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Billet de blog 20 nov. 2021

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« L’Islamogauchisme » ou l’édifice de la ligne Maginot idéologique.

Les polémiques sur l'islamo-gauchisme ont masqué à la fois la spécificité totalitaire qu'on trouve dans le salafisme djihadiste, les enjeux idéologiques, les stratégies des terroristes qui essaient de faire force de synergie avec parfois le discours de droite et parfois, le discours de gauche.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 "Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent. » George Orwell

Je voudrais immédiatement préciser pourquoi j’écris sur ça, j’ai travaillé à la fac avec Alain Renaut sur ces sujets et il me semble que les gens de droite, et les gens de gauche connaissent mal la chose, je voudrais donc donner du contenu pour ceux que ça intéresse, bien que mes compétences soient très limitées.

À l’occasion de l’élaboration d’une loi contre « le séparatisme » renommée depuis un débat des plus apaisé s’est construit entre ceux qui y sont favorables assignés alors racistes et islamophobes et ceux qui s’y opposent, jugés complices des terroristes. Rien que ça. À vous de choisir, mmh raciste j’aime pas, complice des terroristes ? C’est chantmé quand même. Et dans ce joli débat un terme vient simplifier et éclairer les enjeux : l’islamogauchisme. Une première chose me frappe, la cible de ce concept n’est pas le terrorisme, ni même l’idéologie qui la supporte, mais les gens de gauche supposés complices des terroristes.

On imagine très bien Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Danièle Obono et Clémentine Autain à genoux autour d’un carton dans une cave avec leurs amis Coulibaloche et Kouachnouille en se disant « bon maintenant faut taper gros : l’Assemblée ! Mais après les questions au gouvernement j’avais prévu de dire à Bruno Lemaire que c’est un puceau de la pensée économique et qu’il ferait mieux d’aller tapiner à l’internationale avec la vieille Buzyn et la grosse Lagarde au FMI ou à l’OMC plutôt que … - Non non Jean-Luc ! Si on dit ça comme ça c’est mort pour notre image médiatique ! Autant tout faire péter avant. Soigne ton langage sinon on envoie le rouquemoute à ta place : ça te pend au nez et tu le sais ! »

Évidemment l’islamogauchisme ça n’est ni des hommes politiques, ni même des collusions supposées avec des groupes terroristes ou religieux (sauf dans la tête de Caroline Fourest). Mais avant de creuser ce point, une chose m’étonne. Le succès de cette notion ne cohabite pas avec son homologue pourtant éloquent : l’islamo-droitisme. On peut commencer par les alliances faites par les américains et les français dans les années 80 avec les salafistes djihadistes contre les communistes en Afghanistan (voir : Petite histoire du Djihadisme de Mathieu Guidère un auteur incontournable sur le sujet, on ne peut rien y connaître sans le lire). Sans déconner, les communistes d’accord c’est des méchants, mais messieurs les gens de droite, est-ce bien raisonnable de s’allier avec des salafistes djihadistes ?

-Tout ça c’est terminé, c’était il y a longtemps. Ha oui ? Et les alliances faites avec al-Nosra pendant le conflit syrien pour faire tomber le régime de Bachar el-Assad c’était il y a longtemps ça ?

https://www.youtube.com/watch?v=GyYd7FEMQog

https://www.youtube.com/watch?v=LeWi8A8DCg8

https://www.youtube.com/watch?v=eZsYtp4qdZM

Certes cette alliance était temporaire et s’est arrêtée. Mais le fait est qu’il y a eu alliance avec des djihadistes à cette occasion.

C’est une bonne définition de la droite (ici j’entends par « droite » la bourgeoisie qui gouverne pour simplifier), les djihadistes sont nos ennemis en France, mais nos amis en Afghanistan et en Syrie.

