Le populisme réellement existant en France (2)

Pour une approche épistémique (ontologique et caractéristique) du populisme.

Le premier critère ontologique, le signe extrinsèque qui permet de reconnaître le populisme est l’antienne des démo-libéraux, chasseurs bien connus de populistes. Soit l’anti-élitisme sélectif... Mais encore faut-il que la sélection soit effective et bien incarnée.

Entre "les coups de gueule de Méluche" contre la Caste financière et les coups de vice de Macron à l’endroit de "l’Ancien Monde", il y a comme une solution de continuité, une rupture d’efficace. Car les élites de l’État social (pourri par quarante ans de néolibéralisme) sont sur le point d’étre liquidées par une Start-up... Le catalogue est proprement homérique : criminalisation éclatante de la France Insoumise (et de Mélenchon en particulier), corruption rampante des syndicats revendicatifs (FO), exclusion des journalistes d’investigation (citoyenne), privatisation des appareils répressifs d’État, vassalisation des "corps intermédiaires", moralisation néolibérale des appareils idéologiques d’État, cigalisation des chercheurs-fourmis, parquettisation de la Justice, embeddisation des associations humanitaires, godillotisation des parlementaires, protectionnisation de la Sécurité Sociale, pantouflisation de la haute Fonction publique, etc., etc. Feues les élites républicaines, puisqu’elles ferment bien leurs gueules. Réduire ses ennemis à des Riens ou des Restes et - suprême ironie - les qualifier de Nihilistes, voilà le en-marche révolutionnaire du populiste Macron.

Si marche en avant il y a, c’est à l’encontre de ses adversaires, visiblement en peau de lapin : le RN & LR, les sectes anti-méluchiennes de gôche, les syndicats de soupe, etc. Pour des étreintes assurées. Car tous partagent les mêmes valeurs néolibérales : la Liberté d’entreprendre, l’Égalité des droits mais pas des devoirs, la Fraternité communautaire. Apparemment, cette adversité ne présente que des avantages : elle permet à Macron de jouer sur la signification et la mise en œuvre des valeurs partagées - un peu plus de sociétal ou un peu moins de national?... Il peut ainsi corriger son aventure néolibérale et apparaître comme Progressiste. Seul coût idéologique : alimenter au goutte à goutte ses Adversaires, médiatiser leurs exploits politiciens et se faire un peu peur. Oui, mais ça lui évite de devoir les requalifier élites.

À première vue, Macron a une base élitaire claire - on pointe vite les Réussis : la haute Fonction publique pantouflarde, le management "détaché" des multinationales et des bancassurances, l’éditocratie, etc. Ces élites transparentes, propres et quasi invisibles jouent gagnant-gagant avec Lui. Et pourtant, cet hyper-start-upper mobilise un anti-élitisme... à usage interne. On sait que Macron ne vient pas familialement de l’élite financière (le monde clos des investisseurs) mais du peuple des entrepreneurs à profession dite libérale. Pour image : il est né au centre du peuple travailleur et il tient maintenant l’extrême-centre d’un peuple en marche. Car il a bien compris que l’élitisme marcherait aussi pour les investis version Feher. Par un anti-élitisme paradoxal, le voici Chef du peuple des élites.

Si Macron satisfait au premier critère d’être du populisme par son effectivité  - en marche serait l’ek-sistant de la phénoménologie - , il lui faut quand même moraliser son populisme d’extrême-centre.

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