Le populisme réellement existant en France (6)

Pour une approche épistémique (ontologique et caractéristique) du populisme.

Aller au demos... Mais comment les Nihilistes pourraient-ils entreprendre le demos sans retomber dans le populisme entrepreneurial?

Si les Nihilistes pensent que le demos n’est pas un être substantiel, ils peinent quand même à "entreprendre autrement". Ils voient bien ce que entreprendre veut dire quand le peuple entrepreneurial entreprend : il y va de la sacro-sainte Liberté d’entreprendre. Une liberté qui n’a que faire des retombées de l’entreprise et ne se soucie que de la sécurité. Liberté & Sécurité sont liées comme les dents aux lèvres pour "faire marcher" ce peuple. Aller autrement, est-ce vraiment possible?

En fait, le peuple entrepreneurial n’a pas la liberté de tout entreprendre, mais de tout entreprendre en Affaire sûre, profitable et immédiate. Investisseur, Entrepreneur, Investi sont chargés, chacun en ce qui le concerne, d’une passion triste mais extrêmement gaie pour la Possibilité et ses aventures ontiques comme déontiques. Car ils ne veulent pas entendre parler de la Question des retombées entrepreneuriales - les conséquences susceptibles de mettre en péril leur petite entreprise.

Pour ce peuple, heureusement, il y a comme un état d’urgence entrepreneurial : "le secret des affaires" est bien gardé, poudré d’une loi d’airain, afin que tout récit sur les retombées entrepreneuriales ou tout argumentaire sur les conséquences tourne court. Certes, les conséquences de l’Affaire sont calculées au mieux et même provisionnées, mais le long terme est prestement évacué : « Nos petits-neveux trouveront bien une issue, à défaut d’une solution... Le Cia Report n’oblige personne. »

Évidemment, un Populaire compassionnel pourra toujours estimer son entreprise désastreuse pour les Riens, ou son aventure plus aventurière qu’aventureuse pour Soi... N’empêche, sa propre caste, voire son peuple tout entier ne l’entendra pas ainsi. Car on ne recule pas devant une possibilité d’entreprendre quand on a l’État néolibéral et la Science académique en secours d’urgence permanent. Ancillaires comme on sait, l’État impliqué et la Science appliquée sont là pour reconnaître la légitimité de toute aventure populaire, définissant le risque de l’innovation comme un risque-zéro. Et on ne compte pas le nombre de bons coups "droit" niant les retombées désastreuses.

Mais pour un Nihiliste, entreprendre signifie d’abord « prendre au sérieux les conséquences entrepreneuriales ». Concrètement, soutenir les lanceurs d’alerte (des Populaires réfléchis) et les porteurs de plainte : non, les Riens ne savent pas se victimiser comme les Populaires bourrins! Or, cette entreprise en droit est loin d’être suffisante. Maintenant, notre Nihiliste se doit de prendre la cause entrepreneuriale à la racine : subvertir l’agir dominateur en marche... Soit une méta-politique qui commencerait sous lesdites institutions populaires.

La raison populiste d’extrême-centre (néolibérale et néo-conservatrice) a produit tous ses effets institutionnels : des sociétés d’ordres hiérarchisées (sous l’égide de l’Empire) où le mérite est le fait de celui qui naît entrepreneur, qui de capitaux, qui de ressources humaines, qui de soi. La domination est fondée sur ce mérite-là, à nul autre pareil : naître entrepreneur! Mal-nés, les Riens n’ont donc qu’une solution, s’ils ne veulent pas l’issue fatale des hors-peuple : devenir Nihilistes en déconstruisant le populisme cher à Macron.

Déjà, ils imaginent instituer le communat en lieu et place de l’entrepreneuriat... Or, si le schématisme imaginaire du communat est valide, c’est qu’il y va (si on peut dire) d’un aller au demos, d’un agir subversif, d’un mouvement proprement anti-populaire qui se refuse à l’auto-législation, à l’autonomie et à la souveraineté : surtout ne pas devenir un peuple!

Bon, et pourquoi des Riens, des hors-sujet de droit n’auraient plus l’idée de demander la sujétion normale, le droit à avoir des droits? Tout simplement, parce que le fameux pouvoir du peuple est devenu haïssable. La haine de la démocratie est une bonne chose quand on aime la puissance démotique. 

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