L'urgence à réformer les retraites n'est peut être pas celle qu'on croit.

Notre système de retraite serait "à bout de souffle" et devrait être réformé d'urgence. Le 5e rapport du COR permet une autre lecture.

Le 5e rapport du COR se conclut ainsi :

"Ces hypothèses conduisent avec la convention de projection adoptée par le COR à une baisse des prélèvements consacrés au financement des retraites (de 13.8% du PIB en 2017 à 12.7% en 2070). La diminution des ressources pour le système de retrait est à mettre en regard des économies attendues par ailleurs sur les masses salariales de l'Etat et des collectivités locales. Du reste, dans les scénarios de croissance de la productivité supérieure à 1% les dépenses de retraites décroîtraient à long terme en proportion du PIB de 13.8% du PIB aujourd'hui, elles se situeraient entre 11.6% et 13.3% à l'horizon 2070. Elles s'établiraient à 14.4" dans le scénario de croissance de la productivité à 1%. Au début des années 1990, cette proportion était de l'ordre de 11% et, sans réformes, était appelée à s'élever à environ 21% à l'horizon 2060. Les réformes passées ont ainsi permis de contenir la progression des dépenses. A l'horizon 2070, la part des dépenses brutes de retraites resterait inférieure à celle constatée dans trois scénarios, dans un contexte pourtant marqué par une évolution défavorable du ratio démographique; Elles varieraient entre 11.6% (scénario 1.8%) et 14.4% du PIB (scénario 1%)"

Ainsi, l'impact du papy boom est bien une réalité mais il est largement derrière nous et les réformes déjà réalisées suffisent à tenir la part des retraites sous la barre des 14% du PIB aujourd'hui et durant les années à venir.

Autrement dit, s'il y a urgence à réformer le système des retraites, ce n'est pas pour faire face à des difficultés à venir mais parce que celles-ci sont largement derrière nous. Ainsi, d'années en années il deviendra de plus en plus difficile d'alarmer les populations. C'est maintenant le moment où il est encore possible d'inquiéter l'opinion publique et de mettre en place le système à point proposé. Ce dernier présente dans une vision néolibérale au moins deux avantages :

-il permet de "piloter" le montant des retraites, c'est à dire en réduire le poids dans le PIB avec un levier unique, la valeur du point (voir la déclaration de François Fillon "l'avantage d'un système par point, c'est qu'il permet de faire baisser les retraites, mais ça, aucun gouvernement n'aura le courage de le dire"

- d'ouvrir la voie aux systèmes par capitalisation (voir le plafonnement de cotisation à 28% à 10 000€ brut mensuel), montant certes élevé ... pour commencer ?

Voici la logique de la réforme systémique : mettre en place - c'est le moment - un régime de retraites doté de leviers simples pour ramener à terme -  le système par répartition à un dispositif à la main de l'Etat destiné aux laissés pour compte et ouvrir l'accès aux régimes par capitalisation aux "insiders" insérés dans la mondialisation.

Nota bene. Reste la question du déficit en 2025. On sait que cette question n'était pas la première préoccupation assignée au COR. Ce n'est que tout récemment qu'on lui a demandé de communiquer sur des valeurs absolues (entre 7 et 17 milliards à l'horizon 2025). Afin de frapper l'opinion ?

Plusieurs études ont étudié ce qu'il en est de ce déficit "imaginaire". Je me contenterai de rappeler, par exemple que la loi qui exigeait que l'Etat compense les dispenses de cotisations sociale à l'euro près a été abrogée. L'Etat ne s'est pas privé d'utiliser ce changement pour mobiliser une partie des sommes utilisées pour calmer la fronde des Gilets Jaunes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.