Jean Galaad Poupon
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Billet de blog 6 mai 2022

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Pourquoi le peuple ne vote pas Mélenchon ?

"Ce n'est pas le peuple qui abandonne la gauche, c'est la gauche qui l'abandonne"Mélenchon. Je crois qu'il a raison mais qu'en se focalisant sur l'économie il s'échappe. La gauche abandonne le peuple aussi par sa conversion au libéralisme politique et culturel et la France Insoumise est à la pointe en cette matière. Sans accabler, je veux faire un diagnostic honnête pour y remédier.

Jean Galaad Poupon
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a lieu de se poser en effet la question dans la mesure où le programme économique de l'Avenir en commun porté par Jean-Luc Mélenchon défend l'intérêt des classes populaires, des ouvriers et des agriculteurs comme aucun parti de gauche ne l'a fait depuis très longtemps en France. Les multiples trahisons du parti socialiste ont fait tomber ce dernier dans les limbes de la défiance. Plus personne ne votera pour les socialistes. Jean-Luc Mélenchon a reconstitué le drapeau de la gauche que les socialistes avait réduit en liquette. En regardant les résultats des élections présidentielles de 2022 et le score magistral de cette gauche défendant réellement l’intérêt des classes populaires on pourrait s'en réjouir : une vraie gauche aux portes du pouvoir. Pourtant, la sociologie du vote semble révéler un paradoxe : les classes populaires des campagnes, les ouvriers et les agriculteurs n'ont pas voté Jean-Luc Mélenchon. Son électorat se situe en banlieue, chez les diplômés des grandes villes, en outre-mer et tout de même aussi en Ariège. Pour qui le peuple a t-il voté alors ? J'entends par peuple ici la masse considérable des français qui vivent dans les campagnes et qui constitue une bonne partie du prolétariat étant entendu que c'est bien grâce aux agriculteurs que les citadins mangent, et grâce aux ouvriers que nous avons du confort matériel. Cette masse est depuis longtemps exclue du politique : elle a disparu des reportages, du cinéma, des romans, des journaux, de la télévision, d'internet1. Elle ne se fait connaître qu'au moment des élections, et surtout des élections présidentielles où elle vote massivement pour … Marine Lepen. Cette dernière arrive en tête dans 22 000 des 35 000 communes française. Autrement dit, le peuple vote pour elle. Aujourd'hui la gauche s'en mord les doigts. Non pas parce qu'elle a des regrets vis-à-vis de l'abandon des classes populaires. Mais elle s'est simplement rendu compte que sans le soutien du peuple, la victoire électorale était vaine, quand bien même le vote libéral se divise entre Macron et Pécresse et le vote d'extrême droite entre Zemmour et Lepen. Il y a quelque chose de désespérant pour les militants de gauche : ils ont un bon programme économique, ils ont fédérés les luttes féministes, les luttes contre l'islamophobie, les luttes pour les droits des trans, les luttes véganes, les outre-mer. Et pourtant ils échouent. Marine Lepen, elle n'a fédéré personne. Mais lorsqu'elle descend en campagne ou qu'elle apparaît auprès des ouvriers c'est l'acclamation générale et le bain de foule. Je voudrais ici partager mon travail de recherche en sciences sociales pour mettre en lumière les raisons pour lesquelles le peuple n'a pas voté Jean-Luc Mélenchon alors même que sur le plan économique il adhère à son programme. Et pour ça je suivrais l'axe tracée par Mélenchon lui-même : « ce n'est pas le peuple qui abandonne la gauche, c'est la gauche qui abandonne le peuple ». Cet abandon est tel qu'aujourd'hui il est même permis de dire que le peuple n'est pas de gauche selon l'acception contemporaine qui est faite de cette notion. Pour répondre à ce paradoxe j'en passerai par un ensemble d’analyses sociologiques et idéologiques en m'appuyant notamment sur mon plat préféré : les dérives libérales de la gauche citadine.

Interprétation dominante : le peuple connaît mal son intérêt économique et le contenu des programmes.

C'est en effet la réponse la plus communément admise, qui est d'ailleurs une réponse voisine du néo-libéralisme. À chaque nouvelle réforme libérale, les macronistes, les socialistes et les sarkozystes s'en vont nous dire :« on a pas bien expliqué », « on a pas fait assez de pédagogie ». Avec sa variante macroniste « on a été trop intelligent » dixit Gilles Le Gendre (sic). De même, les militants de la France Insoumise se sont dit que le manque de militantisme et d'explications pour convaincre sont responsables du manque d'adhésion aux classes populaires. Cette erreur tient à ce que j'appelle la néo-libéralisation des esprits (comme on a pu parler d'une lepénisation ou d'une zemmourisation des esprits). Cette néo-libéralisation repose en partie sur une anthropologie économique : l'homme serait un Homo Oeconomicus qui maximise son intérêt dans ses choix et ses actions. Si les choses vont mal c'est seulement par manque de connaissance de cet intérêt ou bien à cause des multiples entraves qui empêchent l'accès la satisfaction de cet intérêt. Ainsi, les militants de gauche pensent souvent que le peuple connaît mal son intérêt, qu'il vote de travers et qu'en l'éduquant par la connaissance du programme tout ira mieux. Comme c'est étonnant, les classes éduquées pensent que si le peuple ne vote pour elles c'est qu'il manque d'éducation. Je pense au contraire que le peuple défend assez bien ses intérêts, simplement ils ne sauraient se réduire à un calcul économique : le peuple vote aussi en fonction de ses valeurs, de ses idées, de ses goûts, de sa confiance et de sa culture. Je tiens à préciser par avance que Jean-Luc Mélenchon est selon moi le plus grand homme politique qu'on ait connu en France ses vingts dernières années. Je le dis car il n'échappera pas à mes critiques, et je sais qu'elles feront sauter au plafond les partisans de la France Insoumise car certaines sont dures et blessantes. Mais je le fais car je n'ai aucun conflit d'intérêt avec eux et je suis le fils philosophique de Simone Weil qui nous expliquait dans sa Note pour la suppression des partis politiques à quel point les partis sont une insulte à la vérité : on exclut ceux qui critiquent le chef ou la ligne quand bien ils disent la vérité. Pourquoi est-ce que je m’attelle à critiquer aussi radicalement un programme et un homme politique que j'admire par ailleurs ? Parce qu'il faut un constat lucide pour aller de l'avant c'est-à-dire qu'il faut mettre en lumière les échecs, les erreurs et cesser d'accuser le peuple ou Fabien Roussel afin de mieux éviter toute remise en question. Sans remise en question il n’y a pas de victoire possible. On peut donc s'étonner de voir des militants de gauche reprendre l’anthropologie néo-libérale de l'Homo Oeconomicus pour penser leur stratégie politique. Il y a une raison à cela, en insistant sur le programme économique on tente de dissimuler un problème majeur : le décalage culturel entre la gauche et le peuple.

Une chute de confiance mais pas seulement.

