Eve Risser après un rêve

Sur un piano droit qu'elle a "préparé", Eve Risser se souvient d'un rêve, comme si elle était dans un état second, entre chien et loup. Est-elle inspirée par l'Afrique comme Cage à son époque ou/et peut-être par le souvenir d'un amour que l'action de jouer saurait dissiper, laissant souvent croire aux musiciens que la musique sublime les peines et amplifie le bonheur ?

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J'ai souvent raconté comme j'apprécie particulièrement le piano préparé depuis que j'ai découvert les Sonates et Interludes de John Cage et le disque de François Tusques au Chant du Monde. Son 33 tours faisait partie d'un lot de la collection Spécial instrumental ainsi que des livres des Éditions Sociales, le tout correspondant à mon salaire pour avoir sonorisé la Fête du Livre Marxiste en 1975 ! Ces dernières années de plus en plus de pianistes ont transformé leur instrument en orchestre de gamelan en insérant toutes sortes d'objets dans les cordes, tous avec talent, mais il est rare que ce soit sur un piano droit. Eve Risser ne recule devant aucun obstacle pour que ses rêves deviennent réalité. J'ignore quelles préparations elle utilise, chacun, chacune a ses petits secrets, mais je me souviens qu'en 2014 elle avait fixé des petits aimants sur les cordes de mon U3 lorsque nous avions enregistré Game Bling en trio avec Joce Mienniel.

Si elle intitule Après un rêve sa pièce solo qui est aussi le titre de son nouvel album, l'a-t-elle composée encore allongée dans son lit, dans cet état semi-comateux où le rêve risque de s'évanouir si l'on bouge ne serait-ce qu'un petit peu ? Sur la scène du FGO Barbara où elle enregistré ces 24 minutes en public, ses bras et ses jambes sont forcément présentes, dans le rythme soutenu qu'elle communique à nos propres membres, mais sa tête semble encore dans les étoiles, emportée par le lyrisme d'un nouveau romantisme. Est-il inspiré par l'Afrique comme Cage à son époque ou/et peut-être par le souvenir d'un amour que l'action de jouer saurait dissiper, laissant croire aux musiciens que la musique sublime les peines et amplifie le bonheur ? J'ai rédigé ma petite chronique avant de découvrir le poème de Romain Bussine qu'avait mis en musique Gabriel Fauré et que la pianiste reproduit à l'intérieur de la pochette. C'est bien ça ! Ça ? Lorsque j'écris ça je pense toujours au pôle pulsionnel de l'inconscient régi par le seul principe du plaisir. Sinon je préfère taper cela et je réserve ça au langage parlé. C'est bien, ça !

→ Eve Risser, Après un rêve, CD clean feed, dist. Orkhêstra, 16,50€

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