Les archives ésotériques de Tony Oursler à la Fondation Luma

Jean Cocteau disait que les gens préfèrent reconnaître que connaître. Devant un portrait ils aiment s'exclamer : "Ah, c'est bien lui !". Ai-je été séduit par l'installation cinématographique de Tony Oursler parce que je me suis interrogé très jeune sur les possibilités médiumniques du cerveau ou pour avoir inauguré en 2012 l'exposition L’Europe des Esprits ou la fascination de l'occulte, 1750-1950 au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg ?

Jean Cocteau disait que les gens préfèrent reconnaître que connaître. Devant un portrait ils aiment s'exclamer : "Ah, c'est bien lui !". Ai-je été séduit par l'installation cinématographique de Tony Oursler parce que je me suis interrogé très jeune sur les possibilités médiumniques du cerveau ou pour avoir inauguré en 2012 l'exposition L’Europe des Esprits ou la fascination de l'occulte, 1750-1950 au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg ? J'ai toujours apprécié les spectacles forains et les illusionnistes jusqu'à passer des heures devant le miroir à faire des sauts de coupe avec un jeu de cartes ou à monter des spectacles de transmission de pensée avec ma petite sœur lorsque nous étions enfants. Je me suis enfoncé des épingles dans les joues, j'ai pratiqué l'hypnose, joué dangereusement avec la catalepsie et visité régulièrement la tombe de Georges Méliès au cimetière du Père Lachaise situé alors en face de chez moi. Le dispositif de Tony Oursler, présenté par la Fondation Luma dans le cadre des Rencontres d'Arles, ne pouvait que m'emballer.

Imponderable
est composé de deux parties. La première et la plus simple à décrire est un catalogue monstrueusement lourd rassemblant les archives de l'artiste autour du surnaturel. Magie, photographie spirite, optique, occultisme, mesmérisme, etc. ont été employés au travers des siècles pour justifier des croyances et souvent manipuler les consciences. Simples arnaques ou gigantesques systèmes d'assujettissement des peuples, les officiants ont utilisé les images pour donner corps à leurs affabulations. La photographie est arrivée à point nommé pour "prouver" l'invraisemblable. De la camera obscura à la télévision, ces vrais médias ont ainsi joué les faux médiums. Au début du XXe siècle, Fulton Oursler, grand-père de l'artiste, s'était engagé à démythifier les charlatans, en débattant avec son ami Arthur Conan Doyle (l'auteur de Sherlock Holmes), plus enclin à croire aux ectoplasmes ! L'ouvrage de 656 pages recèle des trésors iconographiques qui feront rêver les incrédules autant que les jobards.

Mais la vraie séance se joue dans une salle obscure meublée de fauteuils confortables pour assister au film Impondérable de Tony Oursler, inspiré par ses archives. Pendant 1h17 les séquences s'enchaînent et se dénouent avec la dextérité d'un Houdini, mise en scène kitchissime rappelant les reconstitutions de Guy Maddin, spectacle total où les lampes de Wood, la lumière rouge, des spots mobiles et des odeurs envahissent la salle. Par la magie d'un théâtre optique ou praxinoscope-théâtre, deux écrans superposés laissent apparaître les fantômes en s'enfonçant dans le relief. L'installation, mélange de fiction dramatique et de cinéma expérimental, est visible jusqu'au 20 septembre. Dans la chaleur accablante de l'été elle figure un temps suspendu où les fées vous rafraîchiront d'un coup de baguette magique !

Impondérable de Tony Oursler, catalogue bilingue, Fondation Luma, 55 €
et exposition aux Forges (film en anglais sous-titré français, grand poster remis à l'entrée), 25 € pour les 10 expositions des Ateliers (d'autres tarifs pour l'intégralité des 35 expositions des Rencontres d'Arles)

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