La confiance est certainement un des ressorts majeur du vote populaire. Mélenchon ayant voté et fait campagne pour le traité de Maastricht en 1992, appelé à voter pour François Holande en 2012 il reste un traître pour beaucoup. Ce jugement est en partie injuste car Mélenchon a en effet opéré un certain nombre de déplacements significatifs, pour ne pas dire considérables, ces vingts dernières années. Et si l’histoire passée avec le parti socialiste expliquait l’échec de 2017 et 2022 alors on comprend mal pourquoi Macron réussit si bien. Car en effet, lui aussi était au parti socialiste, et même bien plus récemment que Jean-Luc Mélenchon. Macron est pour ainsi dire le rejeton du parti socialiste par un effet de vases communicants, d'entourloupes, et pour le coup de manque d'attention de la part de l'électorat, il a récupéré une bonne partie du vote socialiste en 2017. On peut également souligner que dans les années 90 le FN était parfaitement néo-libéral sur le plan économique et qu'en cette matière Marine Lepen a opéré un virage à gauche considérable depuis vingt ans allant même jusqu'à puiser dans le réservoir d'intellectuels très engagés dans la formation d'une gauche à gauche économiquement : Jacques Sapir, Emmanuel Todd ou Frédéric Lordon. Cependant, ce virage ne va pas jusqu'à atteindre l'exigence de Mélenchon en termes de défense des intérêts des travailleurs. On a pu entendre Lepen défendre la réforme des retraites ou le remboursement de la dette qui est d'ordinaire l'obsession des néo-libéraux. Il faut bien voir que mon sujet est d'une telle ampleur qu'il ne saurait être réduit à une explication simple. Le manque de confiance envers Mélenchon est fort mais sur les mêmes critères Macron et Lepen devraient subir un traitement apparenté. Il y a donc autre chose. Ou plutôt il semble que leur passé est pardonné. Pour Macron c'est très simple, c'est le bloc bourgeois massif chez les retraités, la bourgeoisie citadine riche et éduquée, et de manière générale les gens qui vont bien et qui n'ont pas de problème dans la vie2. L'électeur de Macron c'est celui qui aime l'Europe, la mondialisation, qui prend l'avion. Sinon c'est le peureux, celui qui veut l'ordre, que ça bouge pas trop, et un jeune président bien coiffé et souriant ça rassure. On trouve aussi le mougeon, néologisme des gilets jaunes. Le mougeon est une espèce politique hybride entre un mouton et un pigeon. Le mouton fait ce qu'on lui dit, le pigeon croit ce qu'on lui dit. Le mougeon vote Macron parce qu'à la télé on lui dit de le faire car il faut protéger la République des extrêmes : entre le stalinisme et le nazisme, le communisme et le fascisme, Mélenchon et Lepen. On notera à cet égard que Mélenchon n'est pas plus communisme ou stalinien que Marine Lepen n'est véritablement fasciste ou nazie. Il faudra que les communicants de Macron apprennent que l'exagération dans le but d'empêcher ce qu'on croit être le pire a pour effet principal d'atténuer la critique : plus personne n'y croit. Plus personne de politisé. Malheureusement ça n'est pas plus personne. Mais on trouve encore beaucoup de gens pour faire barrage au nazisme dès le 1er tour et qui court voter Macron sans adhérer à son projet. Le manque de confiance envers Mélenchon tient à son assimilation au communisme qui au XXe siècle s'est illustrée par ses différents génocides envers les paysans du monde entier. Que ce soit en URSS, en Chine ou au Cambodge pour ne citer que les plus connus, les paysans ont été déporté, emprisonné et exterminé. Non pas en raison d'une opposition politique première mais plus secondaire et dialectique. Le communisme est mû par la croyance dans le progrès, en cela il se distingue mal du libéralisme d'ailleurs, or les paysans sont plutôt conservateurs en matière technologique. Ils aiment conserver leurs méthodes traditionnelles dans la mesure où elles ont fait leur preuve. Pour atteindre la mécanisation du travail généralisée il faut détruire toute forme d'artisanat et toutes les méthodes traditionnelles. Ceux qui sont attachés à ces méthodes doivent donc être détruits. Les libéraux n'ont d'ailleurs pas les mains beaucoup plus propres que les communistes à cet égard. Certes, les paysans ne sont pas exterminés dans des camps. Mais de manière plus sournoise, ils sont poussés aux suicide. En France, le suicide des agriculteurs est encore le plus élevé des différentes catégories professionnelles. Et lorsque cette extermination par le suicide forcée ne va pas assez vite vous trouverez des véganes pour proposer de réintroduire le loup en montagne comme ça les derniers bergers, ces immondes spécistes qui préservent la faune naturelle grâce à l'élevage sans quoi la plupart des fleurs sauvages disparaîtraient, seront livrés à leur inexorable destin : innover ou mourir. Les agriculteurs sont donc naturellement extrêmement hostile au libéralisme qui les détruit, mais pire encore que le libéralisme il y a le souvenir du communisme au XXe siècle qui les a exterminé. Pour le coup imaginer une seule seconde que Mélenchon s'apparente aux folies du XXe siècle est grotesque. Mais disons que cela participe à la défiance qu'ils lui portent. Peut-être aurait-il fallu se tenir au courant de cette sensibilité en trouvant un langage adapté. Ce langage est souvent celui de la preuve par les faits dans le monde paysan. Ils n'écoutent que ceux qui travaillent et qui montrent. Jean Lassalle par exemple, dont le programme agricole n'est pas très différent sous plusieurs aspects du programme de l'Avenir en commun, est très populaire chez les agriculteurs.

J'ai montré que la défiance est une des réponses clefs de la scission avec les gens des campagnes, mais cette réponse est insuffisante. Ça n'explique pas tout. Ça n'explique pas la fracture. J'en arrive donc à ce qui pour moi est le cœur du sujet : les ruptures idéologiques et culturelles. Je vais hiérarchiser ce qui je crois constitue par gradation l'ordre des ruptures symboliques qui ont actées définitivement le divorce entre la gauche et le peuple. La première n'est pas principielle mais plutôt formelle. C’est l’écologie. Je parlerai ensuite du féminisme, de l’art contemporain et enfin du racisme et de l’immigration.

L'écologie des villes contre l'écologie des campagnes.

Ceux qui ont le mode de vie le plus écologique et le moins polluant sont les habitants des campagnes et des petites communes. En outre, les gens des campagnes sont sur le principe tous pour qu'une politique écologiste soit menée. Et pourtant c'est bien une taxe écologiste sur l’essence qui a déclenché la fureur des campagnes et le mouvement des gilets jaunes. Il y aurait une dissociation entre leur principe et leur action politique. Il est important aussi d’avoir en tête la perception que les classes bourgeoises citadines ont des classes populaires : des pollueurs conducteurs de diesel, mangeurs de fast food, ne triant pas leurs déchets, et usant de sacs plastiques. Cette vision de classe est détrompée par les études de consommation où en réalité les classes populaires consomment de nombreux produits locaux achetés sur les marchés, et surtout, surtout, ils prennent très peu l’avion. La bourgeoisie citadine s’autorise des voyages annuels à l’autre bout du monde, sans parler de la « upper class » qui prend l’avion plusieurs fois par semaine et dont la seule patrie est un composite d’hôtels dans les métropoles du monde entier. Je voudrais commencer par donner immédiatement un exemple éloquent qui permet de bien saisir la faillite de l’écologie libérale dans son caractère absurde car les classes populaires sont infiniment plus rationnelles. Le cas des sapins de Noël peut apparaître anecdotique et pourtant tout est là. Une critique a été faite de la sylviculture des résineux. Et pour ma part j’en suis un grand militant. Il faut se débarrasser de tous les résineux et les remplacer par des feuillus. L’action aurait pu se focaliser sur les haies par exemple. En interdisant les tuyas, et en les remplaçant par les feuillus : les habitants des campagnes aurait pu avoir des haies fleuries toute l’année. Or, il y a un problème terrible : une tradition en France consiste à déposer des cadeaux de Noël au pied d’un sapin. Et la bourgeoisie écologiste au lieu de diriger son action sur les haies a préféré s’attaquer à une tradition culturelle. Le rapport aux traditions caractérisent assez bien une frontière de classe : les bourgeois détestent et méprisent les traditions, le peuple les célèbrent. Quelle a été la bonne idée de la bourgeoisie écologiste ? Remplacer les sapins de Noël par … des sapins en plastique, ou pour les plus riches d’entre eux, les bordelais, un sapin en métal et en verre. On aurait pu se focaliser sur les haies, proposer des sapins en pot. Mais non. Le plastique, le verre et le métal comme horizon. Vous aurez peut-être même remarqué que certains ont acheté des sapins en bois. Je veux dire, une structure composée de planches de bois en forme de sapin. J’ai regardé chez une amie de prés ce sapin en bois. Vous allez rire. Les planches de bois sont … en sapin. Il faut cultiver des sapins pour construire des structures en forme de sapin composées de planches en bois de sapin pour … satisfaire la bonne conscience de la bourgeoisie écologiste. Toutes les solutions écologistes proposées par la bourgeoisie des villes prennent la forme du développement durable c’est-à-dire d’une industrie ayant pour objectif de sauver à tout prix le capitalisme. Le capitalisme qui profite essentiellement à la bourgeoisie citadine car les classes populaires sont exploitées par ce système. Il faut donc se battre contre le bon sens des gens. Pour rappel élémentaire : la culture des sapins absorbe du CO2, c’est donc une culture écologiste sous un certain aspect, et elle l’est beaucoup plus que l’industrie du plastique, du verre ou du métal. Ces éléments pourtant extrêmement simples et compréhensibles par tous, et bien la bourgeoisie écologiste s’acharnent à les nier.

