Du secret de l'accord imparfait

Aujourd'hui pas question d'écrire. Des piles de livres me tendent les bras. Je m'approche. Il y a de tout. Romans, pièces de théâtre, poésie, encyclopédies, journaux, magazines, lettres, courriels, tracts débordent de mes boîtes aux lettres et de mes étagères. Le survol des commentaires de mes récents billets polémiques me consterne. Rapidement ils ne se réfèrent plus à mes interrogations et tournent à une empoignade d'egos qui n'a plus grand chose à voir avec ce que je tentais d'approcher. Chacun et chacune lancent des affirmations péremptoires ou comminatoires après avoir lu en diagonale des phrases tapées à la va-vite, sans se relire. Le dialogue de sourds n'accouche que d'insultes et de sous-entendus pernicieux. Les commentaires sont jetés à la figure sans prendre le temps de la réflexion qu'impose la rédaction d'un billet.

Osons une comparaison. Dans un couple tenter de changer l'autre est peine perdue. Le travail consiste au contraire à l'accepter. Dans le premier cas on demande à l'autre un travail impossible, l'épreuve faisant fi de la névrose de chacun ; dans le second c'est à soi de bosser puisque que c'est soi qui exprime ce désir, parfois une souffrance, toujours une incompatibilité... Du moins à première vue. Dans les joutes oratoires la mauvaise foi est de mise, mais seulement à condition qu'elle porte ses effets. Lors d'un conflit on peut choisir de mentir : admettre que l'on a tort en sachant paradoxalement que la raison est avec soi. On évite ainsi quelques jours de tristesse qui de toute façon aboutiront au même résultat. Jouissez donc des différents au lieu d'encenser la sympathie. On n'obtient jamais d'accord dans le conflit, mais dans son dépassement.

Mieux vaut aller se promener, laisser reposer la colère, oublier ses rancœurs. On sait très bien qui sont ses amis, où l'amour fleurit. Ne vous inquiétez pas pour nous, ce n'est pas de circonstance. Il fait beau. Tout le monde se repose à la maison. Le chat a fini par s'enrouler sur lui-même, les pattes lui servant de volets. Il règne un doux parfum de vacances. Je ne voulais rien écrire. La rue du liseur m'a inspiré ces mots d'apaisement. Je m'étends sur le divan. Pour lire. Et je respire. Et le meilleur.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.