Jean-Jacques Birgé
Compositeur de musique, cinéaste, écrivain, etc.
Abonné·e de Mediapart

3039 Billets

2 Éditions

Billet de blog 4 juil. 2022

Triste(sse) nécessaire

Ma tristesse passagère a laissé le virus s'infiltrer dans mon bel équilibre. À son tour la fatigue physique a affaibli mes défenses psychologiques. On ne peut pas se battre sur plusieurs fronts à la fois...

Jean-Jacques Birgé
Compositeur de musique, cinéaste, écrivain, etc.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Petit moment de faiblesse dans une vie bien remplie. Je dois tant de bonheur à celles et ceux qui m'ont accompagné. À la musique aussi. Ma tristesse passagère a laissé le virus s'infiltrer dans mon bel équilibre. À son tour la fatigue physique a affaibli mes défenses psychologiques. Drôle de manière de terminer une histoire en tablant sur les gestes barrières. Le verdict était tombé : positif. J'erre d'étage en étage, m'arrêtant régulièrement au premier pour une sieste rarement réussie. Pas cette habitude. Selon les heures de l'insomnie, me coucher sur le dos semblait plus efficace que la position fœtale, mais la toux m'étouffe et des lames de rasoir labourent ma gorge. Ne pouvant rien avaler, j'ai déjà perdu cinq kilos. Il faut voir le bon côté des choses.


L'allegro de la première symphonie de Charles Ives ne fait plus son effet. Le ré mineur m'embarquait dans le sens du courant, mais je ne suis plus le même homme. C'est la résistance au mouvement qui rend malade. M'agrippant au clavier du piano, j'ai ressassé la même litanie. J'aurais pu faire tourner la seconde de Mahler. Résurrection porte bien son nom. Là encore ce n'est plus ça. Je tente le dernier Kendrick Lamar. Se livrer impudiquement fait vibrer les cœurs qui ne savent plus à qui s'adresser ou ruent dans leurs brancards. Trop sont anesthésiés. Nous vivons dans un monde soporifique.


Les questions existentielles sont reléguées à un égocentrisme que les croyants pensent éviter en consultant des professionnels tarifés. Comme s'il n'existait qu'une seule voie et ses variations, alors qu'on n'est pas plus mal portant sur les autres continents. À chacun/e sa solution. Pourquoi vouloir rendre la démarche incontournable ? Je me cabre. On peut avoir des convictions sans être un homme de foi. Ce sont les questions qui me meuvent, pas les réponses.


Ma détermination est souvent interprétée comme une précipitation. Pourtant rien ne se serait jamais concrétisé si j'avais respecté le planning des sentiments que la plupart s'imposent. Me jeter à l'eau m'a permis de court-circuiter ma timidité originelle. Ne croyez pas que ce soit simple. Combien de fois ai-je pris mon élan avant de sauter ? Combien de fois ai-je pris un râteau ? Mais combien de fois ai-je vécu de longues périodes de bonheur, très longues parfois !


La création m'offrait de devenir extraverti. L'inconscient ignore les contraires. Cette phrase lacanienne m'a permis de comprendre que tout est dans la syntaxe, mais que les nœuds sont les substantifs. En art comme au quotidien, l'interprétation est la clef du mystère. On ne peut pas remplacer un mot par un autre. Les résumés trahissent la pensée, mais j'aime tellement les ellipses que le montage cinématographique a apporté. À chaque cut, dans Présence de la mort, une histoire de fin du monde écrite en 1922, Ramuz proclame "c'est supprimé". Et Godard, qui s'est tant inspiré de cet autre Vaudois, de rappeler que ce qui est important c'est ce qu'on enlève, pas ce qu'on garde. Ce qu'il y a entre les plans. Dans ma propre histoire, qu'est-ce que je n'ai pas dit, suggérant, évitant, occultant ? La vie est énigmatique. C'est merveilleux. Reste à tourner la page, tomber le masque et vivre la cassure comme de l'histoire ancienne. Pour se faire, il faudra retrouver mes forces. Bien que multitâches, on ne peut pas se battre sur plusieurs fronts à la fois.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des titres de séjour suspendus aux « principes de la République » 
Le ministre de l’intérieur veut priver de titre de séjour les personnes étrangères qui manifestent un « rejet des principes de la République ». Cette mesure, déjà intégrée à la loi « séparatisme » de 2021 mais déclarée inconstitutionnelle, resurgit dans le texte qui doit être examiné d’ici la fin de l’année. 
par Camille Polloni
Journal
Le gouvernement rate l’épreuve du feu
Le début du second quinquennat Macron n’aura même pas fait illusion sur ses intentions écologiques. Depuis le début de cet été catastrophique – canicules, feux, sécheresse –, les ministres s’en tiennent à des déclarations superficielles, évitant de s’attaquer aux causes premières des dérèglements climatiques et de l’assèchement des sols.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal — Conjoncture
Le nouveau plein emploi n’est pas le paradis des travailleurs
De l’emploi, mais des revenus en berne et une activité au ralenti. La situation est complexe. Pour essayer de la comprendre, Mediapart propose une série de deux articles. Aujourd’hui : pourquoi le nouveau plein emploi ne renforce pas la position des salariés.
par Romaric Godin
Journal — Fiscalité
Quand le Sénat américain ignore la grammaire des affaires
Impôt minimal pour les multinationales, taxe sur les rachats d’actions, contreparties aux aides d’État… même si le plan climat et le plan pour la lutte contre l’inflation adoptés par le Sénat américain ne sont pas aussi ambitieux qu’espéré, ils ouvrent des brèches dans des dogmes acceptés depuis des décennies.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet d’édition
Entretien avec Leonardo Medel, réalisateur de « La Verónica »
Après une sélection au festival de Biarritz et au festival international du nouveau cinéma latino-américain de La Havane où il reçut le Prix FIPRESCI de la critique internationale, « La Verónica » sortira officiellement dans les salles en France à partir du 17 août 2022. L'opportunité de découvrir un cinéaste audacieux autour d'une critique sans concession des excès des influenceurs sur le Net.
par Cédric Lépine
Billet de blog
« As Bestas » (2022) de Rodrigo Sorogoyen
Au-delà de l’histoire singulière qui se trouve ici livrée, le réalisateur espagnol permet une nouvelle fois de mesurer combien « perseverare » est, non pas « diabolicum », comme l’affirme le dicton, mais « humanissimum ». Et combien cette « persévérance » est grande, car digne de l’obstination des « bêtes », et élevant l’Homme au rang des Titans.
par Acanthe
Billet de blog
DragRace France : une autre télévision est possible ?
Ce billet, co-écrit avec Mathis Aubert Brielle, est une critique politique de l'émission DragRace France. Il présente la façon dont cette émission s'approprie les codes de la téléréalité pour s'éloigner du genre en matière de contenu et de vision du monde promue.
par Antoine SallesPapou
Billet de blog
33e Festival de Fameck - Mounia Meddour, Présidente du jury et l'Algérie, pays invité
L’édition 2022 du Festival du Film Arabe de Fameck - Val de Fensch (qui se tiendra du 6 au 16 octobre) proposera sur onze jours une programmation de 30 films. La manifestation mettra à l’honneur l’Algérie comme pays invité. Le jury longs-métrages du festival sera présidé par la cinéaste Mounia Meddour.
par Festival du Film Arabe de Fameck