Et ça encore ce n’est rien. La bourgeoisie citadine vient d’opérer ces dernières années un véritable putsch intellectuel produisant une coupure définitive avec les classes populaires. Les gens des villes qui ne vivent pas dans la Nature, qui n’ont pas d’animaux, et qui donc ne connaissent rien en cette matière ont détourné l’écologie vers le véganisme. Les gens des campagnes et des classes populaires sont devenus coupables de génocide car ils mangent plus de viande que les bourgeois, qu’ils sont éleveurs et que certains chassent. Ce putsch s’est fait par un déplacement de sens : écologie = protéger la Nature et la biodiversité et puis écologie devient = protéger le vivant non-humain. Le déplacement semble subtil, insignifiant, mais c’est une réelle subversion. Vous tuez des frelons asiatiques ? Crime contre le vivant. Vous élevez des vaches, même en bio avec pâturage tournant (et donc sans émission de gaz à effet de serre) ? Vous êtes un criminel exploiteur. La distinction que tout le monde fait entre l’élevage intensif industriel et l’élevage paysan familiale n’existe plus. Ce n’est plus une différence de nature entre bien-être animal et mal-être animal. Mais cela devient dans les deux cas une exploitation et un crime spéciste. Un élevage bio c’est comme un camp de concentration éthique. Pour l’écologie des véganes des villes c’est un non-sens de défendre ça. Je voudrais maintenant vous montrer pourquoi le véganisme est absurde parce que ça agace beaucoup de monde, d’autres s’y convertissent, mais personne n’explique pourquoi c’est absurde. Pour cela je dois faire un léger détour par la philosophie morale. Il y a deux morales : la morale utilitariste et la morale déontologique. C’est peu ou prou l’opposition entre Kant et Benjamin Constant, mais avant Constant le fondateur de l’utilitarisme est Bentham. La déontologie c’est le principe, le devoir, la règle morale, je ne dois pas l’enfreindre. Tuer un animal est mal car c’est un être sensible (les cuistres disent même « sentients »), l’exploiter est mal aussi car l’animal en tant qu’être sensible capable de souffrance est mon égal et je ne conçois pas d’utiliser un humain pour me transporter donc utiliser la traction animale est immorale. On voit déjà comment le capitalisme et son progrès technologique vient alors résoudre ces problèmes éthiques. La voiture libère le cheval, la viande clonée libérera la gastronomie de la mort. À partir de là, l’antispéciste devient végétarien, il ne mange pas de viande car tuer un animal est mal, manger un animal suppose la mort d’un animal, ce principe ne doit donc pas être violé. Ensuite, l’antispéciste sort de la déontologie pour aller vers une approche utilitariste s’intéressant davantage aux conséquences de ses actions : manger du lait suppose la mort du veau, manger des œufs suppose la mort des poussins mâles ou des coqs sans parler même de l’exploitation. Par conséquent, l’antispéciste adopte un régime végane sans lait et sans œuf dans la mesure où la production de ses denrées suppose indirectement la mort d’autres animaux. Maintenant je vais vous donner la question qui fâche : pourquoi les antispécistes véganes mangent-ils du pain ? Vous trouvez ici la rupture culturelle avec les agriculteurs. Et s’il y a un agriculteur qui lit ses lignes il doit déjà rigoler. Connaissez-vous les moissons ? Pour faire du pain il faut de la farine, pour faire de la farine il faut du blé, pour ramasser le blé il faut le moissonner. La moissonneuse batteuse - « moissebate » pour les intimes - tue une quantité monstrueuse d’animaux : des lapins, des lièvres, des chats, parfois des chevreuils, des souris, des oiseaux, des lézards, des serpents. Par conséquent les véganes devraient arrêter le blé également, mais aussi les céréales en général. Pourquoi ne le font-ils pas ? Parce qu’ils ne savent pas ce que c’est que les moissons. Ce sont des citadins. Ils ignorent tout de l’agriculture. Bientôt ils apprendront ce que la production du pain suppose et alors ils arrêteront de manger du pain. Et plus tard, ils apprendront également que pour produire des légumes il faut tuer des limaces, des escargots, des doryphores par milliers, des taupes et des rongeurs par centaine. C’est à ça que sert le rotavator. On le passe pour retourner la terre et broyer les rongeurs qui mangent les légumes. Si vous connaissez un antispéciste qui a déjà passer le rotavator vous pouvez lui apprendre qu’il a broyé des mammifères vivants. Je vous rassure, lorsqu’un végane essaye de cultiver sa nourriture il fait comme Lierre Keith qui a été végane et végétarienne pendant plus de 20 ans : il devient pro-élevage et pro-chasse. La conclusion de Lierre Keith dans son ouvrage Le Mythe végétarien est éloquente : pour se nourrir il faut tuer, les véganes l’ignorent car ils sont hors sol. C’est une végane qui le dit pas moi. On pourra en profiter pour apprendre aux véganes ce que suppose la production de leur smartphone : des enfants enterrés vivant au Congo comme en témoigne le reportage de Cash Investigation Les Secrets inavouables de nos téléphones portables. Pour résumer un végane ne mange pas de bœuf fût-il bio et élevé en plein air car c’est criminel mais cela ne le dérange pas de manger du pain ou d’avoir un smartphone. Cette éthique irrationnelle est souvent l’effet d’un mal être psychologique personnel. Et ça n’est pas grave. On a le droit d’être ignorant, hors sol et dépressif comme Solveig Halloin. Les véganes méritent notre amour. Pourquoi je ne les aime pas ? Parce qu’il sont coupable d’avoir détourné l’écologie au profit de leur dépression et surtout de leur domination de classe contre les gens des campagnes. Derrière ces disputes entre carnistes et véganes il y a une élite citadine qui explique au reste de la société comment penser, manger, vivre et être pur. Une grande partie de la démarche végane est salvatrice et nécessaire. Il y a un véritable problème avec le mal-être animal dans l’industrie agroalimentaire. On voit d'ailleurs que beaucoup de gens deviennent végétariens ce qui est en soi plutôt une bonne nouvelle : on se soucie enfin des animaux ! Attention je ne critique pas ici les régimes alimentaires. Je serai bien mal placé pour le faire il y a des choses que je ne mange pas sans aucune raison valable. Je critique l'idéologie intellectuelle et le discours de domination qu'il y a derrière. Quel dommage que ceux qui défendent ces régimes aient adopté une théorie irrationnelle et méprisante envers le reste de la société pour le faire. Le plus déconcertant étant que les végétariens - par effet d'association - vont souvent subir des attaques visant l'antispécisme alors qu'eux-mêmes ne le sont pas. Il se trouve que le végétarianisme est un phénomène de masse qui se soucie du bien-être animal et qui subit une attaque sournoise de l'intérieur par une idéologie sectaire soutenue par la Silicon Valley - car oui ils financent en partie L214 - ce qui crée une crispation par réaction. L'antispécisme vient finalement empêcher bon nombre de gens de devenir végétarien car ils ont le souci du bien-être animal mais ils ont aussi des croyances et des modes de vie incompatible avec l'antispécisme. L’écologie ça n’est pas le développement durable ni l’antispécisme. Ça c’est le libéralisme économique et le libéralisme éthique appliquée à l’écologie. Or, il y a plein de manière d’être écologiste et lorsqu’un éleveur a le souci de son animal, qu’il lui donne un prénom, qu’il le fait paître en bio, cela permet une restauration des sols. C’est une excellente démarche écologiste comme on en verra jamais de la part d’un citadin simplement parce qu’en vivant en ville on ne peut pas être écologiste. Je voudrais maintenant achever la philosophie antispéciste ou animaliste avec de la casuistique. On ne mange pas un animal car cela suppose que l’on tue, or tuer c’est mal : si on peut l’éviter il faut le faire à tout prix. D’accord. Et si un végane trouve, comme cela arrive souvent, un sanglier mort sur le bord de la route. On peut l’abandonner. Ou alors, on pourrait le ramasser et le manger non ? Il n’y a absolument aucune raison d’un point de vue végane et anti-spéciste pour ne pas manger ce sanglier mort par accident. Aucune. Cette mort était-elle évitable ? Non car il y a des voitures et les voitures sont inévitables. Vraiment ? Il n’y a pourtant pas toujours eu des voitures sur terre. Or ici on voit bien que la voiture est considérée comme un fait de nature inévitable contrairement à l’élevage ou la chasse. Pour rappel : les voitures tuent plus de gibiers que les chasseurs en France. Et je ne compte même pas les insectes. Pourquoi les véganes ne se battent-ils pas pour créer un monde sans voiture ? Pourquoi veulent-ils un monde sans élevage et sans chasse ? Je précise pour ceux qui l’ignorent : les véganes aspirent à un monde où les vaches, les cochons, les moutons, les chevaux, les chiens et les chats n’existent plus. Pour ceux qui seraient sceptiques je les invite à lire Peter Singer La Libération animale où il défend ces positions ou même Corine Pelluchon en France. C’est vraiment leur monde idéal. Le pêché immoral se situe dans l’intention humaine de tuer, alors là on ne mange pas la viande, mais si l’animal est mort par accident on a aucune objection éthique à le manger. C’est un retour à la métaphysique chrétienne médiévale. En faisant de l’élevage, qui est un fait culturel permettant une relation humain – animal à laquelle tout le monde est attaché, un crime contre la vie, le végane est coupé définitivement des classes populaires. Croire que les éleveurs et les gens des campagnes n’ont pas le souci du bien-être animal est un préjugé de classe sans réalité : ils ont le souci du bien-être animal car ils connaissent les animaux mieux que personne dans la mesure où ils vivent avec. Un exemple de cette fracture s'illustre parfaitement par la baisse de la consommation de viande en 2020. Les antispécistes s'en félicitent car ils y voient une prise de conscience éthique pour les plus psychotiques d'entre eux, et une bonne nouvelle pour les plus cyniques. Si les classes populaires mangent moins de viande, c'est parce qu'ils sont pauvres, ils n'ont plus les moyens d'en acheter. Par conséquent, la viande locale et bio est négligée au profit de viande industrielle moins chère de mauvaise qualité. Autrement dit, l'élevage respectueux est affaibli, l'élevage industriel avec des animaux torturés est renforcé et les antispécistes s'en félicitent car on mange moins de viande. Ici, le néo-libéralisme s'articule parfaitement avec l'antispécisme, c'est sûrement pour ça que la upper-class cosmopolite s'y convertit si volontiers. La solution pour le bien-être animal serait à trouver ici dans l'augmentation du pouvoir d'acheter de la viande de qualité, c'est-à-dire française et bio. Mélenchon a préféré faire "plus loin et plus fort" que Macron pour reprendre sa phraséologie : cantines végétariennes obligatoires en France quand Macron n'en a fait qu'un jour par semaine. Une solution heureuse pour les gens du peuple et le bien-être animal n'était-elle pas plutôt à trouver dans : si il y a de la viande dans les cantines c'est obligatoirement de la viande locale et bio ? Aujourd'hui vous pouvez donner de l'argent sur une application qui permet à une start-up allemande d'acheter des animaux d'élevage afin de leur éviter l'abattoir. Tout est là : je lutte avec mon smartphone en donnant de l'argent sur une appli pour financer une économie hors-sol qui n'a aucun sens. La France Insoumise a fait des alliances politiques avec les antispécistes et Aymeric Caron avec son parti REV. Cela fait partie des raisons pour lesquelles les gens des campagnes sont hostiles à l’écologie politique et qu’ils n’ont pas voté Mélenchon. Ça n’est pas qu’ils ne sont pas écologistes. C’est que la gauche a détruit l’écologie. Au sujet de ce ralliement Mélenchon a déclaré « oui nous rejoignons leur combat politique même si nous ne sommes pas d’accord avec tout, ils nous influencent, ils pèsent sur nous. » Une chose est sûre, ce n’est pas le peuple qui influence et qui pèse sur la France Insoumise.

