoir changer le puant « ordre » régnant sans risquer de subir les foudres de l’Etat une phrase que l’ « anniversaire » de Mai 68 devrait remettre au goût du jour : « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ».

Gédicus, 25 mai 2018.
voir sur son blog : ici

Complément de JCL : le  jour de la mutilation de Maxime, le ministère valide une commande de grenades pour 17,5 millions d’euros. Plus de détails ici : Désarmons-les ! 

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