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Billet de blog 23 déc. 2022

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Non à l’état d’urgence au Pérou !

Solidarité avec les mobilisations ouvrières et paysannes au Pérou !

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Des manifestations se déroulent dans tout le Pérou depuis le 28 mars 2022 pour dénoncer l'inflation et l’augmentation des prix notamment ceux du gaz.

Pedro Castillo a annoncé une réduction de la TVA pour la vente d’aliments de première nécessité et une augmentation de 10 % du salaire minimum. Mais ces mesures limitées ne prenant pas effet immédiatement, les grévistes ont décidé de poursuivre le mouvement. Les violences policières et les affrontements ont fait six morts et des dizaines de blessés. Les manifestants ont alors demandé la démission du président.

Des procédures de destitution ont été lancées mais elles ont échoué. Les manifestations ont alors redoublé d’intensité.

Le 2 décembre 2022, le congrès a approuvé l’ouverture d’une troisième procédure de destitution.

Le 7 décembre 2022, lors de la matinée précédant l'examen par le Congrès de cette motion de destitution, Pedro Castillo a annoncé la dissolution du Congrès et la création d'un gouvernement d'urgence. Il a annoncé en même temps des élections anticipées et la création d'une assemblée constituante pour définir une nouvelle constitution, promesse phare de sa campagne présidentielle de 2021. La vice-présidente de la République, Dina Boluarte, s’est prononcée contre cet auto-coup d'État. Pedro Castillo a en effet tenté de rester au pouvoir tout en changeant de régime politique. L’expression vient d’être inventée à cette occasion mais le processus est connu de longue date par les français. C’est par un auto-coup-d’Etat que Napoléon 1er est devenu empereur après avoir été consul et c’est aussi par un auto-coup-d’Etat que Napoléon III, élu président de la République, est lui-aussi devenu empereur.

Mais, l’auto-coup d’Etat de Pedro Castillo a échoué, le jour même, par le refus de l'armée, de la Cour constitutionnelle et du gouvernement de le soutenir. Dans l’heure suivante, la présidente du Conseil des ministres Betssy Chávez ainsi que la majorité des ministres (douze ministres) choisissent de démissionner. Le troisième vice-président du Congrès, Alejandro Muñante, a annoncé l'avancement de l'examen de la motion à 12 h 30 (au lieu de 15 heures). Lors de l'examen de cette motion de destitution, 101 membres du Congrès ont voté en faveur de la destitution de Pedro Castillo en raison d'une incapacité morale permanente. Dina Boluarte est devenue automatiquement présidente de la République pour la durée restante du mandat de Castillo et elle a prêté serment, en tant que nouvelle présidente (Voir cet article et cette vidéo).

Cet épisode, assez spectaculaire et largement médiatisé, pouvait laisser penser qu’un changement radical de politique suivrait. Mais, les masses laborieuses ne s’y sont pas trompées, il ne s’agissait que d’un changement de personnel à la tête du gouvernement. Il est vite apparu que le gouvernement Boluarte s'est entourée de dirigeants de droite, de partis patronaux corrompus et de représentants du grand capital.

Le gouvernement a décrété l'état d'urgence pour réprimer les protestations, en s'appuyant sur les forces armées et la PNP (Police Nationale Péruvienne). Cela a été annoncé dans un message à la nation le dimanche 12 décembre au petit matin.  Alberto Otarola, ministre de la défense, a eu le mérite d’être clair pour annoncer qu’il s’agissait d’un état de dictature. Il a dit :

« Il a été décidé de déclarer un état d’urgence dans tout le pays. Cela implique la suspension des droits suivants : la liberté de réunion, l’inviolabilité du domicile, la liberté de mouvement et la liberté et la sécurité personnelle. »

La Présidente du Pérou a aussi annoncé des élections pour le mois d’avril 2024 alors qu’elle avait auparavant exprimé son intention de rester au pouvoir jusqu'en 2026. Elle parle maintenant de 2023 espérant ainsi faire cesser le mouvement de protestation dans l’attente des élections. La crise au sommet se poursuit. Deux ministres ont déjà démissionné à cause des crimes de la répression.

