Exotica par Birgé-Corneloup-Deschepper

Exotica, c'est un peu vite dit. Une des compositions instantanées enregistrées le 27 mai dernier avec le saxophoniste François Corneloup et le guitariste Philippe Deschepper m'a fait penser à ce courant musical américain des années 50. Mais pour le reste, c'est plutôt zarbi, du jazz bizarre, le son chaud du baryton, la finesse de la guitare, des paysages sonores...

Exotica, c'est un peu vite dit. Une des compositions instantanées enregistrées le 27 mai dernier avec le saxophoniste François Corneloup et le guitariste Philippe Deschepper m'a fait penser à ce courant musical américain des années 50. En écoutant mes camarades jouer sur le son des batraciens pourquoi ai-je pensé à Lex Baxter ou Arthur Lyman, mais c'est évidemment avec les inventions de Raymond Scott que j'ai le plus d'affinités. J'utilise souvent des sons de claviers à percussion comme le marimba, le vibraphone, le Morpheus, le hang, les cloches de verre, et puis tous les sons électroniques que j'essaie d'humaniser, ou de naturaliser, autant que possible. Je cherchais un titre court et j'avais demandé à Philippe de m'envoyer des photos de ses sculptures, ses premières amours vers lesquelles il revient ces derniers temps, pour la pochette de notre trio improvisé.

Philippe Deschepper est là, au Studio GRRR, 21 ans après avoir participé à Machiavel, la dernière mouture d'Un Drame Musical Instantané, en 2000 avec Bernard Vitet et DJ Nem, et au CD éponyme en 1998, avec Benoit Delbecq et Steve Argüelles. La même année il jouait sur la musique du film 1+1 une histoire naturelle du sexe que nous avions enregistrée à l'INA avec Yves Robert et Éric Échampard, et dans Birgé Hôtel avec Alain Monvoisin, Argüelles et Vitet. Sans compter la plus belle remise de prix que j'ai jamais vue, au Théâtre Antique d'Arles alors que j'étais directeur musical des Soirées. Avec le clarinettiste basse Denis Colin nous accompagnions Élise Caron en Mistress of Ceremony qui avait fait scandale à cause d'un odieux traducteur machiste qui commentait ce qu'elle racontait pour faire rigoler les anglophones audiocasqués. Élise était extrêmement drôle, mais la moitié du public riait à contre-temps sans que nous comprenions pourquoi. Cet ancien militaire qui avait déjà sévi les années passées a heureusement fini par être viré. J'avais adoré tous les projets auxquels Philippe avait participé. Il a une manière incroyable de se fondre dans la musique, de nous emmener sans que nous nous en apercevions, avec une finesse rare.

Quant à François Corneloup, il accompagnait ma fille Elsa, qui avait 11 ans, dans le mémorable ¡ Vivan las utopias ! du Drame sur l'album Durruti de nato en 1996 et enregistra la musique d'un film institutionnel que nous avions composée avec Bernard Vitet en 2007 (index 7), mais jamais nous n'avions joué ensemble. Il est venu avec son baryton, mais plutôt que favoriser la puissance rythmique comme il le fait avec Ursus Minor par exemple, il nous a gratifié de merveilleuses mélodies, du grave à l'aigu. Un son chaud, exotique en cette fin de printemps. J'ai forcément pensé à Gerry Mulligan. C'est lui qui avait eu l'idée d'appeler Philippe avec qui il avait souvent joué dans le passé. J'avais trouvé l'idée formidable. C'est dire si j'étais excité et impatient.

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Nous nous sommes bien amusés. Nous avons dégoisé aussi sur les collègues qui le méritent. Trois langues de p..., mais quelle rigolade ! Rien d'étonnant à ce que nous tombions chaque fois d'accord. Cela s'est retrouvé lorsque nous nous sommes saisis de nos instruments. Mes deux amis ont choisi de se lancer sans thématique, juste le plaisir de nous retrouver après de longs mois d'abstinence. Le matin nous avons enregistré deux longues pièces que j'ai gardées dans leur intégralité, 31 et 21 minutes. Pour midi j'avais cuisiné un jarret de porc choucroute. Après le déjeuner nous sommes passés à des pièces plus courtes. Pour une fois je me suis concentré sur le clavier, ce qui ne m'a pas empêché de rendre hommage à Tex Avery dans Fuzz Toon à grand renfort d'harmonica, Tenori-on, kazoo, varinette et anche, ou d'utiliser mes deux synthés russes sur Uncut 2. Et puis ces fameuses références à l'Exotica sur Palm Beach et Exotica. Pour Side Story Philippe m'a demandé de convoquer l'orchestre symphonique dont je lui avais fait la démonstration la veille, et pour finir j'ai cartonné sur Full Metal Packet. Le tout a été mixé ce week-end, et comme d'habitude cela est allé très vite parce que tous les musiciens invités m'ont toujours mâché le travail en maîtrisant leurs interventions à l'enregistrement.

→ Birgé Corneloup Deschepper, Exotica, GRRR 3107, 91 minutes en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org

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