- C’est du géopolitique, c’est un épiphénomène et ça concerne pas des personnes, l’islamodroitisme n’existe pas. Ha ? Et qu’en est-il de l’affaire Sarkozy avec sa bande Hortefeux & Guéant qui reçoivent des financements libyens pour sa campagne présidentielle et fait gracier Abdallah Senoussi, un terroriste djihadiste responsable d’un attentat en 1989 faisant 170 morts dont 54 français ? Voilà une bande de droitistes qui font des affaires avec un terroriste djihadiste. https://www.youtube.com/watch?v=BjGpiNbkSyI

- Ce n’est qu’une anectode ? Oui c’est vrai que ça ne suffit pas pour faire de l’islamodroitisme un soutien du djihadisme. Que dites-vous du fait que les djihadistes se battent contre nous avec des armes françaises ? En effet, la théorie libérale nous informant que le commerce prépare la paix, (« le doux commerce »de Montesquieu) alors on peut faire du commerce avec l’Arabie saoudite, et même leur vendre des armes quand bien même ils commercent en sous main avec l’État Islamique. Car selon la théorie libérale faire du commerce, vendre des armes c’est de l’amour comme le révèle l’excellent Guillaume Meurice. https://www.youtube.com/watch?v=vpxn8uS_II0 On va combattre l’Islam politique extrémiste en leur vendant des armes, quelle bonne idée. La vente d’armes françaises aux pays arabes en guerre est une composante essentielle de l’islamodroitiste très timidement dénoncée et combattue

https://www.la-croix.com/Monde/Ventes-darmes-deputes-veulent-renforcer-controle-Parlement-2020-11-19-1201125389

En résumé, l’islamodroitisme s’allie avec des djiadistes dans des guerres à l’étranger, les fournit en armes, fait des magouilles avec eux. Mais ça c’est pas grave. Il n’y aura pas de débat là-dessus.

Le vrai problème c’est : l’islamogauchisme. Un très bon article de Samuel Hayat résume assez bien le caractère fictif, imprécis et aléatoire de cette notion

https://www.nouvelobs.com/idees/20201027.OBS35262/l-islamo-gauchisme-comment-ne-nait-pas-une-ideologie.html

Cependant, il s’arrête avant de mettre en lumière ce qui est visé derrière ce terme flou. Il dit juste que lorsqu’on disait « judéo-bolchevique » il y avait au moins, malgré l’absurdité du terme, des individus juifs parfois présents dans des partis communistes alors qu’on sait l’absence de tout lien entre les partis de gauche et des idéologues terroistes liés au salafisme.

C’est ici que je voudrais proposer un contenu qui fait défaut. De quoi parle t-on lorsqu’on parle de ce merdier ? Dans les médias vous entendrez « Islam radical », « Islam fondamentaliste », « Islamisme », « Islam intégriste », « Islam extrémiste ». Toutes ces appellations sont mauvaises, non pas seulement en raison du fait qu’elles amalgament l’Islam et le terrorisme comme s’en plaignent les gens de gauche, mais parce qu’elles ne décrivent ni le problème ni la chose. C’est assez amusant d’entendre des gens de droite armés de courage dire « les gens de gauche n’osent pas nommer le problème, nous si, c’est l’islamisme ! » Manque de bol s’ils avaient ouvert un livre sur le sujet ils verraient le problème de ces appellations. Il n’y a pas de différence entre Islam et islamisme, c’est le même mot. Islamisme est d’abord utilisé pour viser la doctrine de l’Islam (comme tous les mots en -isme) et comparer ainsi christianisme, judaïsme et bouddhisme. L’Islam est une religion qui se construit autour des commandements donnés par son prophète Mahomet. La vie du prophète se distingue en deux étapes : ses débuts à la Mecque, et sa fin à Médine. Au début, à la Mecque il est pacifiste, il veut convaincre, il est plutôt spiritualiste. Ensuite, à Médine, il devient hostile, cruel, politique, communautaire (ce seul terme mériterait un article en soi mais bon, fuck...) car il devient chef de guerre. Vous voyez le truc ? Si on revient au fondement de l’Islam (fondamentalisme) ou à sa racine (radicalisme) alors c’est un Islam pacifiste et spirituel qu’on trouve. « Intégrisme » ne veut rien, je suis intègre si je respecte mes principes, mais quelles sont ces principes ? Et extrémisme ne veut pas dire grand-chose à part « c’est pas bien ».

