Violeta et El Sistema, la liberté par la musique

Violeta.jpgEl-Sistema.jpg
Dans des registres très différents, ces deux films montrent comment la musique peut participer à combattre la pauvreté, pas seulement économique et sociale, mais aussi celle de l'esprit, car l'intolérance et la barbarie naissent toujours de l'inculture.


Violeta Parra était la fille d'un prof alcoolique et d'une paysanne Mapuche. Artiste totalement autodidacte, elle hérita de la guitare de son père et de la couture de sa mère pour devenir l'ambassadrice culturelle de son pays en réinventant la musique folk chilienne après avoir pratiqué le collectage auprès des anciens. Partie en Europe avec ses enfants Isabel et Angel, elle chantera ses odes à la vie, exposera ses tapisseries à Paris au Pavillon de Marsan et ses tableaux au Musée des Arts Décoratifs. Gracias a la vida fut d'ailleurs repris par Joan Baez, U2, Colette Magny, Maria Farandouri et tant d'autres... Ses origines extrêmement modestes lui firent prendre tôt conscience de la lutte des classes, mais sa fragilité sentimentale la poussa au suicide en 1967 lorsqu'elle atteint cinquante ans. En filmant le biopic Violeta se fue a los cielos avec la remarquable Francesca Gavilan dans le rôle de Violeta, le réalisateur Andrés Wood montre son désir de partager son art malgré l'adversité, mais aussi son intransigeance qui la pousse à la rupture. Le montage confond sans cesse les époques de sa vie pour justifier ses mouvements impulsifs, tant créatifs que destructeurs. À un journaliste qui lui demande quel conseil donner aux jeunes artistes, elle répond "écrire comme ils le sentent, utiliser leurs propres rythmes, essayer plusieurs instruments et détruire la métrique, crier au lieu de chanter, souffler la guitare et gratter la trompette, haïr les maths et viser le chaos." (DVD Blaq out, sortie le 2 juillet)

Ce ne sont pas tout à fait les mêmes conseils que prodigue José Antonio Abreu aux enfants issus des milieux socio-économiques vénézuéliens défavorisés. En 1975, l'économiste et musicien fonde El Sistema, un réseau national d'orchestres d'enfants voué à la musique classique qui donnera naissance à 125 orchestres pour la jeunesse et 30 orchestres symphoniques au travers de son pays. Plus de 300 000 enfants y fréquentent aujourd'hui ses écoles de musique plutôt que traîner dans la rue en butte à la délinquance et à la criminalité. Le programme en espère un million d'ici dix ans. Aux fusillades inter-gangs répondent les archets, les bois, les cuivres er les percussions. Ce n'est pas un hasard si El Sistema naquit au Venezuela et Hugo Chávez le favorisa évidemment considérablement pendant son mandat présidentiel. L'initiation commence dès deux ans avec l'orchestre de papier où les gamins apprennent les mouvements sur du carton-pâte, ils chantent aussi, mais très vite se retrouvent avec de véritables instruments entre les mains, apprenant d'abord à "vivre la musique, ensuite la technique vient toute seule." Le progrès social dont bénéficie toute cette jeunesse lui donne une énergie incroyable, révélant des interprétations quasi instinctives où la joie explose à chaque mesure. L'Orchestre symphonique des jeunes Simón Bolívar dirigé par Gustavo Dudamel swingue comme le meilleur des big bands de jazz. Paul Smaczny et Maria Stodtmeier ont su filmer cette aventure exceptionnelle conférant au Venezuela un statut de puissance mondiale dont le pouvoir est celui de la sensibilité, la musique favorisant la solidarité et le travail d'équipe. Tous ne deviendront pas musiciens, mais ils échapperont à la misère pour avoir eu accès au savoir (DVD EuroArts)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.