La première action de Boluarte a été de demander une « trêve » à l'aile droite du Congrès et de nommer un nouveau cabinet ministériel. Celui-ci continue la politique néolibérale et défend la constitution réactionnaire de Fujimori. La deuxième action de Boluarte a été de réprimer les luttes des peuples avec les forces répressives et la PNP qui ont fait trois morts à Andahuaylas et des dizaines de blessés dans tout le pays.

Des dizaines de milliers de personnes descendent maintenant dans la rue. Des actions de masse sont lancées dans 20 des 24 régions du pays. La répression est en hausse : depuis le dimanche 18 décembre. C’est maintenant plus de 20 personnes qui ont été tuées et il y a eu 200 blessées et des milliers d’arrestations.

La prise de conscience est maintenant générale. Personne ne reconnaît ce nouveau gouvernement, ni le Congrès. Ils sont responsables de la crise sociale et politique et ne représentent pas les intérêts des larges secteurs populaires. Tous les gouvernements ont menti, ils promettent tout lors des élections, puis leurs promesses se transforment en mensonges et en trahisons. Le Congrès se déguise en « défenseurs de la démocratie » alors que pendant des décennies, ils ont adopté des lois contre le peuple et limité les droits démocratiques. Ils doivent tous être jetés dehors par la mobilisation populaire qui ne doit pas s'arrêter tant que chacune des  revendications n'est pas gagnée !

Depuis la dictature de Fujimori, c’est la même politique qui a été poursuivie par tous les gouvernements de Toledo à Castillo et maintenant par celui de Boluarte. Tout est pourri de la tête aux pieds ! Ce régime ne représente que les intérêts de l'Entente nationale des grands capitalistes. Depuis plus de 30 ans, ils piétinent les travailleurs au nom du « modèle social de marché ». La pauvreté augmente, la précarité dépasse les 70 %, les campagnes manquent de ressources pour produire de la nourriture. Les compagnies minières prennent l'argent à la pelle. Les banques et les AFP s'en mettent plein les poches. Cela ne peut plus durer !

L’ancien président Castillo a été emprisonné pour faire figure de bouc émissaire. Il faut exiger sa liberté sans pour autant apporter le moindre soutien à ce que fut sa politique.

  • Dehors le gouvernement de Dina Boluarte ! Dehors le congrès de corrompus !
  • « Que se vayan todos » ! Qu’il s’en aille tous !
  • À bas la répression ! À bas l'état d'urgence ! Punissez les responsables des morts et des blessés.
  • Nous exigeons la liberté de Pedro Castillo et des autres prisonniers politiques.
  • À bas la constitution Fujimoriste.
  • Des élections maintenant pour une Assemblée Constituante libre et souveraine.
  • Pour qu'un gouvernement des travailleurs et du peuple réalise les changements fondamentaux dont les travailleurs ont besoin avec un plan économique alternatif ouvrier et populaire.
  • Soutien total aux manifestations, barrages routiers et occupations qui ont lieu dans tout le pays
  • Pour la Grève nationale avec des assemblées sur les lieux de travail et dans chaque quartier !
  • Pour des comités de lutte unitaires et démocratiques, avec les comités de défense et les organisations sociales et politiques en lutte pour développer la mobilisation et pour sa coordination nationale.
  • Unité de toutes les luttes pour avancer vers la grève nationale.

L'UIT-QI, appelle à la plus large solidarité internationale pour soutenir la lutte des travailleurs, des paysans et des indigènes péruviens. Nous appelons à des marches et des actions unies devant les ambassades et les consulats du monde entier.

Pour l’AGIMO, Jean Dugenêt, le 19 décembre 2022

L’AGIMO est solidaire avec le « Partido de los Trabajadores UNÍOS » section de l'UIT-QI du Pérou

AGIMO : Avant-Garde Internationaliste du Mouvement Ouvrier

UIT-QI : Union Internationale des Travailleurs – Quatrième International

https://uit-ci.org/index.php/2022/12/17/peru-todo-el-apoyo-y-solidaridad-a-las-movilizaciones-de-las-y-los-trabajadores-y-campesinos/

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