La violence : pour faire quoi (?)

Réfléchir à l'usage de la Violence comme satisfaction de buts à évaluer dans ses effets, se répercutant dans notre milieu social actuel, dans l'Histoire en devenir.

Ces jours-ci une majorité verbeuse se délecte de la violence. Parce que tout tourne autour  de ça, qu'on parte de la violence ou qu'on y vienne ou revienne. Au point qu'un observateur quelque peu extra-terrestre y verrait comme un tache en extension, s'étendant au-delà des frontières françaises, annonciatrice de cataclysmes à venir.

Que signifie-t-elle ? Qui la produit et pourquoi, et que peut-elle faire advenir dans un processus historique? Bien sûr, il y a toujours ceux - plus rarement celles, virilité oblige(?) - pour qui la violence (physique s'entend) est la réponse primaire à tout antagonisme; un défoulement irrépressible se satisfaisant d'un objet de colère pour se définir ses ennemis et puis s'auto-satisfaire en passant aux actes. Cette violence-là a déjà sa fin(=but) en elle-même (?) La cause? Ici, du moins au départ, un projet de loi au nom comme "ri", sans rire, qui suscite - non sans raisons - une opposition certaine et non négligeable, certainement. Et c'est pour cela que de grandes manifestations pacifiques sont nécessaires, qui contribuent ou non à prouver l'importance, en nombre, des opposant(e)s. Et qu'une réflexion collective, comme dans l'ébauche "Nuit Debout", est bienvenue qui étend et approfondit les préoccupations liées au Travail en s'orientant vers une contestation globale des conditions de notre existence sociale.

Alors : "En quoi les violences physiques contribuent-elles à renforcer l'opposition à ce projet de loi ?" - "En quoi est-ce utile ou même indispensable ?" Qui se pose cette question (?) Après, comme dans tout conflit avec dommages corporels, on se demande qui a commencé; et on dit que c'est la police qui provoque des violences purement réactionnelles à l'agression policière. Et on voit certains s'évertuant à montrer que cette violence est unilatérale; qu'une balle de flashball peut faire perdre un oeil, c'est prouvé; mais on oublie ce que peut faire un pavé bien ajusté ... On est là dans le noyau dur, le "trou" je dis, de la violence. Après encore, il y a la justification prêtée aux fauteurs désignés de violence. Ici, la volonté d'un parti au pouvoir de faire passer un projet outre l'assentiment de la population, ce qui, dans l'intention, est certainement compréhensible. Mais on oublie qu'il s'agit de l'application d'un processus d'adoption d'une loi conforme à notre Constitution (?!)

Qu'on ne se méprenne : Je comprends qu'au-delà de la violence physique, il y a la violence institutionnelle exercée par les structures même de notre organisation économique, socio-politique, telles que nous les vivons d'expérience. Que c'est un progrès d'amener à critique toutes les instances qui, en interactions, exerçent sur nous un pouvoir dont elles doivent justifier la légitimité. Qu'en particulier, la police est redevable d'explications sur ses méthodes, y compris l'infiltration de tous groupes violents. La stratégie des actions publiques est à examiner, de même que celle de ces
multinationales qui déterminent - directement ou autrement - le sort de la quasi-totalité des salarié(e)s. Globalement, que nous sommes pris dans une crise systémique d'un capitalisme financiarisé et mondialisé qui rend intolérables les défaillances et insuffisances des instances "démocratiques" actuelles et qu'il nous faut, ensemble, par une "solidarité" à construire, refonder les modes de construction et de gestion d'une société future,
durable, acceptable ...

Mais si la violence doit primer la réflexion et si on continue de ne vouloir que : Abolir la police parce qu'elle est fauteure de violence; Abolir la démocratie (en France, comme dans l'Union Européenne ...) parce qu'elle ne représente pas le "Peuple"; Abolir le droit parce qu'il est fait par des politiciens véreux et appliqué par des administrations serviles. Après, ON FAIT QUOI ?

Et que disent nos camarades(?) violents au visage caché à ceux et celles qui veulent exercer la non-violence ? À qui veut pouvoir réfléchir avant d'agir et tout en agissant, et donner à la non-violence la possibilité de faire ses preuves ? En ce triste temps, le plus large accord se cherche, non sur un projet de nouvelle société mais sur le besoin de violence destructrice de l'existant. J'en entends même, à l'extrême de la droite extrême, qui s'inquiètent déjà de ce que leurs ami(e)s du Front National, à force de vouloir se dédiaboliser, finissent par céder aux sirènes de la démocratie
parlementaire. Dieu les en garde! Tant il est nécessaire et largement consensuel, hors du LR-PS et consorts, d'en finir avec la démocratie !?

Rassurons donc tous violents qui seraient en manque; l'optique extra-terrestre nous montre à l'évidence que la volonté de découdre tout ce qui a été cousu auparavant pour éviter d'avoir à raccomoder, mais sans savoir comment recoudre à nouveau, est bien à l'oeuvre. Et les héros en herbe sont toujours là, impatients de gagner l'estime de leurs co-acteurs et la gloire y compris posthume; à briller dans les mémoires humaines futures, à défaut des jouissances promises aux seuls djihadistes; à écrire, dans le sang et la furie, les nouvelles pages d'histoire que nos multi-millionaires de
demain liront distraitement dans leurs îles bienheureuses.

Non (?) ou Oui(?)

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