- Mais alors docteur, comment qu’on appelle les types qui font tout péter chez Charlie, au Bataclan et qui construisent Daech ? Les salafistes djihadistes. C’est ça le terme rigoureux. Rien d’autre. « Djihad » veut dire « lutte », « sabre », c’est l’idée d’un combat que beaucoup de musulmans comprennent comme un combat spirituel contre soi afin de s’améliorer moralement. Aucun problème là-dedans. Le djihadiste est un combattant, mais un combattant de quoi, quelle idéologie ? C’est ça qui est important : le salafisme. C’est ici qu’on voit une ignorance généralisée qui dissimule à peine son islamophobie, la gauche : « on s’en fout, les terroristes c’est pas des musulmans » ; la droite « on s’en fout, c’est des méchants, c’est pas notre culture ». En fait, si ce sont des musulmans, et si nous sommes liés historiquement et philosophiquement à eux.

- Accouche trouduc. Quelle est cette idéologie ? C’est très simple, et c’est ça le problème. Les salafistes appliquent le Coran à la lettre, bêtement. Ce sont des littéralistes. Ils s’opposent à la démarche intellectuelle consistant à interpréter le Coran lorsque celui-ci présente à l’évidence des éléments problématiques sur le plan scientifique, logique, politique et moral. Ce clivage entre ceux qui interprètent et ceux qui lisent littéralement explique une bonne partie de l’histoire coranique depuis 2000 ans. C’est comme ça qu’on peut comprendre la différence entre les mutazilites (ceux qui interprètent, ils ont un héritage grec qu'ils articulent avec la tradition islamique), les acharites (plus littéralistes, quoique parfois ils préconisent l’usage de la logique et de la preuve pour justifier le Coran, ce que les salafistes leur reprocheront) et surtout le hanbalisme (qui s'oppose radicalement au mutazilisme en promouvant un littéralisme coranique, qui fera naître le wahhabisme). Alors les méchants c’est les salafistes, ils appliquent le Coran à la lettre, et en effet, si vous lisez le Coran (ce qu’à mon avis peu de gens de gauche ont fait sinon ils comprendraient pourquoi certaines personnes ont « peur de l’Islam ») il y a de nombreux versets de haine et de mort contre les femmes, les juifs, les homosexuels et j’en passe (plus que dans la Bible, désolé mais c’est vrai). Mais si comme Averroès (Traité décisif) vous reconnaissez dans l’Islam une forme de vérité derrière les contradictions apparentes alors vous remarquez que le Coran invite lui-même à l’interprétation du texte, à chercher le vrai sens caché, lorsque le sens obvie est inexistant alors il faut interpréter. De plus, dans la doctrine coranique il y a des versets dits mansûkh, des versets abrogeant ou abrogatifs (Le Coran, la vache 106 et l’abeille 101).

- Ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire qu’on peut virer tous « les versets de la haine et de la mort » (comme le disait mon camarade musulman travaillant sur le sujet à la fac). À part les salafistes bien sûr, toutes les autorités musulmanes acceptent le principe d’abrogation. Autrement dit, tous ceux qui considèrent l’Islam comme une doctrine de vérité et d’enseignement font cet effort d’interprétation et d’abrogation quand c’est nécessaire. Pour le dire mieux, l’essence de l’Islam n’est pas lié dans son texte à une idéologie totalitaire et génocidaire, au contraire même. Il n’y a pas de raison d’avoir peur de l’Islam, ceux qui doivent nous faire peur, et qu’on doit par conséquent combattre, ce sont les salafistes, qui réduisent l’Islam à une application littéraliste sans aucun souci de penser le texte dans sa cohérence (cette cohérence est bien sûr à construire par l’interprétation). C’est ça que les gens de droite à la télévision n’ont pas compris, le problème ce n’est pas l’Islam. Ni l’islamisme. Ni le fondamentalisme, le radicalisme ou je sais pas quoi. L’ennemi c’est le salafisme djihadiste, une doctrine bien spécifique à l’intérieur de l’Islam qu’on ne saurait confondre avec l’Islam en générale à moins… de n’y connaître rien. Mais souvent les peurs et les haines reposent sur une ignorance.

