Le matin ne pas se raser les antennes

Retour sur mon autoportrait publié vendredi dans Libération, référence à Jean Cocteau, Jean Epstein et F.W. Murnau, trois fées penchées sur mon cerveau. Pourtant le Journal d'un inconnu n'a jamais si bien porté son nom. Comment comprendre qui que ce soit lorsque l'on est un mystère pour soi-même ?

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Vendredi dernier, jour de la sortie de l'album de mon Centenaire, le journal Libération prit soin de transcrire la légende de l'autoportrait paru en tête des trois colonnes que m'a consacrées Jacques Denis : "Le matin ne pas se raser les antennes" est une des nombreuses maximes de Jean Cocteau, la première du chapitre D'une conduite dans le Journal d'un inconnu. Au début des années 2000 je l'avais fait imprimer sur mes cartes de visite en sous-titre d'une photo de tournage de Faust de F.W. Murnau. Claire et Étienne Mineur en avaient d'ailleurs conçu le graphisme, avec la même élégance qui s'étalent sur les 52 pages de mon nouvel album, illustrées par une photo de ma trombine à chaque étape de ma transformation au fil du siècle...

Le choix de ce selfie est évidemment parfaitement adapté à ce projet d'autofiction. Passé la référence à mon système pileux et à la métaphore cocktail, la glace à trois faces (bonjour, cinéma !) réfléchit le même personnage, au fil du rasoir, sous des angles différents, clé de mon travail. Illustrer l'article par une photo qui n'est pas d'aujourd'hui est également un clin d'œil à ce projet que Libération qualifie de rétro-futuriste. Les années 2000 représentent en effet la sixième décennie que j'ai composée pour cette commémoration anticipée, voire d'anticipation. La fenêtre est ouverte sans que l'on sache si elle se situe devant ou derrière moi, or les deux me conviennent, quitte à produire un courant d'air et faire claquer les portes dont j'adore entendre le bruit. Chaque matin je fais donc attention de ne pas sortir du cadre, que ce soit physiquement dans la salle de bain, ou métaphoriquement dans un difficile exercice d'équilibre où morale et libido me servent de balancier. Le soir je ne m'endors jamais sans avoir appris quelque chose de ma journée, et le lendemain matin je me réveille très tôt, frais et dispos, pour m'atteler à ce que la vie réserve de meilleur et de plus surprenant.

Je me souviens que la chemise que je porte sur cette photo fut cousue par la plasticienne Marie-Christine Gayffier pour l'un de mes anniversaires, bien avant le dernier ou l'ultime, détail qui peut sembler anodin sauf si l'on connaît ma coquetterie à porter des vêtements qui sortent de l'ordinaire, réponse colorée à l'univers urbain sinistre et barbant qui nous entoure.

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