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Billet de blog 18 janv. 2022

Boulevard Gaston Birgé

En regardant les nouvelles plaques de rue commémorant la mort de mon grand-père je suis particulièrement ému parce que Papa n'a jamais su que son père était comme lui dans la Résistance, à un niveau probablement plus important. Il a toujours cru que son père avait été dupe de Pétain qui avait déclaré qu'il protégerait tous les juifs de France...

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Je ne suis pas retourné à Angers depuis 1984. Il y a trente-huit ans, Un Drame Musical Instantané y avait accompagné La Passion de Jeanne d'Arc pour le Festival Musique et Cinéma et nous avions choisi de traiter le chef d'œuvre de Dreyer comme un film de résistance. Elsa n'était pas née et mon père était encore vivant. En regardant les nouvelles plaques de rue commémorant la mort de mon grand-père je suis particulièrement ému parce que Papa n'a jamais su que son père était comme lui dans la Résistance, à un niveau probablement plus important. Il a toujours cru que son père avait été dupe de Pétain qui avait déclaré qu'il protégerait tous les juifs de France. Depuis, grâce à mes articles et aux archives familiales, j'ai appris qu'il avait été dénoncé pour avoir refusé de porter l'étoile jaune, mais aussi ses faits d'armes que lui permettait son statut de directeur de l'usine d'électricité. J'ignore qui sait quoi, et probablement des détails m'échappent encore. Les premières plaques ne stipulaient rien. Les suivantes ajoutaient qu'il était "mort pour la France". Je pensais que c'était plus classe de dire cela plutôt qu'un pauvre youpin de notable angevin avait été déporté et gazé à Auschwitz. Et puis les témoignages se sont accumulés depuis la mort de mon père début 1988...


Sur les plaques le mot "résistant" a été ajouté. Aux dernières il manque tout de même l'accent aigu, probablement un copié-collé d'un ordinateur qui ignore les subtilités de la langue française. Je suis particulièrement ému à cause du quiproquo paternel révélé si tardivement. Pour une fois je voudrais réveiller mon père pour lui dire, mais je doute que ses cendres dispersées aux quatre vents en ait un cinquième. Il était fier que ce soit un boulevard, même s'il abritait les usines Thomson et les ceintures L'Aiglon. Je porte Gaston en second prénom derrière Jean-Jacques. Il marque ma génération, alors que Gaston n'est plus le sobriquet des garçons de café de mon enfance, ni le sympathique personnage de Franquin. Que Gaston ait été un résistant, et Jean, son fils, expliquent peut-être mon sentiment de révolte devant les injustices de ce monde et mon engagement contre toutes les formes d'oppression des peuples, tant dans leurs généralités que dans leurs particularités individuelles.

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