- Ha oui mais le texte comporte tout de même plus de versets de haine et de mort que la Bible ou que la Bhagavad-Gita, c’est une religion dangereuse la vie du prophète le prouve, c’est un égorgeur ! En mettant de côté le fait que les autorités musulmanes reconnaissent toutes le principe d’abrogation ce qui témoigne d’une grande ignorance du sujet (même moi je le sais alors que j’y connais presque rien!) et que donc on peut épurer ces versets ; il n’y a pas de lien entre la violence d’une religion et les qualités morales des figures religieuses. Exemple : l’antiquité grecque, leurs dieux sont abominables, et notamment Zeus : parricide, viol et enlèvement, usurpation d’identité pour… viol, meurtre, torture à durée indéterminée, et j’en passe, j’ai pas tout le procès verbal mais ça va faire une looOOOoongue garde à vue. Sans aller jusqu’à faire de l’Athènes antique un modèle parfait, on peut dire qu’ils étaient loin d’être les pires sur le plan moral à cette époque. Ce sont mêmes pour nous aujourd’hui des sources philosophiques et politiques, et ça l’était aussi pendant la Révolution française (Rousseau cœur sur toi). Alors il faut se détendre la culotte, oui il y a des écrits problématiques dans l’Islam. Il y en a aussi dans la Bible vous savez ? Hitler s’appuie d’ailleurs sur la Bible pour justifier la Shoah. En effet, Jésus chasse les marchands du temple, des juifs et selon Matthieu 23:33-34 les traite de « races de vipères » en promettant « le feu de l’Enfer » à ses ennemis (5:22). On peut dire qu’à partir de là Hitler aura été inspiré. Faut-il en conclure que la Christianisme est par essence nazi ou antisémite ? Non. De même pour l’Islam et les salafistes.

Beaucoup de gens de droite s’indignent lorsqu’on dit « les premières victimes des terroristes ce sont les musulmans » en arguant que les premières victimes ce sont les victimes. Je ne connais aucune personne de gauche assez perdu ou stupide pour dire ça en pensant à la stigmatisation médiatico-politique qui peut en découler. Quand on dit que les premières victimes du salafisme djihadiste ce sont les musulmans, c’est parce que c’est vrai. 90 % des victimes sont des musulmans car Daech prospère dans des pays musulmans, c’est le takfirisme. Les salafistes tuent les « mauvais musulmans » ce qu’une lecture littérale du Coran les autorise à faire. Du point de vue des musulmans, il y a une idéologie génocidaire et totalitaire qui détourne leur religion en les massacrant. Ils se sentent dépossédés de leur religion, ce qui est une souffrance en soi. Puis ensuite certains ont le bon goût de les associer à ceux qui les tuent. Pour le coup on imagine mal quelqu’un associer les juifs aux nazis (pour rappel les juifs faisaient au départ partie de la race aryenne, c’est sur la base d’un même fantasme du traître intérieur qu’on les plaça dans les races inférieures. Une des raisons bien sûr).

- Et donc cette loi sur le séparatisme ? Cette loi ne vise pas le terrorisme mais les influences idéologiques du salafisme. Sur le principe (je ne parle pas du contenu) je n’y vois pas de problème comme ça. Sauf que le ministre qui fait ça confond islamisme et salafisme. Et ça c’est un problème. On peut imaginer qu’avec des failles élémentaires en prémisses, la cible soit manquée.

- Et l’islamogauchisme ? Ça existe ou c’est du violon pour couillons ? J’ai montré qu’il existait des liens entre les gouvernements bourgeois, parfois de droite et le salafisme djihadistes, ce que j’ai appelé l’islamodroitisme. Quels sont les liens possibles entre la gauche et des formes de salafisme, ou d’interprétations dangereuses du Coran ? On peut déjà constater que Michel Foucault, un penseur de référence pour l’extrême gauche a fait l’apologie de la Révolution iranienne aboutissant pourtant sur une « République islamique » dont la dimension totalitaire est effrayante. C’est quand même des gens qui exécutent les homosexuels, qui torturent, qui ont lapidé les femmes adultères pendant un temps, et obligent le port du voile pour les femmes (ceci dit, nuance : les Iraniennes sont les femmes les plus socialisées du Moyen-Orient : elles travaillent, conduisent librement, ont le droit de vote et d'éligibilité depuis 1963).

