Films amateurs perdus de l'Allemagne nazie

Récemment découverts, ces films montrent la manière dont les Allemands voyaient leur pays de 1936 à 1945. Les commentaires passionnants d'historiens et les journaux intimes de soldats et de civils allemands ou celui du Juif Victor Klemperer accompagnent les images bouleversantes jusqu'à la chute du IIIe Reich. Cette brutalité résonne aujourd'hui de façon inquiétante...

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Les 30 et 31 décembre derniers, la BBC Four a diffusé le documentaire en deux parties de Martin Davidson & Nick Watts, Lost Home Movies of Nazi Germany. Récemment découverts, ces films amateurs montrent la manière dont les Allemands voyaient leur pays de 1936 à 1945. Avant la Guerre leur approche est légère, avec ses Jeunesses hitlériennes gaies et ludiques, préparant la militarisation de la nation. La montée de l'antisémitisme est explicite et grotesque, terriblement choquante lorsqu'on connaît la suite de l'Histoire. On suit une division d'infanterie envahissant la France jusqu'à la destruction de Dunkerque. Le front russe est moins réjouissant avec l'Opération Barbarossa. Les commentaires passionnants d'historiens et les journaux intimes de soldats et de civils allemands ou celui du Juif Victor Klemperer accompagnent les images bouleversantes jusqu'à la chute du Troisième Reich.

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Au travers des films exhumés par les générations récentes, se pose la question de ce que savait la population allemande de ce qui se passait en son nom. La première partie intitulée One: Hubris montre comment on en est arrivé là. Hybris, c'est l'orgueil démesuré. Là, c'est la seconde partie, Two: Nemesis, l'hiver surprenant l'armée allemande battant en retraite devant Moscou, les raids alliés bombardant le pays, la découverte des camps d'extermination, loin de la propagande nazie. On apprend que la moitié des Juifs assassinés furent fusillés, face à face avec leurs bourreaux. On suit certains se cachant à Amsterdam à deux pas de la maison d'Anne Frank ou une famille normande profitant de l'été bucolique avant de se retrouver en première ligne après le Débarquement, et l'écroulement des illusions qu'avaient fait naître Hitler et le régime nazi. Nemesis, c'est le châtiment.

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Les images de l'invasion de la France interrogent sur l'aveuglement de notre pays devant ce qui se tramait de l'autre côté de la frontière. Les films tournés par les soldats allemands à Paris sont époustouflants, touristes en uniformes vivant le fantasme joyeux de la ville lumière. Le port de l'étoile jaune est tout aussi révoltant. Mon père, qui avait été en Allemagne de 1933 à 1939, m'avait raconté la montée du nazisme avec des épisodes explicites sur la barbarie qui se tramait. Mon grand-père sera dénoncé et arrêté pour avoir refusé de porter cette étoile de l'infamie. Il finit gazé à Auschwitz. Mon père sauta heureusement du train qui l'emmenait vers les camps de la mort. Côté maternel, ils vécurent l'exode et, réfugiés à Aurillac, entrèrent dans la Résistance. Jamais personne ne fut assez dupe pour arborer l'étoile jaune. L'histoire familiale forgea ma culture politique et m'enseigna le qui-vive sur tous les débordements inquiétants ici ou ailleurs.

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Loin de moi l'idée de comparer le nazisme à la situation actuelle. S'il fit 11 millions de victimes dont 5 ou 6 millions de Juifs, la Seconde Guerre Mondiale en produisit en tout quelques 60 millions. Mais je ne peux m'empêcher de penser aux autres conflits qui suivirent depuis, aux dégâts gigantesques provoqués par le colonialisme et le capitalisme, loin de chez nous, et à l'ultra-libéralisme dont les effets risquent d'être encore plus meurtriers. Alors je m'inquiète sérieusement de la tournure que prennent les choses en France et dans le monde entier. Même si l'on a conscience du glissement de notre pays vers un État policier, il n'y a pas un endroit où se tourner. Presque tous les gouvernements sont aux mains d'une mafia internationale issue du milieu des banques, gangsters en col blanc prêts à détruire la planète pour en enrichir quelques uns toujours plus. Les populations sont anesthésiées par les médias et leurs avantages acquis. Sinon elles se révolteraient. C'est ce que font néanmoins les Gilets Jaunes ou les grévistes contre la réforme des retraites qui n'est qu'un des éléments de ras-le-bol de celles et ceux qui ne veulent pas se voiler la face. Leur souffrance s'exprime. La brutalité de notre gouvernement décidé à casser tous les acquis sociaux et à vendre au privé notre patrimoine devrait pourtant mettre la puce à l'oreille du plus grand nombre. Une grève générale pourrait éviter le pire en chassant les imposteurs qui ont pris "démocratiquement" le pouvoir. Mais non, on n'apprend rien de l'Histoire. On s'accroche à son petit confort, physique et moral. J'espère que les cyniques qui nous gouvernent passeront un jour en jugement. Mais la majorité de la population attend toujours la catastrophe pour retourner sa veste. Il est plus facile d'avoir bonne conscience a posteriori...

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