L'espoir du chien en céramique de Marc Ribot et les fantômes de Paul Jarret

Après des mois d'isolement sanitaire, le trio Ceramic Dog du guitariste Marc Ribot est revenu en studio pour évacuer leur amertume sur la situation politique désespérante. Bouleversant... Plus printanier, le jazz mélodique du guitariste Paul Jarret diffuse ses échappées free, ses arpèges planants et ses ritournelles popisantes...

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Après des mois d'isolement sanitaire, le trio Ceramic Dog du guitariste Marc Ribot avec le bassiste-claviériste Shahzad Ismaily et le batteur-électronicien Ches Smith est revenu en studio pour évacuer leur amertume sur la situation politique désespérante. Moins revendicatif que les précédents albums, Hope est certainement plus réaliste, et la musique s'en trouve encore meilleure tant les trois musiciens sont heureux de se retrouver. Ces folk songs de Ribot sont vraiment des chants de résistance où le rock fait bouger les hanches et lever le poing, où l'enthousiasme fait la balance avec la colère d'être manipulés comme des pions par des politiciens véreux et incapables. Après Trump, les Américains reviennent de loin, même si, pour nous, leur impérialisme couvre toujours la Terre d'une chape de plomb fondu. Ribot prend ses distances, il regarde la planète depuis la lune, une sphère minuscule au centre de la pochette. Mais elle occupe toute la surface du disque. La métaphore est claire. Sur le papier, l'enveloppe est naze, mais, surprise, à l'intérieur la musique offre une source d'espoir, grandiose. Après des chansons où les leitmotivs sont "Oh what will [Bruno] Latour and [Slavoj] Zizek think of next? Vegetables are people in a Flat Ontology, isn't it amazing, it's just amazing? I'm just amazed", ou "I refuse, I resist" dans The Activist, la guitare bluesy cède la place au sax free de l'altiste Darius Jones. Deux longs morceaux, The Long Goodbye ou Maple Leaf Rage, offrent des plages de rock 'n roll et de jazz aérien avant la reprise héroïque de Wear Your Love Like Heaven de Donovan.

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J'ai enchaîné avec les Ghost Songs du guitariste Paul Jarret accompagné par son héros Jim Black à la batterie, Jozef Dumoulin au Fender Rhodes et synthé basse, Julien Pontvianne au ténor. Son jazz mélodique est très agréable avec ses échappées free, ses arpèges planants et ses ritournelles popisantes. Cette musique printanière me plaît plus que pas mal de disques dont la presse se fait un écho glorieux, mais qui me tombent des mains et des oreilles (oubliez donc l'âge du capitaine !). Ça tourne rond. Ça plane pour moi.

→ Marc Ribot's Ceramic Dog, Hope, CD Yellowbird, dist. L'autre distribution, sortie le 25 juin 2021
→ Paul Jarret, Ghost Songs, CD Neuklang, sorti le 28 mai 2021

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