Ensuite il y a une tendance dans ce que j’appelle la « gauche libérale » à vouloir évincer les ouvriers français au profit des populations immigrés, en témoigne le think tank « Terra Nova » dont les militants de gauche gagnerait à connaître la matrice idéologique. C’est le parti socialiste en gros. Cette démarche est un mélange de bien-pensance culpabilisatrice (et on sait bien en France avec l’Histoire du Christianisme à quel point la culpabilité est un moteur de pouvoir extrêmement puissant) et de lutte contre le communisme. Le but est de déconstruire l’héritage du CNR, en gros la sécu, en instrumentalisant les populations immigrées (car pour la bourgeoisie libérale, les immigrés ne sont que des chiffres et des marchandises). Les ouvriers blancs sont invités à culpabiliser pour leurs « privilèges » en acceptant un statut sociologiquement construit de colons-dominants. Ce qui est absurde quand on prend en compte le fait que la condition sociale des ouvriers blancs et des immigrés c’est d’être des prolétaires.

Avec ça on ne voit pas exactement comment on en arrive à des attentats terroristes de près ou de loin.

Il y a autre chose tout de même. Il appartient à l’identité de la gauche d’être « antiraciste » et donc également contre « l’islamophobie ». Le principe consiste simplement éviter les « discriminations » et les « amalgames ». A l’intérieur de l’antiracisme il y a plusieurs composantes. Une de ces composantes s’incarne dans la personne de Houria Bouteldja. Il me semble que c’est d’elle que part cette accusation d’islamogauchisme. Ça fait beaucoup de débats pour une seule personne. Mais le cas est éloquent. Il suffit de lire son livre (Les Blancs, les juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire) pour reconnaître le problème. Elle est antiraciste, décoloniale et elle dénonce l’islamophobie sans aucun doute. Mais elle est également homophobe, misogyne, sexiste, antisémite et raciste (contre les blancs). Sans réduire l’ouvrage à ça, car il y a des choses très intéressantes dedans (désolé, c’est ma déformation philosophique. J’ai l’habitude de trouver des choses biens chez tous les auteurs y compris les pires, même chez Heidegger qui était pourtant nazi alors vous pensez…). Mais voilà, sa vision de l’Islam coïncide avec un certain nombre d’éléments de la doctrine salafiste. Et c’est là qu’il y a un problème : le salafisme est un anti-racisme. Cultiver le sentiment de victimisation des musulmans fait partie des stratégies salafistes. De même, dans les années 20 et 30 Hitler a énormément joué sur la victimisation des allemands et prétendant leur rendre leur grandeur et leur fierté. Si certains trouvent que cette comparaison avec le nazisme est abusive, il va falloir s’y faire : le salafisme est une idéologie totalitaire et génocidaire au même titre que le nazisme et les régimes communistes au XXe siècle. Si vous en doutez une seule seconde, regardez le documentaire « Salafistes » de Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin. Il ne faut pas sous-estimer ce nouveau totalitarisme dont les stratégies politiques sont clairement identifiées : déclencher une guerre civile en France. Comment ? Il faut mobiliser les musulmans. D’un côté il faut qu’ils aient peur d’être exécutés en ne ralliant pas Daech. Mais ceci est insuffisant. Ensuite, il faut les convaincre que la France est un pays raciste, colonial, islamophobe (on pourrait rajouter sioniste si on en croit les délires de Coulibaly et d’autres.) contre lequel on doit rentrer en guerre et prendre les armes. Et c’est là qu’un lien avec la gauche est pensable. En effet, une lecture rapide pourrait faire apparaître que des penseurs de gauche ou des penseurs du post-colonialisme participent à cette essentialisation de la France. Or, je ne suis pas expert en études post-coloniales, mais pour ceux que je connais Césaire, Fanon, Achille Mbembe et quelques autres, ils ne réduisent jamais la France à ça. Ils font au contraire preuve de nuance et de complexité. On sait que la France a été coloniale, raciste et esclavagiste. Elle a peut-être des restes de ça. Certainement même. Mais c’est aussi le pays des droits de l’homme qui abolit l’esclavage en faisant sa Grande Révolution. Et sans doute que les immigrés musulmans et noirs ne viendraient pas en France si nous étions un pays raciste, qui se caractérise seulement par ça. On voit mal en quoi ces études post-coloniales pourraient vraiment influencer les jeunes musulmans en ce sens. En outre, il est impossible que des penseurs salafistes