Etienne Mineur exhume l'univers de Moebius pour Magado

Sur son nouveau Blog, Étienne Mineur met en ligne un article avec les croquis inédits que Moebius (Jean Giraud) avait réalisés en 2000 pour la plateforme jeunesse Magado qui n'a jamais vu le jour. Il ajoute une animation et un compte-rendu de réunion qui donnent une petite idée de ce qu'aurait dû être ce projet pharaonique...

En mars 2006, j'évoquai Magado sur mon blog :
Direction artistique d'Étienne Mineur, illustrations de Moebius (Jean Giraud), secondés par Hervé Lalo, musique et design sonore de Jean-Jacques Birgé... Magado est un projet avorté du portail jeunesse de Gallimard et du Seuil réunis ! Il existe quelques traces de ce travail inabouti sur le site de Lalo qui travaillait chez Gyoza en l'an 2000. Les sons n'ont pas été intégrés, les magazines et les jeux déjà réalisés ne sont pas en ligne, mais j'ai été heureux de découvrir ces rares traces d'une histoire trop belle pour être vraie, trop gigantesque pour trouver son modèle économique... Je devais engager une douzaine de créateurs sonores et superviser l'ensemble. Le Seuil fut le premier à se dédire, les licenciements ont suivi, nombreux et douloureux. C'est dommage, le courant passait bien avec Moebius. Étienne et moi sommes repartis pour de nouvelles aventures.

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Grâce aux archives d'Hervé Lalo et aux miennes, Étienne Mineur a mis en ligne hier dimanche un article avec les croquis inédits de Moebius. J'ai retrouvé mes sons et les comptes-rendus de réunion sur un ancien MacBook où tourne encore Tri-Catalog, une application qui m'avait permis d'indexer les centaines de CD-R où sont gravées mes archives. Pour des questions de poids et de débit mes boucles d'ambiances ne devaient pas dépasser 4 secondes ! La partition sonore était composée de nombreux effets vocaux, souvent travaillés avec un Eventide H3000, de sons de synthèse et de bruitages abstraits, mais aussi, selon les secteurs du site, de parties symphoniques dramatiques ou de musiques pop entraînantes, etc. Il était programmé que Magado devienne un univers immense qui se renouvelle sans cesse de manière à fidéliser ses abonnés. Étienne Mineur souligne que "chose remarquable dans cet ambitieux projet, nous avions dès le départ intégré le design sonore (qui malheureusement arrive souvent à la fin de ce genre de projet) en la personne de mon compère Jean-Jaques Birgé (avec qui j’avais précédemment travaillé sur les CD Rom Au Cirque avec Seurat et Carton)".

Étienne se souvient qu'en 1999 au cours d'une réunion chez l'éditeur on lui avait demandé quel type d’illustrateur il faudrait. En plaisantant, il avait répondu qu’il fallait une perle rare comme Hergé (qui, petit détail, est mort en 1983 !) ou Moebius... Pendant que la discussion continuait dans un flou artistique comme je les fuis régulièrement, j'ai discrètement appelé mon camarade Jean Rochard, producteur du label nato, pour qui Moebius avait dessiné des pochettes de disques. Imaginez la tête de tout le monde, quelques instants plus tard, lorsque je les ai interrompus pour annoncer que le célèbre illustrateur était d'accord pour nous rencontrer ! La semaine suivante nous étions chez lui avec Étienne. Nous avions les yeux ouverts comme des soucoupes... La suite fut une partie de plaisir jusqu'à ce que le projet explose en vol.

En plus de ses croquis initiaux et de ceux de Moebius, Étienne a donc mis en ligne le comptes-rendu d'une des réunions que je lui ai envoyé et, surtout, une animation de la très originale interface que nous avions imaginée avec Moebius. À l'époque c'était programmé sous Flash. Je continue d'espérer que d'autres dessins en couleurs seront un jour retrouvés...

Les grands projets inachevés ressortent un jour ou l'autre. Ainsi j'attends l'échéance de la clause de confidentialité de cinq ans pour évoquer l'étude du son du métro du Grand Paris, dite ligne 15, que j'ai réalisée entre 2014 et 2015 pour Ruedi Baur. Il ne restera probablement rien de ce travail colossal. Ceux qui font l'étude étant rarement habilités à l'exécuter, c'est l'opposé qui voit le jour quand on arrive à son aboutissement. J'avais imaginé l'intégralité de l'espace sonore depuis les parvis jusqu'aux rames en passant par les étages commerciaux, les couloirs et les quais, avec comme ligne directrice que les usagers devaient être heureux de prendre le métro chaque matin avant d'aller se faire exploiter toute la journée et impatients de le reprendre le soir pour rentrer chez eux, un sacré pari entraînant des propositions on ne peut plus originales ! Ruedi Baur avec qui j'ai eu l'immense plaisir de collaborer était sur la même longueur d'onde...

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