La poésie sans fin de Jodorowsky

Sachant sa mort plus ou moins prochaine, il a 88 ans, Alejandro Jodorowsky ne veut répondre qu'aux questions indispensables. Critiquant toute idée de vérité au cinéma comme en photographie, Jodorowky insiste que ce n'est jamais qu'un point de vue. En bon humaniste, il veut chanter la beauté des choses et pour lui les êtres humains en font partie. Sa poésie est sans fin. C'est le titre...

POESIA SIN FIN - Bande annonce © Le Pacte
Sachant sa mort plus ou moins prochaine, il a 88 ans, Alejandro Jodorowsky ne veut répondre qu'aux questions indispensables. Critiquant toute idée de vérité au cinéma comme en photographie, Jodorowky insiste que ce n'est jamais qu'un point de vue. En bon humaniste, il veut chanter la beauté des choses et pour lui les êtres humains en font partie. Sa poésie est sans fin. C'est le titre du second volet de son autobiographie, Poesia sin fin.

Du premier volet j'écrivais : "film déjanté, La danza de la realidad est le dernier film d'Alejandro Jodorowsky, autobiographie romancée de sa jeunesse, farcie de références psychanalytiques plus surréalistes qu'analytiques, sorte de pont psychédélique entre Fellini et Buñuel. La symbolique mystique de ses films cultes El Topo ou La montagne sacrée laisse la place à une sérénité mordante où le cinéaste chilien octogénaire règle ses comptes avec sa brute stalinienne de père en offrant à ses trois fils de jouer la comédie. La danse de la réalité est une affaire de famille où le fils aîné incarne le père de l'artiste et dont le cadet compose la musique pendant que sa femme fabrique les costumes, le tout filmé dans son village natal. Là encore on s'amuse beaucoup des galipettes de l'illusionniste et des provocations d'un des fondateurs du groupe Panique."

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Il continue donc à jouer des effets spéciaux en rentabilisant son passé de marionnettiste, de mime, de danseur expressionniste, de comédien... En adaptant d'une certaine manière la Méthode de Stanislavski à sa propre vie, il imite l'homme qu'il souhaite être pour atteindre son idéal. Il joue ainsi à l'artiste pour le devenir, et ça marche. Plus ou moins... L'egotrip a ses limites, mais les véritables auteurs se font rares en ces temps de formatage généralisé. Lánthimos, Sorrentino, Mundruczó, Nemes, Wright ou Dumont en irritent certains par leurs manières de sortir de la norme. On peut aimer ou détester, ils ont au moins un style bien à eux.

Après leur sortie en salles les films publiés en DVD ou Blu-Ray sont souvent augmentés de bonus passionnants. L'entretien avec Jodorowsky, le film sur le tournage réalisé par sa jeune compagne Pascale Montandon-Jodorowsky, le documentaire sur les ateliers gourouesques de psychomagie sociale qu'anime le cinéaste éclairent son travail et interrogent sur l'impact qu'ont des personnalités charismatiques sur un public en recherche de mieux-être. Mais à solliciter l'inconscient de chacune et chacun, quelle différence y a-t-il entre la foi religieuse, les différentes formes de psychanalyse individuelle ou ses grandes messes profanes ? Je me souviendrai toujours des sourires radieux des Maîtres fous filmés par Jean Rouch après leur cérémonie de transe rituelle...

→ Alejandro Jodorowsky, Poesia sin fin, DVD Blaq out, 18,90€ (Digibook Blu-Ray+DVD avec livret de 88 pages, 25€)

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