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Billet de blog 18 févr. 2019

Fiesta Grafica à la Maison de l'Amérique Latine

La magnifique exposition d'affiches d'Amérique latine rassemblées par Michel Bouvet et Daniel Lefort réfléchit l'engagement politique de nombreux graphistes qui n'ont pas perdu leur sens de l'humour pour autant. Cette fête graphique explose de couleurs vives, pleines d'espoir...

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Michel Bouvet saute de continent en continent à la recherche de graphistes qui partagent sa passion pour l'affiche. En novembre dernier il présentait à la Galerie Roi Doré à Paris Pologne, une révolution graphique dans le cadre du Mois du Graphisme qui s'était tenu à Échirolles. J'y croisai Michal Batory pour qui j'avais réalisé en 2000 le son de l'exposition Le Siècle Métro à la Maison de la RATP. Jeudi je retrouvais le graphiste polonais au vernissage de Fiesta Grafica à la Maison de l'Amérique Latine où je rencontrai également Étienne Robial. Plutôt qu'évoquer L'enragé, Futuropolis, Canal+ ou l'école Penninghen où il enseigne avec Michel Bouvet, nous échangeons maintes anecdotes sur mon camarade Bernard Vitet dont il avait acheté la maison dans le XVème arrondissement.

La nouvelle exposition de mon cousin est resplendissante. [ Nos mamans sont cousines germaines, mais nous avons découvert tardivement notre filiation alors que nous travaillions l'un et l'autre pour les Rencontres d'Arles de la Photographie. Michel en était le graphiste et l'affichiste, j'assumais le rôle de directeur musical des Soirées, sans que nous ayons fait le lien. Pourtant j'avais souvent entendu parler des Bouvet. Gérald, son grand-père, qui était donc le frère du mien, Roland, était inspecteur général de français ; il avait un jour rendu visite à ma classe alors que j'étais en 5e au Lycée Claude Bernard, j'en étais très fier et le prof ne mouftait pas ! Habitant alors Boulogne-Billancourt où il n'y avait aucun lycée, j'y étais rentré grâce à ses parents, Maryse et Maurice, tous deux professeurs de lettres, d'ailleurs présents jeudi. Aucun autre contact. Lui comme moi ne sommes pas très "famille", et en figurons probablement les deux moutons noirs, artistes à la fois iconoclastes et inconophiles ! ]

Côté images, vous serez comblés avec l'exposition Fiesta Grafica, sous-titrée Michel Bouvet & ses amis d'Amérique Latine. Il y a longtemps que Michel s'est entiché des Amériques, Sud et Nord. Sur les murs-cimaises vivement colorés sont accrochées les œuvres de nombreux artistes d'un continent dont les affiches ont toujours été hautes en couleurs, et fondamentalement liées à son histoire et à la politique. Autant dire qu'il y a de l'agit prop en pagaille, assumée avec une bonne dose d'humour.

La Brésilienne Bebel Abreu développe une poésie légère où flotte un joyeux érotisme ; le Mexicain Jorge (Dr.) Alderete est plus trash voire rock 'n roll, comme le collectif uruguayen Atolón de Mororoa il pratique la dérision ; chez un autre Mexicain, Benito Cabañas, on retrouve l'alliance entre la fête et la mort propre à leur pays ; le collectif argentin Gráfico Onaire fait référence au jaguar guarani avec des touches psychédéliques et Theo Constantin joue sur les contrastes du noir et blanc ; les affiches de la cubaine Idania del Río rappellent la bande dessinée ; le duo argentin El Fantasma de Heredia pratique un humour engagé corrosif ; le Brésilien Kiko Farkas travaille souvent pour des concerts ; la Colombienne Marta Granados est toute en figures géométriques ; l'Argentin Diego (Mono) Grinbaum fait du Brandalism en taguant ses photos de commande ; la Péruvienne Natalia Iguiñiz Boggio et le Brésilien Rico Lins jouent avec les typos, l'Équatorien Pablo Iturralde sur les contrastes, le Mexicain Germán Montalvo sur les déchirures, son compatriote Alejandro Magallanes est branché par les masques et la Paraguyenne Celeste Prieto par la musique ; la Cubaine Giselle Monzón travaille la sérigraphie... Pour finir, Michel Bouvet expose ses propres œuvres, petits et grands formats, une très belle rétrospective doublée d'une généreuse découverte d'affichistes, hommes et femmes, souvent jeunes, qu'il invite, promeut et défend depuis longtemps. Le sous-sol spacieux de la Maison de l'Amérique Latine abrite cette explosion de couleurs et de revendications tant artistiques que politiques, une véritable fête graphique.

→ catalogue Pologne, une révolution graphique, Michel Bouvet et Diego Zacharia, Éd. du Limonaire, 20€
→ catalogue Fiesta Grafica, Michel Bouvet & ses amis d'Amérique Latine, Michel Bouvet et Daniel Lefort, Éd. du Limonaire, 25€
→ exposition Fiesta Grafica, Michel Bouvet & ses amis d'Amérique Latine, Maison de l'Amérique Latine, jusqu'au 7 mai 2019

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