Le populisme réellement existant en France (4)

Pour une approche épistémique (ontologique et caractéristique) du populisme.

Troisième critère d’être du populisme : le constructionnisme populaire. Un peuple se construit en trouvant un populiste. Ce critère n’est pas positif en regard des critères précédents apparemment négatifs - tous sont descriptifs, disons... aussi peu prescriptifs que possible : le peuple comme le populiste font. Bien comprendre que le populisme apparaît "réellement existant" par sa phénoménologie : il est ek-sistant, pouvant-être, se-faisant, en marche & en advenir.

Ici et maintenant, le prétendant sérieux à cette ek-sistance est le populiste d’extrême-centre Macron. Et je ne sache pas qu’en France un populisme de gauche ek-siste, ni un populisme de droite d’ailleurs.

Alors, qui construit le peuple-en-marche? Un peuple qui demande! C’est par des demandes (Laclau), i.e. des revendications d’ordre (et non de justice) s’enchaînant dans l’équivalence et "montant" dans le symbolique que se construit le peuple-en-marche. Bien entendre les demandes équivalentes des investisseurs, des entrepreneurs et des investis qui auront trouvé la demande qui s’excède en symbole : le populiste Macron. Trouver est un art, non un hasard.

L’entrepreneuriat est manifestement le "bien commun" de ces demandeurs populaires, mais c’est leur hiérarchie qui mobilise le populisme d’extrême-centre. On pointe déjà trois castes (investisseurs/entrepreneurs/investis) qui s’englobent comme contraires pour faire peuple - pas société! Car le hors-peuple est là, comme le Horla, pour compléter. Les Riens et les Nihilistes n’ont rien de populaire, ils sont juste nécessaires. Ainsi, tout se passe comme si le populiste Macron avait besoin de leur existence horla pour confirmer, voire corriger le peuple-en-marche.

Grâce aux Riens qui restent et aux Nihilistes qui nihilisent, le peuple-en-marche apparaît entrepreneurial, authentique et vrai. Or, le voilà taiseux sitôt son populiste trouvé : pour dire ses opinions et montrer ses affects, le populiste est là. Et c’est ainsi que Macron devient un populiste d’action directe (Bergson) qui n’interprète pas les désirs d’advenir ou les envies de milliards, mais les exprime et les traduit en politiques concrètes. On sait lesquelles.

Dans sa longue marche, le peuple entrepreneurial paraît d’une remarquable passivité : il n’a presque rien à réviser en matière d’appartenance. S’il  se corrige, c’est marginalement : en intégrant des Riens qui veulent s’investir, comme on dit. Très peu d’élus, je crois. Heureusement, le populiste Macron est là pour maintenir les Riens et rééduquer les Nihilistes. Il veut faire Société avec ces hors-peuple. Le mépris oui, mais pas la haine!

Dénier aux plaintes des Riens toute morale (solidaire) et aux idées des Nihilistes toute raison (épistémique), c’est le travail du Populiste, mais pas plus : voudrait-il transformer le peuple-en-marche, Macron serait aussitôt renvoyé de sa charge. Car ce peuple a un grand privilège cognitif. En se construisant, il sait. Au commencement, ce peuple sait qu’il n’a pas de Nation - la France? Au final, il sait qu’il ek-siste, qu’il est ontologiquement union en marche. Les retombées ontiques sont là : hiérarchie des castes unies, hiérarchie de l’Union européenne.

 

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