Les Baras par Sun Sun Yip

14 juillet 2017... Les relations de bon voisinage créent des liens, ici entre un peintre chinois et des travailleurs africains sans papiers français. Révolté par leur expulsion du 29 juin, l'artiste a choisi de faire tirer trois grandes affiches à partir des portraits à l'huile qu'il a réalisés. Les tableaux présentent le même visage rayonnant avec une dominante successivement bleu, blanc, rouge !

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Les relations de bon voisinage créent des liens, ici entre un peintre chinois et des travailleurs africains sans papiers français. Chinois de Hong Kong, Sun Sun Yip a récemment acquis la nationalité française après 25 ans de résidence parisienne. Travailleurs africains chassés de Libye par la guerre que notre pays y déchaîna, les Baras squattaient un bâtiment inoccupé de la rue René Alazard à Bagnolet avant d'être scandaleusement expulsés par le Préfet de Seine-Saint-Denis, ancien du cabinet d'Estrosi, à la demande des frères Fuchs qui ont racheté l'ancien local de l'ANPE à Natixis. Révolté par cette expulsion du 29 juin dernier, l'artiste chinois choisit de faire tirer trois grandes affiches à partir des portraits à l'huile qu'il a réalisés. Les tableaux présentent le même visage rayonnant et déterminé avec une dominante successivement bleu, blanc, rouge ! Trois affiches de 80x120cm collées sur les parpaings obstruant l’entrée du 72 où vécurent les 200 Baras. Ils gardent un sourire incroyable malgré les misères qui les accablent, réfugiés pour l'instant sous le pont de l'échangeur de Gallieni avec l'interdiction absolue de monter une tente. Après deux semaines où la pluie diluvienne succéda à la canicule, la Mairie de Bagnolet désobéit en leur installant des toilettes et un point d'eau, mais une nouvelle expulsion est à craindre. Les Baras considèrent avec justesse la France responsable de leur situation impossible, conséquence de la colonisation et de la guerre à Khadafi. Ils ne souhaitent qu'une chose, être régularisés pour travailler enfin avec un salaire décent qui leur permette de payer un loyer comme tout un chacun. Le refus qui leur est opposé, alors qu'ils sont sur le territoire depuis plus de cinq ans, ne sert qu'aux employeurs sans scrupules qui les exploitent. Sun Sun Yip a payé de sa poche les grands tirages au risque qu'ils soient arrachés par les nervis qui ont muré le bâtiment évacué. En ce 14 juillet, ils sont pourtant l'étendard dont tous les riverains solidaires peuvent s'enorgueillir, afin que le drapeau français soit autre chose qu'un suaire sur l'autel de l'exploitation de l'homme par l'homme.

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