Annick Cisaruk se chante dans les mots de Yanovski : un hymne à la vie

La veine expressionniste de Yanovski, une écriture travaillée qui donne à voir un théâtre en profondeur et de tous les âges, cette veine transporte aujourd’hui l’univers de la chanteuse, elle lui a soufflé ses souvenirs, il en a fait un opéra pour sa voix, et David Venitucci a composé mélodies et arrangements.

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On connaît l’interprète hors pair des chansons de Barbara, de Vian, et bien sûr de Ferré (voir ici). Depuis quelque temps, avec son complice, l’accordéoniste et compositeur David Venitucci, elle propose La vie en vrac, un ensemble de chansons écrites par le très talentueux Yanovski. Et voici que les éditions EPM publient un CD (enregistré en studio) de cette traversée – en mots et musiques et couleurs – d’une vie de femme, celle d’Annick Cisaruk, justement.

La veine expressionniste de Yanovski, une écriture travaillée qui donne à voir un théâtre en profondeur et de tous les âges, cette veine transporte aujourd’hui l’univers de la chanteuse, elle lui a soufflé ses souvenirs, il en a fait un opéra pour sa voix, et David Venitucci a composé mélodies et arrangements.

Ma mère je m’en vais il fait nuit dans ma chambre
Mais on entend déjà les premiers pas de l’aube
Est-ce le bruit lointain des neiges de décembre
Ou la douce rumeur de mes rêves qui rôdent ?

Nous y sommes, elle commence ainsi, cette vie en vrac, une lettre à la mère, après un départ soudain.

Lorsque tu trouveras ma mère cette lettre
Ell’ sera loin déjà « ta petite », « ta mioche »

On le voit, rien ne se fait plus attendri qu’un souvenir de liberté, payé peut-être de cruauté. Les drames côtoient le rire, les grincements la joie. Une fugue, une évasion, une escapade, une vie qui s’élance, la jeune héroïne découvre la ville, avec ses jarretelles et ses foires d’empoigne, elle découvre les plaisirs limités d’une turne sous un grenier prohibé, le racisme ordinaire – Cisaruk, ça sonne bizarre, d’où venez-vous ?

Justement, la réponse est donnée dans la chanson suivante :

Dans mes veines bleutées
où dévale la plaine
coule l’onde irisée
des vastes rivières d’Ukraine

Annick Cisaruk évoque volontiers son grand-père moujik, les princes que comptèrent ses ancêtres et les paysages sans fin d’une enfance élargie. Parfois, on entrevoit presque les bandes fougueuses des Makhno et consort parcourant les vastes espaces à cheval pour contrer la réaction et porter l’idée libre. Ce goût de vivre qui porte tant de heurts et malheurs pour s'ouvrir en éclats de joie.

Nous irons galopant les vastes taïgas
Les poitrines à nu accrochées aux mélèzes
Alors mains et cheveux jonchés de seringas
Nous nous élancerons aigle blanc des falaises

Les sentiments sont au rendez-vous, souvent mêlés d’un drame pittoresque, de l’éclat des naufrages ou de sombres cicatrices. Quant à l’amour lui-même, c’est un cerf-volant déchiré dans un ciel où tout est mémoire. Du plus loin des souvenirs remonte un relent de lointaine enfance en marge d’une fugue. Mais la mémoire ne parle pas que pour soi, que de soi, elle parle pour d’autres femmes, des « cousines » d’Annick Cisaruk, à qui une voix est prêtée le temps d’une chanson. Assez d’azur rétrovisé, de violence blessée, de famille rentrée, d’histoire enserrée, le tour de chant se clôt sur une signature : une chanteuse qui dit je suis, qui se dit multiple, qui se dit les femmes.

On connaît tous le mot de Brassens sur les chansons qui sont faites pour être réécoutées, l’album La vie en en vrac n’échappe pas à cette règle de qualité, il ne se donne pas d’un coup, il doit être réécouté, plus on l’écoute plus on le goûte. Outre la qualité des textes de Yanovski, la forte présence d’un complice essentiel, l’accompagna-composi-teur. David Venitucci a plus d’une corde à son arc musical, c’est un accordéon – c’est-à-dire un orchestre – à lui tout seul. Il fait merveille, en soutien ou alter ego, prenant la parole à sa façon, toujours avec justesse. Ces deux-là, Annick et David, font la paire, il faut aller les voir et ouïr ces jours-ci au Connétable, noble lieu de la chanson rive gauche situé sur la rive droite (L’Olympia aussi) – Maurice Fanon en fut le parrain. Des dates en octobre et en novembre. En attendant une salle de 1000 places ! Comble !

Je suis toutes ces femmes à la même seconde
la passante qui fuit, la sourcière qui gronde
de sentir en ses bras comme passe en riant le fleuve de la vie

 

 

Teaser du spectacle "La vie en vrac" d'Annick Cisaruk et David Venitucci © David Venitucci

* * *

La vie en vrac : Le Connétable, les lundis 9, 16, 23, 30 octobre 2017 et les lundis 6, 13, 20 et 27 novembre 2017 à 20h30.
Le Connétable : 55, rue des Archives 75003 PARIS - M° Rambuteau
Réservations obligatoires au 06 08 50 26 41
ou par mail myriam.lothammer@wanadoo.fr

Site d’Annick Cisaruk : ici

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