En matière d’écologie le peuple défend-il des idées plus puissantes et révolutionnaires que le développement durable ou l’antispécisme ? Je le crois. Et pour ça je m’appuie sur une opinion extrêmement répandue chez les classes populaires que j’illustre en citant France Gall : « Tant de libertés pour si peu de bonheur Est-ce que ça vaut la peine ? ». L’idée selon laquelle l’abondance de marchandises à travers la société de consommation est néfaste pour le bonheur alors même qu’on est divertit est une idée profondément révolutionnaire. Lorsque Alain Souchon chante « Oh la la la vie en rose Le rose qu'on nous propose D'avoir les quantités d'choses Qui donnent envie d'autre chose Aïe, on nous fait croire Que le bonheur c'est d'avoir De l'avoir plein nos armoires Dérisions de nous dérisoires » il critique la joie factice de la consommation au détriment d’un véritable bonheur humain. Si on en tire des conséquences politiques c’est l’abolition de la société de consommation c’est-à-dire du capitalisme. Nos écologistes auraient peut-être mieux fait d’écouter les chansons populaires à la radio au lieu de jouer aux cuistres dans les grandes écoles qui leur apprennent à nier cette évidence que soulignait K. Boulding « Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Tant qu’on aura des écologistes libéraux qui veulent rompre avec le bon sens populaire au profit du maintien d’une « croissance verte » en chassant les spécistes il y a peu de chance que quelqu’un issu des classes populaires en soit réellement convaincu. De plus, l’écologie n’avancera pas. J’en viens donc à me dire simplement que nos écologistes se disent écologistes mais ne le sont pas, et les classes populaires méprisent les écologistes politiques et médiatiques alors qu’ils le sont eux-mêmes plus profondément dans leur philosophie et leur mode de vie.

Le féminisme libéral à l’assaut du féminisme socialiste.

Le féminisme est devenue également un facteur de division et de clivage en tant qu’idéologie. Pourtant, c’est bien dans le mouvement socialiste et les luttes populaires du XIXe siècle que le féminisme en tant que lutte politique est né. Comment le féminisme a t-il pu être accaparé par les classes bourgeoises et vidé à ce point de son contenu politique ? Pour répondre je vais d’abord donner des considérations générales de philosophie politique pour ensuite atterrir sur les clivages concrets qui existent entre les croyances populaires et les féministes déconstructionnistes. Quelle différence entre le libéralisme et le socialisme ? Car la récupération du féminisme par le libéralisme ce n’est pas seulement la marchandisation du féminisme en tant qu’objet de profit et de communication pour les entreprises, les hommes politiques, les séries, le cinéma, les revues, la publicité, les podcasts ou les publications d’ouvrages aussi remarquables que Moi les hommes je les déteste (sic) de Pauline Harmange. Le libéralisme appliqué au féminisme c’est aussi une rationalité politique où l’idéal visé est l’obtention de droits et c’est aussi une vision de l’Histoire où la lutte discordante des intérêts prime. Pour le féminisme libéral l’histoire de l’humanité est celle de la domination masculine. Mais comme l’expliquait bien Kropotkine dans L’Entraide on ne peut pas expliquer l’évolution et la survie de l’humanité par la concurrence, la rivalité, la domination et la discorde. Non pas bien sûr que ces éléments n’existent pas. Mais pour Kropotkine ça n’est pas le facteur de l’évolution, et ça n’est pas non plus le rapport social qui domine. En appliquant cela au féminisme il est clair comme le souligne Emmanuel Todd dans Où en sont -elles ? Que l’histoire des rapports hommes – femmes est d’abord une histoire de la coopération et de l’entraide. Il n’y a donc pas de sens à parler de patriarcat pour qualifier l’histoire de l’humanité. Non pas que les sociétés patriarcales n’existent pas, mais fatalement elle sont rares. Le patriarcat le plus abouti qu’on connaisse est en Inde du Nord, en Asie surtout en Corée et en Chine, le statut de la femme est également lourdement abaissé dans les pays arabes. Mais finalement, ni aujourd’hui ni par le passé le statut de la femme dans l’histoire de France n’a été abaissé au point que les femmes soient écrasées. Ça ne veut pas dire non plus que la société est égalitaire, mais le point majeur est le suivant : les femmes sont dominées, mais dans cette domination elles trouvent des intérêts. On le voit dans les données statistiques : l’espérance de vie des femmes est plus élevée, elles sont moins lourdement condamnées pour les mêmes crimes, elles sont moins agressées physiquement, elles meurent moins, elles font moins de dépression, elles sont moins alcoolique. Bref, d’un certain point de vue elles vivent mieux. Et pourtant elles sont dominées par un archétype féminin qui les pose comme objet sexuel de l’homme. C’est pourquoi elles sont violées, victime de féminicide, harcelées dans la rue et au travail, jugées sur leur physique dès leur plus jeune âge. Bref, de ce point de vue elles ont une vie relativement insupportable. Cependant, cette domination n’est pas patriarcale car elles en tirent des avantages, on parle donc de patridominance. Les femmes de l’Inde du Nord (bien que les choses aillent mieux aujourd’hui) sont des esclaves torturées et violées. C’est ça le patriarcat. Ces avantages existent même parfois dans des pays où le statut de la femme est sinon patriarcal en tous cas très bas par rapport à la France. Au Mali par exemple, les terroristes de Boko-Haram attaquent des écoles pour petits garçons et les tuent tous en les brûlant vivants. Des humains tués en tant qu’homme ? Un hominicide ? Quand ils attaquent une école de petites filles ils les relâchent et leur disent « lavez vos pêchés faites des enfants ». Être une femme protège votre vie. J’ai des amies féministes qui me disent que en tant que femme on intériorise qu’on est inférieur aux hommes, et que cela est insupportable. Je crois qu’elles ont raison, c’est insupportable. Cependant, en tant qu’homme on vous éduque en vous faisant comprendre que votre vie a moins de valeur que celle de votre femme et de vos enfants, et que si le malheur arrive, il faudra faire preuve de courage et se sacrifier pour les sauver. Comme pour le Titanic : « les femmes et les enfants d’abord ». D’après vous, en France, entre 1914 et 1918 il vaut mieux être un homme ou une femme ? Malgré toutes ces nuances et ces limites au discours féministe libéral on nous présente aujourd’hui les hommes comme des êtres privilégiés dans une société patriarcale. Quand on a grandit dans un milieu où les hommes sont exploités, tués, et vidés au travail cette théorie féministe apparaît comme déconnectée de la réalité. Et pourtant, il y a des prolétaires des prolétaires : leur femme. Comme l'écrit Flora Tristan : « L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même. » Idée reprise par Engels : « Dans la famille, l'homme est le bourgeois ; la femme joue le rôle du prolétariat. »  En effet, cette condition féminine n’est pas égal à celle de l’homme. Sans aucun doute cette situation est injuste. Ceux qui échappent à cette condition appartiennent à la bourgeoisie. Et celles qui échappent à cette condition appartiennent aussi à la bourgeoisie. On ne s’étonnera donc pas de voir des bourgeoises masquer leurs privilèges en opérant un putsch intellectuel masquant le clivage bourgeois / prolétaire ; citadin / ruraux ; élite / peuple au profit du clivage homme / femme supposé révéler l’essence profonde des rapports hommes / femmes. J'aimerais bien savoir en quoi Christine Lagarde ou Élisabeth Moreno sont des femmes dominées en France. Mais en admettant qu'elles ne sont pas dominées alors qu'elles sont femmes et racisée pour la seconde, ne faut-il pas en tirer la conclusion que le clivage de classe surdétermine notre pouvoir de domination si bien qu'il évince les autres ? Être un homme blanc offre certes - et sans aucun doute - des avantages dans le monde prolétaire vis-à-vis des femmes et des racisés. Mais un homme blanc prolétaire est dominé, le fait d'être blanc ou homme ne lui permet pas de s'échapper de sa domination de classe tandis que pour Christine Lagarde ou Élisabeth Moreno, le fait d'être dans le monde de l'entreprise et de faire partie de la bourgeoisie macroniste les met à l'abri de toute forme de domination. Le vrai privilège en France ce n'est pas l'homme blanc prolétaire qui parfois crève au travail : c'est le bourgeois peu importe son sexe ou sa couleur de peau. Marlène Schiappa illustre parfaitement ce putsch des néo-libéraux qui viennent remplacer la lutte des classes par la lutte des sexes afin de masquer leurs privilèges à eux qui sont bien réels.

