Ni le jardin de son éclat

Au commencement il y eut l'automne, ou plus exactement les couleurs de l'automne... Opposées à la vigne vierge je crois reconnaître les tropiques... Troisième photo. Dans cet ordre. Secret bien gardé. Accelerando de percussion. C'est la musique de Fumio Hayasaka pour l'arrivée de la police dans Les amants crucifiés...

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Au commencement il y eut l'automne, ou plus exactement les couleurs de l'automne.
Ce n'est pas vrai. Il est déjà tard dans l'après-midi lorsque je prends le temps de me poser et de regarder le jardin. Dès huit heures ce matin, je m'y étais attaqué comme un forcené. Coupé les bambous qui étouffaient le palmier, les effeuiller au sécateur avant de glisser les longues tiges sous le toit du garage, retirer les mortes qui avaient jauni. Attendu ma compagne avant de grimper en haut du charme pour couper de grosses branches à la tronçonneuse. Timber ! Pédalé jusqu'à la mairie pour chercher des sacs en papier à déchets verts et les remplir à ras bord. Aspiré-broyé le reste. Huit heures plus tard je décidai que c'était bon comme cela pour aujourd'hui et, fourbu, j'admire le travail.

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Opposées à la vigne vierge je crois reconnaître les tropiques. Le ciel pareil à une mer découpée par la plage. Plongée et contrechamp. De l'avion peut-être ne connaîtrai-je plus que le son des réacteurs au-dessus de la maison. Bilan carbone oblige. Souvenirs. Aux plus jeunes il ne restera que les rêves. Je fais semblant. Si la forêt primaire et le désert me manquent, je les chercherai dans l'hexagone. Ou dans ma tête. Drôles d'évasions !

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Troisième photo. Dans cet ordre. Secret bien gardé. Accelerando de percussion. C'est la musique de Fumio Hayasaka pour l'arrivée de la police dans Les amants crucifiés. Finalement je prends le temps, le temps d'écrire, le temps de vivre. Il serait temps. Il est toujours temps. C'est ce que je m'évertuais de répéter hier soir à un ami en détresse. Rien n'est jamais joué. Encore une fois résonne dans ma tête la fin de Au pied de la lettre dans Trop d'adrénaline nuit, le premier disque du Drame : sans que nous nous soyons concertés, Bernard scanda "Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" tandis que je clamais "Tout homme détient dans ses mains son destin". Je n'avais que 24 ans, mais Apollinaire et Vigo se complétaient à merveille.
Le soir tombe, la température est clémente pour octobre, je retourne admirer la nouvelle figure du jardin...

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