Les échos de Toulouse-Lautrec

L'exposition du Grand Palais consacrée à Toulouse-Lautrec est évidemment à ne pas manquer. Mes reproductions se retrouvent riquiquis alors que j'aurais aimé montrer les mouvements fabuleux et les cadrages avec souvent des personnages en amorce, coupés bord cadre. La photo d'Yvette Guilbert dans l'escalier me donne l'idée de livrer plutôt mes références intimes...

L'exposition du Grand Palais consacrée à Toulouse-Lautrec est évidemment à ne pas manquer cet automne. Sous les deux grands panneaux de La Goulue au Moulin Rouge pour sa baraque de la Foire du Trône il y avait une fille rousse comme les aimait le peintre. Mes photos ne respectent probablement pas toujours les couleurs exactes, il paraît que c'est un élément difficilement mémorisable, mais j'essaie souvent de montrer les œuvres dans leur contexte scénographique. Cette fois les salles vastes et hautes de plafond s'y prêtaient difficilement, d'autant que les tableaux requièrent de s'en approcher pour en apprécier les détails...

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Mes reproductions se retrouvent riquiquis alors que j'aurais aimé montrer les mouvements fabuleux et les cadrages avec souvent des personnages en amorce, coupés bord cadre. On peut le constater ici, Au Salon de la rue des Moulins ou sur Le Divan...

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Les tableaux de Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec-Monfa distillent une vie incroyable, comme s'ils étaient des reportages sur la vie de la rue, le monde du spectacle ou des maisons closes. Il va jusqu'à représenter des personnages de dos, comme Au nouveau cirque qu'il transformera en vitrail avec l'aide de Louis Comfort-Tiffany. Je repense à la description extraordinaire du Nouveau Cirque par Jean Cocteau dans Portraits souvenirs.

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Si l'on connaît les affiches et les tableaux on ignore souvent les illustrations réalisées pour des programmes ou des livres de ses amis. Ici La loge au mascaron doré à côté du renversant tableau de La roue qui me rappelle l'enfance de ma fille à l'École du Cirque Annie Fratellini...

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La grande photo d'Yvette Guilbert dans l'escalier me donne l'idée de livrer plutôt mes références intimes, laissant aux spécialistes le soin de décortiquer l'œuvre, car les articles ne manqueront pas de fleurir sur cette très belle exposition. Il y a 45 ans j'avais dégotté une édition de 1928 de L'art de chanter une chanson, rééditée depuis. Ses mimiques propres à chaque émotion y sont incroyables. Elle fascinera d'ailleurs Freud et jouera la comédie pour Murnau dans Faust et L'Herbier pour L'argent, film que j'ai eu la chance d'accompagner avec Un Drame Musical Instantané !

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La mordante et caustique Yvette Guilbert fut la pionnière absolue du parlé chanté, ancêtre du sprechgesang et du slam. Ses paroles sont saignantes, son interprétation extrêmement savoureuse. Lautrec en fit l'un de ses modèles privilégiés.

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Dans le premier numéro de La Revue Blanche, Foottit botte le derrière de Chocolat. Retour au texte lu par Cocteau sur le Nouveau Cirque. Lautrec fit de nombreux portraits des deux clowns. Ils étaient morts depuis longtemps, mais j'ai eu la chance de voir les Fratellini lorsque j'étais enfant. Les clowns, surtout s'ils sont muets, ont toujours été mon numéro favori.

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L'ambiguïté du sexe des deux dormeurs Dans le lit résonne parfaitement avec l'air de notre temps où le genre s'exprime librement. Toute référence à l'homosexualité ramène mon camarade Bernard Mollerat sure le devant de la scène. Bernard s'est suicidé à 24 ans de peur de ne plus plaire. C'est évidemment plus complexe, mais je pense souvent à lui, d'autant que nous avons cosigné La nuit du phoque, notre film de fin d'études à l'Idhec.

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La danse serpentine de Loïe Fuller filmée par les Frères Lumière fait écho à l'exposition Il était une fois la Fête Foraine dont j'avais composé la musique avec Bernard Vitet et à la partition sonore que j'avais créée pour 70 sources et 300 haut-parleurs qui habitaient la Grande Halle de La Villette. Si j'avais imaginé cinq pièces pour piano mécanique originales pour accompagner la danse serpentine, le choix de la sonoriser avec Bird's Lament de Moondog fonctionne ici merveilleusement.

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L'exposition Toulouse-Lautrec laisse timidement entendre des chansons d'Yvette Guilbert, mais les visiteurs s'amassent devant les extraits de Moulin Rouge de John Houston et French Cancan de Jean Renoir. C'est évidemment le cancan qui est choisi. Pourtant le film de Renoir est marqué pour moi par la Complainte de la Butte, paroles du cinéaste sur une musique de Georges Van Parys. Les lithographies au pinceau et au crachis sont d'une modernité impressionnante qui donne son titre Résolument moderne à cette exposition.

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Puisque j'en suis à admirer les couleurs de Lautrec, je fais une halte à une fenêtre du Grand Palais pour savourer les couleurs de l'automne sur l'Avenue des Champs Élysées. Sur ma photo les réverbères semblent s'effacer au fur et à mesure de leur éloignement, une voiture de police tourne vers la Concorde, les Gilets Jaunes ne sont pas là en semaine, mais je pense à elles et à eux, gens de la rue aussi vivants que ceux que peignait cet aristocrate fragile, fruit des amours consanguines de deux cousins, génial chroniqueur de son temps.

Toulouse-Lautrec, résolument moderne, exposition, Grand Palais, Galeries Nationales, jusqu'au 27 janvier 2020

Images : La danse au Moulin rouge et La danse mauresque (huile sur toile, 1893, Musée d'Orsay), Au salon de la rue des moulins (fusain et huile sur toile, 1894, Musée Toulouse-Lautrec à Albi) et Le divan (huile sur carton, vers 1893, Museu de Arte de Sāo Paulo), Au Nouveau Cirque, la clownesse aux cinq plastrons (fusain, gouache, aquarelle et huile sur papier, 1892, Philadelphia Museum of Art) et Au Nouveau Cirque, Papa Chrysanthème (vers 1894-95, vitrail en verres jaspés, imprimés, doublés, colonés, rehaussés de cabochons, plomb, Musée d'Orsay), La loge au mascaron doré (lithographie, 1893, Bibliothèque Nationale de France, département des Estampes et de la Photographie) et La ronde (huile et tempera sur carton, 1893, Museu de Arte de Sāo Paulo), photo d'Yvette Guilbert vers 1890, Yvette Guilbert chantant Linger, Longer, Loo (peinture à l'essence sur carton, 1894, musée d'État des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou), NIB (La Revue Blanche, 1895), Dans le lit (huile sur carton marouflé sur bois parqueté, vers 1892, musée d'Orsay), Danse serpentine par Auguste et Louis Lumière (1899), Miss Loïe Fuller (lithographie au pinceau et au crachis, en cinq couleurs au moins, 1893, Bibliothèque Nationale de France, département des Estampes et de la Photographie), Paris photographié par JJB le 7 octobre 2019

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