Mais au-delà des exagérations et des outrances du féminisme libéral il y a plus grave : la rupture de classe dans la lutte féministe. Car au final, exagérer n’est certes pas vrai, et à mon avis contre-productif, mais ça se défend parfaitement : face à l’injustice on exagère la situation pour lutter contre cette injustice. Pourquoi pas. Mais au regard de la dernière rupture de classe j’en viens à penser que les féministes libérales sont plus intéressées par le fait de se distinguer du peuple que par le fait de lutter contre les violences faites aux femmes. Le meilleur exemple que j’ai trouvé pour illustrer ce point est l’analyse comparative et théorique du discours contre les violences faites aux femmes du point de vue libéral bourgeois déconstruit, et ensuite du point de vue populaire socialiste et construit. Que dit le discours féministe libéral face à un féminicide ? La masculinité de notre société est toxique, l’éducation des hommes leur apprend la domination et la violence si bien que certains vont jusqu’à frapper et tuer leur femme. Pour lutter contre ce fléau il faut déconstruire la masculinité, les différences hommes/femmes et construire un monde égalitaire et indifférencié du point de vue genré. Que dit le discours féministe populaire face aux violence faites aux femmes ? Un homme qui frappe une femme n’est pas un homme. Vous voyez ? C’est l’inverse. Dans le premier cas, on accuse la masculinité qu’il faut déconstruire dans l’autre cas on somme les hommes de suivre un idéal d’éducation bienveillant envers les femmes. Le féminisme populaire repose sur une croyance dans la différence de sexes. On croit que les hommes et les femmes sont différents et on éduque les hommes à la courtoisie par exemple c’est-à-dire à respecter les femmes, à être bienveillant. Le discours du féminisme libéral considère que cette croyance dans la différence de sexe est à l’origine de la violence sexiste. Vous voyez le truc ? Quand un langage populaire - « un homme ça s’empêche » comme dirait Camus - se saisit de la violence faite aux femmes accompagné d’une idée d’entraide dans la construction des identités, car ici on suppose que l’éducation des hommes doit se tourner vers la bienveillance envers les femmes, et bien on l’accuse d’être responsable de cette violence. Vous croyez lutter contre les violences faites aux femmes en disant « un homme qui frappe une femme n’est pas un homme » ? Et bien non, du point de vue de la théorie libérale déconstructionniste vous construisez des identités sexuelles distinctes homme – femme où l’homme est supérieur à la femme et sera conduit à la maltraiter d’une manière ou d’une autre. Ce que les féministes libérales retirent aux classes populaires c’est leur droit de lutter contre les violences faites aux femmes avec leurs croyances. Pourtant ce sont des alliés objectifs. C’est donc qu’il est plus important pour elles d’avoir raison que d’avoir des alliés. Il est plus important de dominer intellectuellement les classes populaires plutôt que de reconnaître que dans la construction sociale des identités sexuelles différenciées il y a de l’entraide homme – femme et que donc ces croyances populaires sont bonnes pour les rapports homme-femme. Je ferais amende honorable si vous me trouvez une féministe déconstructionniste libérale qui reconnaît qu’élever les enfants en faisant des différences homme - femme produit de l’entraide, du respect et de l’égalité et non seulement de la domination (ok j'en ai trouvé une). Je crois malheureusement que la dérive libérale du féminisme ne se coupe de toute alliance populaire dans la mesure où elle se construit contre les croyances populaires et le mépris de ces croyances qui seraient seules responsables de la violence sexiste. On ajoutera à cette théorie « féministe » les dérives totalement sans issue et parfaitement hermétiques aux classes populaires qu’est le féminisme de Monique Wittig. Pour cette autrice, les femmes hétérosexuelles sont des « collabos » car elles couchent avec l’ennemi. L’ennemi c’est l’homme. Pas l’agresseur, le violeur, le machiste, le misogyne non juste l’homme. Le patriarcat passe par l’hétérosexualité, d’où l’émergence contemporaine du concept d’« hétéropatriarcat ». Elle s’est fâchée avec Simone de Beauvoir à cause de ça. Pour Monique Wittig la seule solution pour que les femmes soient libres est qu’elles deviennent lesbiennes. C’est le lesbianisme politique. L’orientation sexuelle devient une injonction politique. Alors évidemment, avec ce genre d’impasse théorique et politique on s’étonne que le féminisme ne soit pas populaire, que les gens n’aiment pas les féministes, que les gens en général sont réticents à se dire « féministes ». Et face à ce désarroi on accuse toujours la bêtise de l’autre, son manque d’empathie, son ignorance. Cette leçon de la sagesse populaire « avant d’accuser les autres regarde à l’intérieur de toi » mériterait ici d’être porté à l’attention des féministes. Et pour le jugement très dur que les féministes déconstructionnistes portent contre les rapports homme – femme que la société entretient à travers ses normes supposées oppressives et invivables je citerai France Gall à propos d’une chanson de Michel Berger dont les paroles ont été souvent jugées « genrées » et « stéréotypées » car dans ce rapport homme – femme, la femme semble en apparence être soumise à l’homme : « La groupie du pianiste c’est moi. J’ai été la femme et la chanteuse la plus heureuse du monde ». Si France Gall dit ça, et que c’est vrai, c’est que peut-être, je dis bien peut-être que les rapports homme – femme ne sont pas si toxiques que ça même si c’est des différences stéréotypées existent, et peut-être que parfois (oserai-je dire souvent ?) les femmes et les hommes sont heureux ensemble.

Ceci étant dit, je pense qu’on pourrait adéquatement qualifier ces féministes de cyber-guerrières dans la mesure où le déchaînement des insultes et des menaces à leur encontre, si j’en crois ce que j’ai observé, explose les compteurs de la haine sur internet. Je veux dire, il y a des déchaînements de haine sur internet, partout, tout le temps. Néanmoins, lorsqu’une féministe dit quelque chose, c’est immédiatement violent à son encontre. Être féministe sur internet c’est s’exposer à des violences insondables. Ces féministes sont donc admirables dans leur courage, leur endurance et leur capacité à se mettre en danger. Un tel traitement semble unique et provoque souvent par crispation une incapacité d’échange rationnel sur ces sujets. Et c’est bien normal. La souffrance empêche la Raison et sans dialogue rationnel sur ce sujet avec les dérives et les nuances que j’ai énoncées la violence et l’incompréhension ne s’arrêteront pas. Il y a je crois un effet papillon : à partir du moment où on fait un amalgame entre un agresseur et un innocent par le fait d’accuser les hommes ou la masculinité en générale en qualifiant notre société de patriarcale et bien les plaies d’Égypte vous tombent dessus. Bien entendu je ne justifie nullement ce harcèlement en meute, et sans aucun doute que ces amalgames n’expliquent pas tout. Le discours masculiniste est tenu également par des agresseurs. Cependant, en refusant de penser l’origine de la violence on se crée des ennemis inutilement. En accusant la masculinité - c'est-à-dire les hommes en général - d'être responsable des violences faites aux femmes on écarte les hommes innocents qui voudraient se battre aux côtés des féministes, qui sont eux-mêmes victimes de ces hommes violents (325 hommes tués pour 212 femmes) et on se coupe des croyances populaires qui se représentent la violence masculine comme l’œuvre d'une minorité à éradiquer. Par analogie, quand on accuse l'Islam - et non le salafisme djiadiste - d'être responsable des attentats terroristes en France, on se prive des musulmans modérés qui voudraient aussi se battre contre le terrorisme et qui sont aussi pris pour cible et on se coupe des croyants musulmans qui condamnent le meurtre sous toutes ses formes. Dans les deux cas on a une faute morale - misandrie et islamophobie - et une faute politique : on refuse de coopérer avec nos alliés objectifs. En version point Godwin ça donne : soupçonner ou accuser un allemand d'être nazi s'il ne l'est pas risque de le blesser et de ne pas en faire un camarade de lutte. Vous l'aurez compris il ne s'agit nullement de combattre le féminisme, mais de combattre le néo-libéralisme, et il n'est pas question d'arrêter de combattre le néo-libéralisme sous prétexte qu'il prend les habits du féminisme, et je ne vois pas d'autres solutions que de reconstruire un féminisme socialiste tel qu'il était dès sa naissance en formulant un langage qui s'articule aux croyances populaires et non contre elles.

L’art contemporain capitaliste contre la sensibilité commune et le goût ordinaire des gens.

La rupture esthétique que constitue l’art contemporain et son succès dans les classes bourgeoises de gauche est une bonne illustration de l’écart qui existe avec les classes populaires et de la domination qu’exerce les dominants sur les dominés. Il revient à Bourdieu d’avoir en premier identifié le jugement esthétique comme l’expression d’une domination. Je ne dis pas « c’est beau » ou « j’aime cette œuvre » parce qu’elle me plaît mais pour faire savoir aux autres que leur goût me dégoûte. Bourdieu dit « le goût c’est le dégoût du goût des autres ». Autrement dit, tout jugement esthétique est du snobisme. L’art contemporain est venu offrir le support parfait à l’exclusion de classe que véhicule le jugement esthétique par lui-même. Face à une œuvre d’art contemporain vous avez deux choix : soit dire la vérité « c’est moche », « c’est de la merde », « c’est du foutage de gueule », « comment on peut payer autant de pognon pour une connerie pareil » ; soit vous mentez ou vous vous mentez à vous même en essayant de comprendre le message intellectuel derrière l’œuvre « le message est intéressant », « il y a une idée derrière », « c’est profond », « c’est amazing », « une expérience incroyable », « c’est marvelous », « c’est disruptif ». Ici il y a un choix à faire entre votre bon sens, votre sensibilité et alors vous restez un prolétaire ; ou alors vous pouvez vous élever socialement en vous efforçant d’épouser et de comprendre le discours intellectuel derrière l’œuvre. Celui qui ne comprend pas et refuse de comprendre sera alors dominé intellectuellement par celui qui voit l’intérêt de l’œuvre derrière l’inintérêt esthétique qu’il dégage. Ceci étant dit, je voudrais apporter un témoignage de première main en ce qui concerne le bullshit du discours philosophique sur l’art contemporain. Je suis moi-même professeur de philosophie et je peux vous assurer que vous pouvez me mettre n’importe quelle œuvre d’art contemporain, même la pire qui soit, et je peux vous expliquer spontanément en quoi cette œuvre est intéressante, en quoi elle a un message profond qui nous élève existentiellement. Bien sûr mon propos serait ironique. C’est un jeu intellectuel de mots visant à se faire passer pour quelqu’un d’intelligent et que l’autre comprenne bien qu’il ne comprend pas. Pourquoi alors que j’en ai les capacités et qu’épouser le discours sur l’art contemporain apporte de multiples bénéfices symboliques en termes de capital social ai-je personnellement refusé ce jeu ? Je crois que c’est parce que j’ai moi même travaillé en atelier d’artiste où on m’a enseigné le dessin, la sculpture et la peinture. J’ai également grandit dans une exploitation agricole. Ceci me rend hermétique à l’art contemporain malgré tout ce que je pourrais en retirer socialement voire économiquement. Je suis irrésistiblement attaché, comme les classes populaires, au travail, au savoir-faire, à l’harmonie et finalement à la beauté. Séparer la beauté de l’art est tout de même une violence esthétique à laquelle nous aurions dû résister davantage. C’est grave. Les bourgeois ont supprimé la beauté dans l’art. Pensez-y quelques secondes. C’est horrible. Vous trouvez des artistes comme Marina Abramović qui se font torturer par le public, Milo Moiré chie des œufs de peinture sur des toiles, Gunther von Hagens expose de véritables cadavres, Jeff Koons sculpte son sexe en cristal dans des positions pornographiques avec sa femme ancienne actrice porno, Soulage griffe des tableaux noirs, Malevitch peint du blanc sur du blanc, Arman met des voitures cassées les unes sur les autres, John Cage enregistre le silence, Zhu Yu mange un fœtus, Paul Mccarthy met un gros plug au milieu d’une place à Paris, Steven Cohen s’accroche un coq au bout de son pénis en se baladant dans la rue. On peine à croire que c’est vrai pourtant tous ces gens sont reconnus comme des artistes internationaux et ils sont souvent riches. Et si jamais vous osez critiquer ces œuvres, vous pouvez avoir la chance d’être considéré comme un nazi. En effet, Hitler n’aimait pas l’art contemporain. Du coup aujourd’hui il suffit de chier sur une toile après avoir mangé de la peinture et du sang de viande cloné pour être un antifasciste innovant qui bouscule les « conservatismes ». Chritisne Sourgins dans son excellent livre Les Mirages de l’art contemporain met bien en lumière l’arnaque de l’art contemporain. Ce n’est pas de l’art et ce n’est pas contemporain. L’art conceptuel ou le ready made a plus de 100 ans d’existence. Et à l’origine Duchamp a fait ça par humour. Je pense que certains ont compris qu’en faisant croire que c’était du sérieux ils pourraient gagner beaucoup d’argent. Mais attention, si on ne voit dans l’art contemporain qu’une arnaque financière pour permettre aux millionnaires de mettre leur argent à l’abri par optimisation fiscale on se trompe. L’art contemporain est d’abord une violence sociale de classe exercée par la bourgeoisie souvent de gauche contre les classes populaires qui sont exclues et humiliées grâce à cette arme massive de distinction sociale. J’ai de la peine à le dire, mais Mélenchon a commencé sa campagne pour les législatives au Palais de Tokyo en s’exaltant devant des œuvres contemporaines qu’à part la bourgeoisie parisienne personne n’admire. Aucun risque en faisant ça de rallier les « fâchés pas fachos » des campagnes. Ceci dit je charrie. Ce n’est pas l’art contemporain qui empêche un vote Mélenchon. Cela fait partie des marqueurs de classe qui dominent les classes populaires mais le clivage majeur ce n’est pas l’art, c’est l’immigration.

