A Scanner Darkly

Philip K. Dick est de plus en plus lu et adulé. En France, on le doit beaucoup à sa traductrice, Hélène Collon...A Scanner Darkly est tout à fait le genre de film à qui l'édition DVD profite parce qu'elle s'accompagne de bonus éclairant les zones obscures. Le scénario est quelque peu flottant et la technique d'animation en rotoscopie demande quelques explications...

Philip K. Dick est de plus en plus lu et adulé. En France, on le doit beaucoup à sa traductrice, Hélène Collon. De 1994 à 2000 elle coordonne la re-traduction de l'intégrale des nouvelles (ed. Denoël) avec Jacques Chambon, traduit la biographie due à Lawrence Sutin, puis Invasions divines et Dernière conversation avant les étoiles(ed. l'Éclat). Elle avait déjà dirigé l'ouvrage collectif Regards sur Philip K. Dick - Le Kalédickoscope (ed. Encrage, Grand Prix de l'Imaginaire du meilleur essai, réédition Encrages/Belles Lettres). En 2013, elle livre l'inédit en français Ô Nation sans pudeur (ed. J'ai lu/Nouveaux Millénaires) et en 2016-2017 l'énorme Exégèse (même éditeur, de nouveau Grand Prix de l'Imaginaire !) qui lui aura pris cinq ans. Elle s'attaque aujourd'hui à une nouvelle traduction d'Ubik. À l'été 2008, j'avais écrit un petit article sur le film de Richard Linklater.

A Scanner Darkly - Richard Linklater - Trailer © InstantZero
Article du 12 août 2008

A Scanner Darkly (2006) est tout à fait le genre de film à qui l'édition DVD profite parce qu'elle s'accompagne de bonus éclairant les zones obscures. Le scénario inspiré par une œuvre de Philip K. Dick est quelque peu flottant et la technique d'animation en rotoscopie demande quelques explications. Il a fallu dix-huit mois pour traiter numériquement les plans tournés avec Keanu Reeves, Robert Downey Jr, Woody Harrelson, Rory Cochrane et Wynona Ryder. Les images ont été retravaillées une à une comme Richard Linklater l'avait déjà réalisé pour Waking Life cinq ans auparavant. Le côté bande dessinée gauchit suffisamment la réalité pour nous faire basculer dans la posture instable où la drogue noie les protagonistes, un univers de cauchemar où la paranoïa est le maître mot et la vidéo-surveillance le mètre mal. Les délires verbaux des acteurs donne le vertige plus que leurs hallucinations quasi comiques, nous plongeant dans un coma où la schizophrénie et la perte de repères réfléchissent l'expérience vécue par le génial auteur de science-fiction dont Blade Runner, Screamers, Total Recall, Confessions d'un barjo, Minority Report, Paycheck, Next sont les adaptations déjà portées à l'écran [Depuis, il y eut d'autres films et des séries télé comme The Man in the High Castle et Philip K. Dick's Electric Dreams]. Une interview de 1977 de K.Dick lui-même montre le climat de suspicion de l'époque Nixon et la paranoïa qu'elle engendra, ajoutée aux difficultés que l'auteur rencontra avec l'acide (LSD). "Seul, abandonné par sa femme, l'auteur ouvre sa maison à tous les drogués, hippies ou junkies de passage. Plus une journée ne passe sans qu'il se drogue, ce qui provoque chez lui de longues périodes de délire. Cette expérience le pousse à écrire Substance mort, écrit en 1975, publié en 1977" (Wikipédia). On l'entend également lire des passages de son livre... Le générique de fin égrène la longue liste de ses amis, décédés ou perdus dans les limbes de la psychose et de la maladie. Sa fille, dont le parrain n'était autre que Timothy Leary, participe également aux commentaires de cette comédie noire.

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