Mes ancêtres les Gauloises

En s'interrogeant sur sa propre identité, Élise Thiébaut aborde le roman national que le racisme, le machisme et la lutte des classes ont façonnés. Comme dans ses précédents ouvrages, les tabous volent en éclats et ce parler vrai, à la première personne bien singulière, fait du bien dans une époque plus coincée qu'on ne veut nous la présenter...

gauloises
Chaque fois qu'est paru un livre d'Élise Thiébaut, j'ai rédigé un petit article pour saluer la qualité de son écriture et son universalisme, entendre que c'est une généraliste avec de sérieuses spécialités. J'ai bien connu son papa, un tout petit peu sa maman et plusieurs personnes qu'elle évoque et qui me sont chères dans son autobiographie de la France intitulée Mes ancêtres les Gauloises. Cette précision n'est pas inutile, d'autant qu'elle me cite dans son dernier ouvrage à propos du séquençage de mon génome (recherche d'ADN dans un but plus politique que familial), démarche qu'elle a en fait initiée après m'avoir parlé d'un des livres qu'elle était en train d'écrire. Avant cela elle avait publié Ceci est mon sang, une petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, et très récemment Les fantômes de l'Internationale avec le dessinateur Baudoin. Au delà des sujets principaux toujours passionnants, Élise a le don de digresser en apportant quantité d'informations se révélant le plus souvent des points de vue documentés sur notre environnement social. Son féminisme et sa conscience de classe y sont toujours exprimés avec beaucoup d'humour et un esprit d'à propos qui permettent d'extrapoler sa propre histoire à la nôtre. En s'interrogeant sur sa propre identité, elle aborde le roman national que le racisme, le machisme et la lutte des classes ont façonnés. Comme dans ses précédents ouvrages, les tabous volent en éclats et ce parler vrai, à la première personne bien singulière, fait du bien dans une époque plus coincée qu'on ne veut nous la présenter. Le gnothi seauton socratique y prend tout son sens, car se connaître soi-même est le premier pas vers penser par soi-même alors que la manipulation de masse bat tous les records. Ou encore, comme me l'expliquait André Ricros à propos des musiques traditionnelles, "pour être de partout il faut être de quelque part."

→ Élise Thiébaut, Mes ancêtres les Gauloises, La Découverte, Coll. Cahiers libres, 272 pages, version papier 18 €, version numérique 11,99 €
Sur Mediapart, poursuivant sa démarche, Élise crée l'édition Nos ancêtres les gauloises, suscitant les témoignages : "Raconter le passé pour changer l’avenir ? C’est ce que je vous propose de faire avec cette édition collective Nos ancêtres les Gauloises. En partageant nos mémoires, en creusant les non-dits et les tabous du roman national, il s’agit de donner la parole à celles qui, dans nos généalogies, n’ont pas pu faire entendre leurs voix. Je vous propose ici de partager l’histoire d’une femme de votre famille, dont le destin n’a peut-être pas été conforme, ou dont la mémoire a été effacée."

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