n’exercent une quelconque activité intellectuelle à l’Université. Une loi séparatiste visant à limiter la recherche universitaire est certainement un acte de censure injustifié, et une chasse aux fantômes grotesque. Mais en ce qui concerne Houria Bouteldja c’est autre chose, elle dit d’ailleurs se reconnaître dans Mohamed Merah. Elle vient de quitter le Parti des Indigènes de la République en se félicitant de l’essor de sa pensée dans les Universités. Est-ce qu’elle se surestime ? Je crois qu’on aurait tort de sous-estimer un système totalitaire en action, et certes Houria Bouteldja n’est pas salafiste bien qu’elle nourrisse intellectuellement leurs intérêts idéologiques. Les salafistes visent les écoles et les Universités selon leurs aveux. Comme tous les systèmes totalitaires ils visent la jeunesse. Aussi, on peut, et même on doit s’inquiéter du fait que nombre de jeunes assignés musulmans soient extrêmement au point sur les problèmes d’islamophobie et de racisme en France (dont l’ampleur réelle est au moins discutable) mais peu soucieux de l’homosexualité qu’ils considèrent comme « contre-nature » et que le port du voile hors de l’école est obligatoire. Il sera normal de dire aussi que les juifs sont privilégiés et qu’il y a un « deux poids deux mesures ». À quoi on peut ajouter la légitimation de la mise à mort de ceux qui caricaturent le prophète car ils ont été insultant, islamophobe et raciste. Tout ceci n’est pas l’Islam, c’est l’influence du salafisme en France à différents degrés. Je suis d’accord avec les gens de gauche lorsqu’ils disent qu’il faut combattre la confusion entre Islam et terrorisme, ce qu’on appelle adéquatement salafisme djihadiste. Ils ont raison, c’est une urgence sociale majeure. Je suis d’accord avec les gens de droite lorsqu’ils disent que la gauche sous-estime le phénomène totalitaire, et que par bien-pensance elle refuse de dénoncer le problème. En effet, nombres d’amis disent que ce sont juste « des faits divers » et l’État se sert de ça pour faire des politiques racistes (une fois j’ai même eu « c’est normal d’être homophobe et contre la caricature du prophète quand on est musulman » cet énoncé semblant provenir d’une personne de droite vient pourtant d’une personne de gauche pensant par là défendre les musulmans ; ce qui tourne à l’essentialisation islamophobe). Mais les gens de droite ne sauraient s’octroyer la vertu de bien nommer le phénomène dans la mesure où ils parlent d’islamisme au lieu du salafisme djihadiste. « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » disait Camus, ici les gens de droite ajoutent au malheur du monde. Alain Renaut était accusé d’être à la fois « islamophile » ou « islamogauchiste » (pour défendre la liberté de porter le voile à l’école) et « islamophobe » (pour dénoncer le salafisme djihadiste comme un nouveau totalitarisme responsable de guerres de religion). Quel est le degré d’implantation du salafisme en France ? Que doit-on faire ? Une loi ? De l’éducation ? De la répression ? Du social ? Tout ça je n’en sais foutre rien. Mais je trouve urgent de sortir du débat : racistes islamophobes contre islamogauchistes complices des terroristes pour parler vraiment du problème et envisager sérieusement de le penser pour le résoudre afin d’épargner des victimes qu’elles soient musulmanes, françaises, ou les deux à la fois.

Ceux qui croient que l’Islam est par essence homophobe, sexiste, raciste, contre la liberté d’expression et donc totalitaire ne savent pas ce que c’est que l’Islam. Et ceux qui considèrent que le salafisme n’existe pas ou peu, qu’il n’influence pas idéologiquement la pensée en France, ni celle des jeunes je crois qu’il faut se rappeler simplement le dernier avertissement d’Orwell : « quelque chose comme 1984 pourrait arriver, c’est la direction vers laquelle notre monde se dirige en ce moment : dans notre monde il n’y aura pas d’autres émotions que la peur, la rage, le triomphe et l’auto-humiliation. L’instinct sexuel sera éradiqué, nous abolirons l’orgasme, il n’y aura plus de loyauté excepté la loyauté envers le parti. Mais il y aura toujours l’intoxication du pouvoir, toujours à tout moment il y aura l’excitation de la victoire, la sensation de piétiner l’ennemi sans défense. Si vous voulez une image du futur imaginez une botte piétinant pour toujours un visage humain. La morale à tirer de cette dangereuse situation de cauchemar est simple : ne laissez pas cela se produire, cela dépend de vous ! »

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