radio-gatine
Sur Radio Gâtine, radio associative en Poitou-Charentes, Olivier Degorce m'interroge sur mon parcours musical atypique. Ces soixante minutes sont ponctuées d'extraits musicaux de quelques disques que j'ai enregistrés entre 1975 et 2017. Le besoin de résumer 45 ans d'activité en une heure m'oblige à un débit incroyable, comme si j'avais sniffé de la cocaïne. Dans sa présentation, Amandine Geers écrit : "Attachez vos ceintures (ou pas) ! Les Fans de Radis vous emmène en voyage dans l'univers de Jean-Jacques Birgé. Prêts au décollage ?" Voilà certainement une émission à réaction ! Le fait d'avoir rencontré Olivier à Londres lors de l'ouverture de l'exposition Voyage dans le paysage électronique français, dans un contexte éminemment techno, oriente ma façon de raconter une histoire qui aurait pu prendre d'autres voies, un autre ton, alimentée d'autres anecdotes, voire même ne plus y ressembler du tout tant ma suractivité ressemble à une schizophrénie créative.

Cette idée de la schizophrénie pour un artiste polymorphe n'avait pas du tout plu à François Bon alors que je l'évoquais comme un compliment à son propos. Maldonne et quiproquos. Je tentais de définir l'ubiquité unifiée où les différentes personnalités du pseudo schizophrène seraient des décalcomanies les unes des autres. Une sorte de dieu indien, Shiva ou Kali ? Shiva a quatre bras, Kali huit. L'une et l'autre revendiquent la préservation et la transformation, mais Shiva est le créateur, dissimulateur et révélateur tandis que Kali, dans son ombre, détruit le mal et l'ignorance. Je n'y connais rien, donc j'écris certainement des bêtises, la multiplication des bras ayant pour moi plus à voir avec Tex Avery qu'avec l'hindouisme. Il n'empêche que l'écrivain, qui m'avait encouragé lors de mon premier roman sur publie.net, l'avait tellement mal pris que je me suis longtemps demandé si je n'avais pas appuyé sur un endroit douloureux sans le savoir. J'eus beau m'excuser et m'expliquer, rien n'y fit. À mon grand dam.

J'adore faire plusieurs choses à la fois comme j'aime les esprits vifs, les ellipses, les montage cut et la dialectique. L'émission d'Olivier Degorce est donc un marathon compressé, une sorte de nouveau réalisme musical entre Tinguely, Spoerri, Arman et César. Bricolage, ready-made, accumulation, compression. J'y aborde surtout mon travail musical, mais également le cinématographe, le multimédia, l'écriture. En réécoutant notre entretien je comprends aussi que mon incisive manquante en attente d'implant me pousse à un forcing exténuant. En septembre prochain il aura fallu un an avant de retrouver mon élocution naturelle !

N.B.: L'émission de juin en question sur SoundCloud
P.S.: ce sont les deux photos d'Olivier Degorce qui illustrent ma page FaceBook !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.