Pour combattre le racisme faut-il insulter et mépriser ou s’efforcer de comprendre pour convaincre ?

Dans cette dernière partie je m’attaque au point le plus épineux et le plus clivant entre la gauche et la droite : le racisme et l’immigration. Et contrairement aux autres sujets sur lesquels mon propos intellectuel s’accorde très bien avec mes affects, ici c’est plus dur. Ma démarche consiste non pas à dire oui à toutes les croyances et les jugements populaires, mais plutôt à expliquer pourquoi ils pensent ça, et que dans une certaine mesure ils ont raison car la gauche s’est évertuée à les dominer plutôt qu’à les défendre. Or dans le cas de l’immigration et du racisme mes affects m’empêchent de faire ce travail rationnel. Comment faire alors ? Dans ce cas, la méthode consiste à poser ses affects pour ensuite se déplacer vers l’analyse rationnelle. Mon 1er affect majeur est hérité de la morale chrétienne : la France doit accueillir ceux qui sont dans le besoin. C’est le droit d’asile. Mon deuxième affect moins chargé de moraline est un poncif éculé mais fondamentalement lié à la notion de fraternité : l’immigration de travail permet un mélange des cultures et quand les humains se mélangent, ils s’enrichissent par la découverte d’autres manières de vivre, d’autres manières de manger, de s’habiller, d’autres couleurs de peau, d’autres croyances. Ils s’enrichissent c’est-à-dire qu’ils ne diminuent pas, ils ne perdent rien. Mon problème est là, ces deux affects ne sont pas partagés par les classes populaires, elles sont mêmes le plus souvent dans une affection symétriquement opposée vis-à-vis notamment de l’Islam. En ce qui concerne l’Islam j’ai deux affects contraires : un amour pour le soufisme et Averroès, et une haine envers le salafisme djihadiste. Pour le coup je crois que ces affects sont tout à fait rationnels. Mon objectif consiste à distinguer ce qui relève du racisme et ce qui est légitime politiquement. Cette crête dissertative est très difficile à tenir car on risque à chaque instant de légitimer le racisme ou bien d’abandonner les intérêts des classes populaires. J’écris pour me battre contre le second et mes affects m’empêchent en partie de le faire. Ceci étant dit, je peux maintenant passer à une analyse déchargée de ces affects.

À gauche on dit assez facilement que la France est un pays raciste ou et qu’il y a un racisme systémique. Ce discours désigne les différentes discriminations à l’embauche, au loyer, aux contrôles policier, aux violences policières et aux différents services pour faire court. Pourquoi y a t-il résistance à cette idée ? Les français « souchiens » - comme les appelle Houria Bouteldja - sont hermétique à ce discours. C’est simple, le taux d’immigration élevé selon eux rentre en incohérence avec l’idée selon laquelle la France est un pays raciste. Pourquoi des racisés viendraient dans un pays raciste ? De plus, on constate tous au quotidien que tout le monde est raciste. La gauche s’acharne à combattre la notion de racisme anti-blanc, en partie à raison. Mais là, il faut bien comprendre pourquoi les gens des campagnes ne votent pas Mélenchon. Dans une vidéo qui a énormément tourné sur les réseaux sociaux à la campagne, on voit Mélenchon dire qu’ « il ne supporte pas de vivre avec des blonds aux yeux bleus ». Qu’est-ce que ça produit comme effet politique ? Ceux qui nient l’existence du racisme anti-blanc font du racisme anti-blanc. Il ajoute après que Clermont-Ferrand était à son époque une ville « d’alcooliques arriérés » contrairement à Casablanca qui était une ville beaucoup plus civilisée. Dire ça c’est se suicider politiquement auprès des campagnes. Il y a tous les ressorts de la domination : le mépris, l’humiliation, l’amalgame, la dévalorisation, le déconsidération, l’ignorance. En réaction, on trouvera bien sûr des insultes racistes l’invitant à retourner vivre là-bas. Si on juge les gens qui réagissent de cette manière comme racistes sans voir qu’ils se défendent face à une attaque extrêmement violente alors c’est qu’on abandonne consciemment le peuple. Réduire le racisme aux blancs quand chacun constate que les insultes et le refus du métissage sont répandus dans toutes les communautés c’est là encore nier une partie du réel et refuser de comprendre les crispations populaires autour de ce sujet. Les blancs sont racistes, les arabes sont racistes, les noirs sont racistes, les asiatiques sont racistes. Ce racisme s’exprime à travers le désir de ne pas vivre ensemble, de pas se métisser, de s’insulter en se rabaissant selon sa race vraie ou supposée et sa culture vraie ou supposée. À ce titre, il est injuste de réserver le racisme aux blancs et de qualifier la France de raciste. Et pourtant les discriminations raciales existent, elles sont injustes et pour y remédier il faut une volonté politique. Cependant le langage universitaire utilisé par la gauche pour créer cette volonté politique est difficilement audible par les classes populaires « souchiennes ». On pourrait reformuler la chose comme ça : certes tout le monde est raciste, mais tout le monde n’est pas victime de discriminations. Par ailleurs il faut souligner que le racisme le plus puissant à la campagne est le racisme anti-parisien. Mais c'est un fait : l’électorat de Marine Lepen vote massivement par racisme anti-noir et anti-arabe. Et on arrive ici au malentendu le plus déconcertant. Pour penser le racisme et ses causes, il y a deux prémisses et une conclusion. Les deux prémisses sont de gauche, la conclusion est de droite. 1 ère prémisse : il existe un lien entre la pauvreté et la délinquance a fortiori la criminalité. On se lance dans des activités illégales lorsqu’on a peu ou pas de possibilité d’avoir un emploi stable, lorsqu’on vit sans espoir, lorsqu’on ne trouve pas de quoi vivre dignement. 2 e prémisse : les racisés, c’est-à-dire les noirs et les arabes subissent des discriminations en France qui les mènent davantage dans la pauvreté que les blancs. Conclusion : les noirs et les arabes ont tendance à être des délinquants et des criminels. Les discours politiques de droite passent leur temps à relayer la conclusion en niant les prémisses. Les discours de gauche nient la conclusion et se focalisent sur les prémisses. Il faut noter qu’en se focalisant sur la conclusion les politiques de droites se restreignent sur la baisse de l’immigration, la répression policière et judiciaire des délits et des crimes. A contrario la gauche s’efforcera de prévenir les délits et les crimes en luttant contre la pauvreté et les discriminations raciales. On peut noter que la gauche prévient les crimes et la droite les réprime. Ces politiques sont complémentaires mais la gauche est plus utile dans la mesure où elle empêche le délit et le crime d’arriver alors que la droite ne fait que le punir. Pourquoi la droite a t-elle les faveurs du peuple en cette matière ? Aussi longtemps que nous serons attachés à la croyance dans laquelle les hommes ont un libre-arbitre nous chercherons à les punir lorsqu’ils sont coupables d’un forfait. Spinoza est le philosophe qui s’est attelé à démontrer le caractère illusoire du libre-arbitre. Le libre-arbitre n’est que l’ignorance des causes qui me déterminent à agir. En agissant sur les causes qui me déterminent à agir, on peut modifier mon action. Lutter contre la délinquance et la criminalité des noirs et des arabes consiste donc à lutter contre la pauvreté et les discriminations raciales. Cette idée est odieuse pour le sens ordinaire car l’image du délinquant ou du criminel se déplace vers l’image d’une victime de la société. Or, ce qu’on veut spontanément c’est qu’il soit puni et reconnu coupable. En faisant ça on alimente la répression, on augmente les préjugés racistes, et donc les discriminations raciales et in fine la criminalité elle-même. C’est assez tragique mais ce cercle est très difficile à endiguer car le discours de droite mord très facilement : « la gauche transforme les criminels en victime ... les criminels ne sont pas assez punis … nous nous allons leur faire payer avec force (voire) brutalité ». Cette attitude aggrave le problème. Plus il y a d’insécurité plus la droite monte, plus la société est tranquille plus la gauche monte ; la politique de droite augmente la criminalité, la politique de gauche la diminue. Ce sont deux logiques qui s’auto-alimentent dans des directions symétriquement opposées.

