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Billet de blog 13 sept. 2017

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Jazz Migration fait mouche

Face à la crise économique et à la baisse des dotations publiques, le soutien à l'émergence est primordial. Jazz Migration œuvre à la valorisation et au développement de jeunes musiciens. Cette année, sur 81 candidatures, 15 finalistes ont été départagés par 80 programmateurs qui ont sélectionné les 4 lauréats : Armel Dupas Trio, Ikui Doki, Novembre, n0x.3 & Linda Oláh...

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L'AJC (Association Jazzé Croisé, ex AFIJMA) publie un CD où figurent les lauréats du concours Jazz Migration #3. Pour cette 3ème édition, les quatre groupes élus sont Armel Dupas Trio, Ikui Doki, Novembre, n0x.3 & Linda Oláh. Comme l'an passé qui avait vu aider Watchdog, le Quatuor Machaut de Quentin Biardeau, Pj5 et Post K, la qualité des musiciens est équivalente à l'inventivité dont ils font preuve.
Depuis 2002 Jazz Migration œuvre à la valorisation et au développement de jeunes musiciens. Sur 81 candidatures, 15 finalistes ont été départagés par 80 programmateurs (issus de scènes nationales et conventionnées, clubs, festivals, centres culturels…) qui ont sélectionné les 4 lauréats. Ceux-ci bénéficieront la première année d'un accompagnement à la fois professionnel et artistique se soldant l'année suivante par une tournée de 80 concerts en France et en Europe. Ce dispositif participe à contrebalancer la frilosité des programmateurs qui ont la fâcheuse tendance à se copier les uns les autres en négligeant les jeunes artistes. "Face à une crise économique des plus importantes, face à la baisse des dotations publiques, face à l’approche de la réforme territoriale, le soutien à l’émergence est primordial et plus urgent qu’avant." De même, la presse spécialisée est souvent très en retard sur l'actualité, préférant mettre en avant les têtes d'affiche vendeuses et les chouchoux de leurs annonceurs. Cimetière et formatage sont deux mamelles que désertent progressivement les lecteurs. Quant à la presse généraliste, elle a perdu presque partout ses rubriques consacrées aux arts innovants ou les a réduites à une peau de chagrin. C'est pourtant en soutenant les nouvelles formes que l'avenir s'enrichira, plutôt qu'en répétant éternellement les mêmes formules à coups de revivals. C'est une des motivations qui m'a poussé à tenir ce blog, d'abord par le partage, ensuite via la transmission. C'est dire si toute initiative de ce type me réjouit, d'autant que la sélection de ceux qui votent est généralement plus audacieuse que leur programmation annuelle !
Lorsque j'ai commencé à jouer du synthétiseur en 1973, personne n'en voulait, pas plus dans le rock que dans le jazz, et la musique contemporaine privilégiait des systèmes très lourds n'offrant aucune mobilité. L'électronique a doucement envahi tous les secteurs musicaux. Les claviers ont enrichi leurs palettes, les pédales d'effets ont été adoptées par d'autres musiciens que les guitaristes, les bidouilleurs ont été conquis par des systèmes modulaires avec de nouvelles interfaces. De même la musique répétitive des minimalistes américains exerce une forte influence chez tous les mélodistes. On le constate ici avec le trio d'Armel Dupas dont le bassiste Kenny Ruby et le batteur Mathieu Penot jouent des synthés, modernisant la pop tendre du pianiste. Ou avec le trio nOx.3 dont le saxophoniste Rémi Fox, le batteur Nicolas Fox, le pianiste Matthieu Naulleau et la chanteuse suédoise Linda Oláh utilisent pads électroniques, Moog et effets spéciaux, immergeant leurs références rock ou jazz dans un tourbillon circulaire recherchant le vertige. Si Novembre, dont j'ai déjà salué ici l'excellence, est un quartet acoustique, il n'empêche qu'ailleurs son saxophoniste Antonin-Tri Hoang s'est récemment mis à l'électronique en assemblant lui-même les modules nécessaires à ses nouvelles idées de composition. Avec le pianiste Romain Clerc-Renaud, le contrebassiste Thibault Cellier et le batteur Elie Duris, le quartet explose les idées reçues sur ce qu'aurait pu devenir le free-jazz. Quant à Ikui Doki, leurs titres My Tailor is Reich ou Debussy l'Africain ne laissent planer aucune ambiguïté sur leur inspiration ! La bassoniste Sophie Bernado est ici remplacée par le saxophoniste ténor Robin Fincker qui, avec la harpiste Rafaëlle Rinaudo et le baryton-clarinette basse Hugues Mayot, rappellent que la musique française s'est toujours enrichie des apports extra-européens.
Si les jeunes musiciens rament comme des fous pour se faire entendre, il est important de souligner que nombreux séniors rencontrent aussi des difficultés pour jouer en public, surtout lorsqu'ils continuent à inventer en s'affranchissant de leur passé ou des chemins balisés ! Il n'existe alors aucun fond de soutien pour lutter contre la frigidité et l'immobilisme des programmateurs victimes des modes et du formatage. Quel que soit l'âge du capitaine, l'embarcation est fragile et il faut redoubler de courage pour affronter la mer d'huile qu'imposent ceux qui craignent les tempêtes et les vaisseaux pirates...

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