Physique contre dématérialisé

Les attachés de presse font des économies de bouts de chandelle en envoyant des pochettes cartonnées plutôt que les albums définitifs. Les maquettes d'enregistrement sont moins convaincantes que les propositions définitives, fussent-elles provisoires. Dans tous les cas il faut donner à rêver...

pochettes
Je ne comprends pas que les labels de musique envoient à la presse leurs nouveautés CD sous pochette cartonnée au lieu du digipack ou du packaging qui sera commercialisé. Si les disques ont encore une petite chance de survivre à la dématérialisation, c'est bien à leur présentation graphique qu'ils le devront. Lorsqu'un journaliste ou un blogueur chronique un album, il a besoin des notes de pochette, des paroles des chansons, du nom des musiciens, etc. Le désir naît de cet ensemble. Je me souviens avoir acheté nombre de vinyles uniquement sur la foi du recto verso 30 centimètres. J'avais trouvé ainsi à leur sortie Electric Storm de White Noise ou le Bonzo Dog Band sans savoir ce que j'allais écouter ! Envoyer un lien vers Internet pour écouter le disque est absurde si l'on espère décrocher un article. J'écoute les disques sur ma chaîne hi-fi, alors que les fichiers mp3 ou wav passent par l'entonnoir des haut-parleurs de mon ordinateur portable. Quant aux films sur DVD ou Blu-Ray, ils perdent en route leurs bonus en plus des informations que contiennent généralement leurs boîtiers. Sans compter l'objet qui me rappelle à lui quand le lien chiffré se perd parmi les centaines de mails reçus chaque jour.

Que justifie alors cette pratique ? Des frais postaux atténués ? Une économie de fabrication tout aussi mineure ? Les raisons me semblent ridicules lorsqu'on sait que, pour la plupart, les ventes sont si dérisoires que le disque est devenu avant tout un objet de communication. Il n'y a vraiment qu'à la fin des concerts que les ventes sont significatives, à condition que l'enregistrement soit fidèle au spectacle auquel on vient d'assister. Envoyer un lien s'explique lorsqu'il s'agit d'inédits exclusivement disponibles sur Internet, comme je le pratique régulièrement sur drame.org. C'est pareil pour les vidéos réclamées aujourd'hui par les programmateurs qui ne croient plus leurs oreilles et ont besoin de voir pour le croire. À l'étranger certains exigent d'ailleurs un support physique pour se décider. Mais s'il s'agit d'objets physiques, seule sa version définitive est véritablement convaincante, permettant éventuellement au chroniqueur de l'attraper par un bout inattendu. Lorsqu'on a mis tant de soin et de passion à produire un disque ou un DVD/Blu-Ray, pourquoi envoyer à ceux ou celles qui en parleront un résumé riquiqui ? C'est dévaloriser son travail et celui de ses collaborateurs.

Dans un autre genre, je ne fais jamais écouter de maquette à un client, essentiellement parce que je suis incapable de mettre tout mon cœur dans quelque chose qui finira à la poubelle. Si le client adore, on est coincé pour la suite ; et si ce n'est pas parfait ses commentaires sont contrariants à juste titre. Je préfère livrer du définitif provisoire, corrigeant gentiment un contresens ou un détail qui ne serait pas à sa place. Évidemment je prends un risque de travailler pour rien, mais ce dans tous les cas ! Alors autant se donner à fond pour être le plus convaincant...

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