Et maintenant le gros sujet qui clive de manière absolue le peuple de gauche (classes éduquées, et banlieue) et le peuple de droite (ouvriers et gens des campagnes) est sans doute l’immigration. Je suis incapable de défendre pour des raisons affectives le rejet du droit à l’asile portée par les gens des campagnes. Je peux juste dire une chose : pour que les gens soient accueillant, il faut qu’ils se sentent bien, qu’ils se sentent en sécurité économique et physique. Tant que les classes populaires seront en état de détresse sociale et économique, ils s’opposeront au droit à l’asile donc il est impératif pour le bien des migrants demandant notre aide qu’on organise la condition de possibilité de leur accueil : le bien-être du peuple autochtone. Qu’en est-il à présent de l’immigration de travail, c’est-à-dire l’accueil des gens qui veulent travailler sans pour autant être dans la détresse humanitaire ? Là encore j’y suis affectivement favorable pour des raisons culturelles, et les gens des campagnes sont résolument contre. Mais pour le coup cette position politique est défendable. Ceux qui se sont intéressés comme moi à la pensée panafricaine qui défend l’intérêt des pays africains contre le colonialisme des pays occidentaux auront remarqué que le panafricanisme est contre l’immigration de travail de Kwame Nkrumah à Kemi Seba. Elle est perçue comme une forme de colonialisme consistant à piller les élites intellectuelles et l’élite des travailleurs manuels dans le but d’enrichir les pays occidentaux en se cachant derrière l’intérêt individuel de la philosophie libérale. Si ces travailleurs travaillaient dans leur pays d’origine au lieu de se faire exploiter par les pays occidentaux, alors l’Afrique sortirait à terme de sa pauvreté. C’est du moins le résumé de la position panafricaine qui s’oppose au libre-échange pour des raisons de souveraineté de l’Afrique y compris en matière d’immigration. Au XIX e siècle l’opposition à l’immigration était défendue par tous les syndicats d’Europe. Les syndicats anglais ou allemands demandaient aux travailleurs français d’être solidaire en acceptant les restrictions aux frontières afin d’éviter le dumping social du capital qui se sert de l’immigration pour s’enrichir tout en baissant les droits des nationaux. La même approche pourrait être pensée aujourd’hui vis-à-vis de l’immigration de travail. Je ne dis pas que c’est ma position, mais j’attire ici l’attention sur le fait que cette position n’est pas en soi raciste puisqu’on la trouve aussi bien chez les panafricains que chez les marxistes du XIXe siècle. Elle est donc pensable et la rabattre systématiquement du côté d’une idée raciste ou xénophobe est un non-sens et une insulte. La position immigrationniste en matière de travail est d’ailleurs jugée comme coloniale par certains panafricains. Il se pourrait que parfois l’antiraciste devient raciste sans s’en rendre compte. On peut en tirer quelques déplacements axiologiques afin de comprendre certaines positions anti-immigrations des classes populaires sans les réduire à de simples racistes. Les comprendre pour les faire changer d’avis. Et les comprendre pour nous aussi nous déplacer vers eux. Le racisme est un fléau répandu chez tout le monde, pour garantir démocratiquement - et non seulement institutionnellement - un droit à l’asile, il faut défendre les intérêts économiques des classes populaires autochtones et reconnaître qu’il est légitime de s’opposer à l’immigration de travail. Pour être sûr de bien me faire comprendre et que mon propos ne soit pas confondu avec celui de la droite, Mélenchon s’est opposé à la directive des travailleurs détachés organisant légalement le dumping-social. Je défends donc ici une position politique de gauche. S’opposer à l’immigration de travail n’est pas du tout l’apanage de la droite. On trouve cette idée chez des panafricains, dans la gauche antiraciste française, et dans les classes populaires qui ne sont pas de droite en essence. C’est plus facile pour un bourgeois de gauche citadin à l’abri des violences économiques d’être pour l’immigration que pour un travailleur susceptible d’être remplacé dans son travail par un travailleur étranger qui accepte de travailler plus pour moins cher. Je n’ai jamais rencontré de militants de gauche pour l’immigration qui en subissent les conséquences économiques négatives. En revanche, chez les ouvriers, l’opposition à l’immigration de travail est massive. Cela donne raison à Marx lorsqu'il écrit "Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience."Je ne dis pas ça pour obliger la gauche à s’opposer à l’immigration mais plutôt pour que cette gauche bourgeoise citadine prenne conscience qu’elle a le privilège de ne pas subir directement ce dumping social du capital, et donc elle a l’espace d’avoir une bonne conscience. Elle doit donc faire preuve de compréhension envers ceux qui s’y opposent. Les insulter de racisme pour ça n’est pas seulement injuste, c’est du mépris de la part de ceux qui ne souffrent pas, c’est un manque d’empathie. J’ajoute cette évidence malheureusement oubliée par la gauche : la compréhension et l’empathie sont les prérequis pour entamer un dialogue qui vise à faire changer l’autre d’avis.

Et pour terminer, le sujet le plus épineux qui fracture le peuple c’est l’Islam. Avec les dernières outrances politiques il y aurait même d’un côté des fascistes racistes, et de l’autre les alliés des terroristes. On a donc deux camps qui s’accusent respectivement d’être inhumain, allié aux fascistes, et responsable de crimes contre l’humanité. Alors évidemment mon travail visant à diminuer le clivage pour réunir le peuple dans une défense commune de ses intérêts devient présomptueux et très difficile3. On a d’un côté un discours de droite qui amalgame les musulmans en les rapportant au terrorisme, et de l’autre un discours de gauche qui lutte contre cet amalgame avec acharnement. Cependant la gauche n’a aucun souci avec des amalgames du type « la France est une société patriarcale » ou « la France est un pays raciste » ce qui met les français sous le coup de cette accusation. En revanche, la proposition « l’Islam est une religion totalitaire » sera jugé islamophobe, c’est-à-dire raciste. Cette guerre entre la gauche et la droite pour la reconnaissance des amalgames injustes est en fin de compte très immature. Chacun campe sur sa position sans écouter l’autre alors qu’il y a bien à l’intérieur de l’Islam et de la France des formes d’injustice contestables. Pour assainir le débat sur l’Islam qui rassemble en soi des formes si diverses qu’on se contredit inévitablement en parlant de l’Islam en générale, je plaide non pas pour distinguer Islam et islamisme - car cela ne veut rien dire - mais plutôt, définir véritablement ce qui pose problème dans l’Islam : le salafisme djiadiste. C’est une idéologie à l’intérieur de l’Islam qui n’est pas l’Islam, et d’ailleurs 90 % des victimes des terroristes sont des musulmans en vertu du takfirisme, c’est-à-dire le fait de tuer les mauvais musulmans(voir les travaux de Mathieu Guidère). On peut donc ainsi penser une condition commune entre les musulmans français et les gens des campagnes vis-à-vis de cette idéologie totalitaire : pour les salafistes djiadistes nous sommes tous des ennemis à tuer. Si on répond comme ça au lieu d’insulter de raciste ou d’islamophobe la droite, on témoigne d’un respect et d’une connaissance minimale de l’Islam, on évite l’amalgame, et surtout on créer une réunion populaire en tant que cible commune. Cela n’évitera malheureusement pas la haine diffuse contre les musulmans, mais au moins cela permet de proposer un discours qui peut l’endiguer. Car je crois que rapporter la peur de l’Islam, faisant suite aux attentats, à du « racisme » a pour effet de séparer radicalement les classes populaires des campagnes et des banlieues. N’est-ce pas mieux de proposer un discours qui unifie le peuple plutôt que de le diviser entre des musulmans victimes de racisme et des gens des campagnes coupables d’islamophobie ?

Je m'étonne également de voir les militants de gauche devenir soudainement nationalistes en se focalisant uniquement sur la France pour faire de l'Islam une "minorité opprimée" alors qu'à l'échelle du monde, la minorité la plus opprimée c'est les chrétiens, sans même parler - mais en en parlant quand même - des multiples meurtres et agressions visant régulièrement les chrétiens en France (on peine à trouver en France des rabbins ou des imams assassinés pour leur statut alors qu'il y a eu récemment le père Hamel en France et plusieurs agressions à l'arme blanche sur d'autres prêtres). La plupart des chrétiens en France font l'expérience de la haine que leur religion inspire couramment. Si on dit qu'il y a de l'islamophobie en France et qu'il faut la combattre, je ne vois absolument pas pourquoi on ne dirait pas qu'il aussi de la christianophobie et qu'il faut la combattre également.

