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La presse papier en retard de plusieurs métros, déconnectée des nouveaux usages, refuse de chroniquer les albums exclusivement en ligne. Cette ineptie coûte cher aux musiciens et aux labels indépendants qui sont obligés de faire imprimer des CD au minimum sous enveloppes en carton, au maximum sous packaging plus seyant. Pourtant...

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La presse papier en retard de plusieurs métros, déconnectée des nouveaux usages, refuse de chroniquer les albums exclusivement en ligne. Cette ineptie coûte cher aux musiciens et aux labels indépendants qui sont obligés de faire imprimer des CD au minimum sous enveloppes en carton, au maximum sous packaging plus seyant. Lorsque le CD fait partie d'un objet particulièrement soigné, luxueux livret illustré, travail graphique et textes conséquents, il n'y a pas de regret, mais le plus souvent les auditeurs se passent très bien de la formule physique la plus rébarbative. Issue de la vieille école du vinyle, il est certain que je préfère néanmoins avoir entre les mains un bel objet plutôt qu'un fichier dématérialisé. J'écoute les CD sur ma chaîne hi-fi alors que la virtualité se contente le plus souvent des haut-parleurs de mon ordinateur. La plupart des disques ne se vendant plus qu'à la fin des concerts, il est pourtant absurde de presser quelques centaines d'exemplaires pour une presse qui n'a même plus d'espace dans ses colonnes pour en parler !

Internet permet en outre de publier des formats qui feraient exploser la durée d'un CD ou d'un vinyle. Ainsi Poisons d'Un Drame Musical Instantané dure 24 heures ! C'est l'équivalent des séries TV de qualité par rapport aux films qui sortent en salles. Il aura fallu du temps pour que les cinéphiles en apprécient le suc. J'adore également enregistrer un album le vendredi et publier le résultat avec pochette et crédits le lundi suivant ! Je pourrais prétendre que la musique n'a absolument rien à voir avec le support ; c'est vrai et faux à la fois. Dans cette polémique, on parle trop souvent du contenant en faisant abstraction du contenu, comme les audiophiles qui font écouter leur matériel en se fichant totalement des œuvres qui les traversent. D'une part la musique existe quel que soit le support, mais d'autre part à chaque support correspond un projet et chaque projet suggère tel ou tel support. Les conditions sociales et matérielles dans lesquelles s'inscrit la production musicale influent forcément sur la nature des œuvres. Combien d'artistes se plient ainsi à la mode au lieu de profiter de leur liberté de créer !

C'est donc avec une joie non dissimulée que je lis les chroniques que Citizen Jazz publie de mes albums exclusivement en ligne, en écoute et téléchargement gratuits sur drame.org et depuis peu sur BandCamp. Cette plateforme les diffuse gratuitement dans une formule limitée dans le temps, et payante moyennant un pourcentage de 10% ou selon le degré de solidarité des amateurs de nos créations sonores. Ainsi dans son dernier numéro qui me consacre un imposant dossier avec entretien et la mention ÉLU pour mon récent Centenaire qui sort officiellement aujourd'hui, on trouvera sous la plume de Nicolas Dourlhès un compte-rendu de 8 albums virtuels les plus récents parus chez GRRR, soit deux volumes de Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (2015) avec d'une part le trompettiste Médéric Collignon et le guitariste Julien Desprez, et d'autre part l'accordéoniste Pascal Contet et le saxophoniste-clarinettiste Antonin-Tri Hoang, L'isthme des ismes (2017) avec Hoang et le batteur Samuel Ber, Arlequin (2015) et Défis de prononciation (2017) avec la chanteuse-bassoniste Sophie Bernado et la chanteuse-vibraphoniste Linda Edsjö, Harpon (2016) et Paradis (2017) avec la platiniste Amandine Casadamont, Carambolages (2016) pour l'exposition de Jean-Hubert Martin au Grand Palais...

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