Vol pour Sidney (retour)

Écoutant cet hommage collectif à Sidney Bechet, je retombe en enfance. Sur ses genoux je soufflais dans son soprano. J'avais cinq ans. Aujourd'hui ma fille Elsa ouvre ce nouvel album du label nato avec Petite fleur composé l'année de ma naissance et accompagnée par Ursus Minor. Ils sont aussi une vingtaine de musiciens/ciennes à l'interpréter à leur manière...

sidney
Il n'y a bien qu'en musique que l'on peut s'envoler aujourd'hui pour où que ce soit ! Pour moi, Vol pour Sidney (aller) et (retour) est un des plus émouvants voyages dans le passé, comme j'en ai pris l'habitude au bord du Chronatoscaphe lorsqu'en 2005 Jean Rochard m'offrit d'écrire et enregistrer tous les interludes des 3 CD qui accompagnaient le vingtième anniversaire du label nato avec comme interprètes Nathalie Richard et Laurent Poitreneaux.

En 2015 j'avais évoqué la réédition du Vol (aller) et raconté mes souvenirs sur les genoux de Sidney Bechet. J'ignore combien sont encore vivants qui l'ont connu et encore moins qu'il a laissé souffler dans son soprano ! Au delà du fait qu'il représente mon plus vieux souvenir musical et l'un des plus anciens de mon enfance, ce (retour) - 28 ans après le disque (aller) - s'ouvre avec Petite fleur composé l'année de ma naissance, chanté par ma fille Elsa accompagnée par Ursus Minor, à mes yeux et mes oreilles comme la résolution de toute ma vie de musicien (extrait en écoute sur le site des Allumés du Jazz !!!).

En 1996 Elsa ouvrait déjà Buenaventura Durruti, un autre album collectif produit par Jean Rochard, dans lequel elle chantait ¡ Vivan las utopias ! écrit par Bernard Vitet et moi-même. Le saxophoniste baryton et soprano François Corneloup était déjà de l'aventure, comme de celle des Chroniques de résistance où Elsa chantait sept chansons bouleversantes dont la Valse macabre (à Germaine Tillion) pour laquelle j'écrivis les paroles...

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J'écoute le nouvel album tandis que je retombe en enfance, enfance de l'art, enfance du jazz qui de la Nouvelle Orléans à Paris fait d'inédites escales à New York, Treignac, Meudon, Aix-en-Provence, Sarasota, Créteil et Detroit, sautant de siècle en siècle comme on joue aux puces. J'imagine Sidney, jovial et hilare, écoutant ces réinterprétations de morceaux qu'il a "écrits" ou que Duke Ellington et John Coltrane ont composés en son hommage. Dans ce vaisseau spatial les musiciens et musiciennes invité/e/s traversent les époques par des trous noirs qui communiquent avec notre temps arrêté ou ralenti sans que personne ne le soit. Matt Wilson Quartet, Hymn For Her, Sylvaine Hélary "Glowing Life", Ursus Minor, et en ordre dispersé Nathan Hanson, Catherine Delaunay (qui la première avait eu la sagesse de prendre un billet de retour), Donald Washington, Guillaume Séguron, Don Brian Roessler, Davu Seru, John Dikeman, Simon Goubert, Sophia Domancich, Robin Fincker et forcément Tony Hymas, Grego Simmons, Stockley Williams, Jeff Lederer, Kirk Knuffke, Chris Lightcap, Lucy Tight, Wayne Waxing, Antonin Rayon, Benjamin Glibert, Christophe Lavergne swinguent donc avec passion les blues et morceaux haïtiens, les mélodies ou leurs déconstructions. Les illustrations du beau livret, contenant également photos et témoignages, sont du tout aussi talentueux Johan de Moor, fils de Bob et père de La vache. C'est bientôt l'été et le disque entier est une petite fleur !

Vol pour Sidney (retour), CD collectif, nato, dist. L'autre distribution, sortie le 19 juin 2020

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