Si nous parvenons à avancer sur les points que j’ai énuméré ici, alors rien ne s’opposera à une véritable union populaire et non la seule union de la gauche qui abandonne le peuple des campagnes dans les bras de Marine Lepen. Seule la gauche bourgeoise éduquée est à même d’opérer ces déplacements. Elle a le temps de lire, de se poser ces questions, et d’y répondre adéquatement. Si la stratégie de gauche a échoué jusqu’à aujourd’hui il faut donc la modifier, et ces modifications s’opèrent sur le discours politique incarnant notre idéologie.

Je crois important ici de montrer à quel point la gauche est victime d’une mauvaise réputation tout à fait ignominieuse. Jean-Luc Mélenchon est accusé d’être un « islamogauchiste » pour avoir manifesté avec des collectifs qui luttent contre l’islamophobie. Collectifs dissous depuis par le gouvernement. Je viens de montrer dans quelle mesure ce discours contre l’islamophobie est une impasse politique. Mais accuser Mélenchon d’être un ami des "islamistes" pour avoir manifesté avec des militants antiracistes mérite d’être relevé en tant que prouesse médiatique. Je ne vais même pas m’attarder à démontrer en quoi c’est absurde, je vais plutôt faire une comparaison qui permettra à tous de mesurer le traitement injuste qui est fait à Jean-Luc Mélenchon. Vous avez entendu parler des financements lybiens de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 n’est-ce pas ? Savez-vous que dans cette affaire Sarkozy a fait affaire avec un terroriste condamné pour attentat terroriste ayant entraîné la mort de 170 personnes, puis gracié par Nicolas Sarkozy, puis coupable - après - de crime contre l’humanité à Benghazi ? Ce terroriste se nomme Abdallah Senoussi, il est le beau-frère de Mouammar Kadhafi. Avez-vous attendu un journaliste dire que Sarkozy est un ami des criminels de masse ? Non. En revanche Mélenchon qui manifeste avec des militants antiracistes, hop, allié des islamistes. Il faut bien voir que cette attaque contre lui a des visées politiques : le calomnier pour l’empêcher d’arriver au pouvoir. Cela ne m’empêche pas de dénoncer les impasses politiques qu’il y a derrière le choix électoral de la France Insoumise consistant à chercher le vote des banlieues en délaissant les gens des campagnes, et de dénoncer également les impasses qu’il y a à s’abandonner aveuglément au discours antiraciste le plus caricatural. Mais voilà. Il y a quelque chose de plus grave encore. L’amitié de Nicolas Sarkozy avec un meurtrier de masse est passé sous silence par les médias. Alors qu’on vient inventer une amitié imaginaire entre Mélenchon et des islamistes. Je pense qu’ici vous apercevez le point crucial : cette chasse aux « islamistes » vise moins les vrais terroristes et leurs vrais amis que des hommes politiques dangereux pour l’ordre social capitaliste existant. On en tirera donc une leçon importante, quand le discours médiatique déclare des chasses aux sorcières, c’est souvent une fausse sincérité et une vraie manipulation qui dissimule des intérêts plus prosaïques : le système veut se maintenir au pouvoir à tout prix.

J’espère avoir réussi mon objectif : mettre en lumière les écarts entre la bourgeoisie de gauche et le peuple dans le but de diminuer cet écart, exposer les impasses idéologiques dans lesquelles la gauche s’est empêtrée, dédiaboliser les croyances et les jugements des classes populaires, proposer à la gauche éduquée des villes une trajectoire politique pour mieux comprendre et défendre ainsi véritablement les classes populaires qu’elle a abandonnées. La constitution d’un bloc populaire qui serait plus qu’un slogan ambitieux et pour qu’il devienne une réalité suppose de comprendre le peuple de droite et de faire des compromis avec lui. Le bloc bourgeois est parvenu à s’unir pour conserver ses intérêts économiques. Aujourd’hui les riches votent Macron. En face on a peuple scindé dans un bloc nationaliste conservateur et un bloc antiraciste et progressiste. Un bloc populaire suppose l’union de cet électorat. On peut reconnaître sans difficulté le manque de conscience politique de l’électorat de droite populaire qui est révulsé par toutes les thématiques de gauche que ce soit l’antiracisme, le féminisme ou l’écologie. Ceci étant dit, j’insiste sur le fait que l’électorat de gauche manque cruellement de conscience politique en ce qui concerne le protectionnisme, la domination de classe, et l’exclusion géographique. En outre, on peut relever que le libéralisme transforme les thématiques de l’électorat de gauche pour servir son accroissement et forcé de constater que cet électorat n’y a pas vu d’inconvénient. Cette conversion de la gauche au libéralisme indigne souvent les militants mais ils oublient une chose : historiquement le libéralisme est de gauche. La philosophie des Lumières c’est le libéralisme : État de Droit, progrès scientifique et technologique, commerce. Tous les penseurs du libéralisme s’oppose aux idées de l’Ancien Régime, pendant la Révolution française ils siègent à gauche de l’Assemblée nationale. Pour s’opposer philosophiquement au libéralisme il faut se donner une théorie politique radicalement différente - ce qui n’implique pas de refuser politiquement toutes les idées libérales - consistant à limiter la liberté individuelle selon les valeurs collectives que l’on se reconnaît mutuellement. Comment produire cette limitation ? Il me semble qu’on ne peut l’envisager autrement que par une expression directe de nos valeurs collectives que nous trancherons selon le principe majoritaire. En cette matière l’idée du RIC4 posée dans le débat par les gilets jaunes est salutaire. La vraie question qu’on doit se poser c’est : qui est pour un RIC en toutes matières ? Une chose est sûre, le bloc bourgeois macroniste y est opposé car aussi longtemps que le peuple sera scindé entre la droite et la gauche il se maintiendra au pouvoir par les élections et perdra tous ses référendums. L'union populaire droite - gauche tant redouté par nos élites se réalise à chaque référendum. Le bloc populaire de Mélenchon et son électorat de gauche est-il prêt à ce que le peuple s’exprime directement en toutes matières ? Y compris sur l’immigration ? Si le Rassemblement National répond oui en toutes matières y compris sur les sujets qui le gênent comme l’imposition des grandes fortunes, la limitation des mandats et des salaires des élus, la sortie du nucléaire ou le droit d’autodéterminer son genre (ces lois pourraient tout à fait obtenir une majorité de suffrage et ils affaibliraient à coup sûr le RN tout en s’opposant à ces idées) alors que la gauche propose de limiter le RIC à certains sujets, alors le RN sera en capacité de former un bloc populaire contre la gauche libérale. Le RN affaiblit sa droite en tant que tradition de l’autorité hiérarchique lorsqu’il propose de mettre le RIC en toutes matières. Si la gauche n’accepte pas de compromis avec le peuple en refusant le RIC sur les sujets qui vont contre ses idées alors c’est un aveu explicite de désunion populaire. En affaiblissant sa droite, le RN rassemble de plus en plus massivement le peuple. Si la gauche mélenchoniste se refuse à remettre certaines décisions au suffrage universel alors elle s’éloigne de sa tradition démocratique horizontaliste, c’est-à-dire qu’en s’efforçant de camper sur ces idées de gauche intouchables, et bien elle cesse d’être de gauche. Et si la gauche accepte que certains sujets qui la gênent soient soumis à référendum – comme l’immigration – alors elle devra convaincre et cesser d’insulter. En effet, on ne peut convaincre personne en lui disant qu’être contre l’immigration est raciste. Il faudra faire cet effort que j’ai esquissé ici consistant à comprendre l’autre, à envisager la légitimer de son opinion, et lui proposer une solution qui nous semble plus juste et meilleure. La gauche ne gagnera pas tant qu’elle trouvera juste et droit de faire barrage contre la candidate des pauvres qui souffrent atrocement au profit du candidat des riches qui vont bien. Encore faut-il que la gauche ait un minimum de confiance envers l’intelligence du peuple, et pour cela, il faut casser les préjugés de la bourgeoisie citadine éduquée, ce à quoi je me suis attelé ici : la bourgeoisie éduquée de gauche s’est lourdement égarée sur le plan idéologique vers des sommets de déraison, elle est bien mal placée pour penser que le peuple n’est pas assez intelligent pour prendre une décision rationnelle en matière législative. Pour faire une union populaire on ne peut pas demander au peuple de devenir végane, décolonial et féministe déconstructionniste c’est-à-dire d’extrême gauche. Ça n’arrivera pas. Il faut que la gauche elle-même mette de l’eau dans son vin en continuant de défendre ses idées tout en acceptant que la délibération populaire puisse s’y opposer. Sans ça le bloc bourgeois capitaliste nous entraînera tous vers le gouffre écologique dans lequel nous perdrons tous. Pour le dire avec Aragon « Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles, au cœur du commun combat ».

1. Hormis quelques ouvrages comme ceux de Christophe Guilluy, Benoît Coquard ou Jean-Claude Michéa.

2. Êtes-vous satisfait de votre vie ? Pas du tout satisfait : Lepen 46%, Macron 4%. Très satisfait : Lepen 21%, Macron 43%. Pour Mélenchon c'est équilibré. (sondage Ipsos)

3. J’ai commencé de le faire sur l’Islam dans un article antérieur intitulé « « L’Islamogauchisme » ou l’édifice de la ligne Maginot idéologique. »

4. RIC : Référendum d’Initiative Citoyenne permettant de voter une loi, d’abroger une loi, de démettre un élu de ces fonctions, ou de réécrire la Constitution. Référendum législatif – abrogatif – révocatoire – constitutionnel.

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