Baroque Jazz Trio

Baroque Jazz Trio, son nom aurait du me mettre la puce à l'oreille. Encore eut-il fallu que je l'entende, ce nom ! Car en 1970 j'étais plongé dans le rock que je venais de découvrir grâce à Frank Zappa, Captain Beefheart, Pink Floyd et Soft Machine. J'avais bien eu la révélation du free jazz au Festival d'Amougies, mais de là à acheter un disque de jazz français il y avait encore loin...

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Baroque Jazz Trio, son nom aurait du me mettre la puce à l'oreille. Encore eut-il fallu que je l'entende, ce nom ! Car en 1970 j'étais plongé dans le rock que je venais de découvrir grâce à Frank Zappa, Captain Beefheart, Pink Floyd et Soft Machine. Un an plus tôt j'avais bien eu la révélation du free jazz au Festival d'Amougies, mais de là à acheter un disque de jazz français il y avait encore loin, du moins quelques mois qui me séparaient du No, no, but it may be du Unit à Châteauvallon. Le Souffle Continu réitère ses œuvres de salut public, soit la réédition de vinyles méconnus ou disparus, en l'occurrence deux vinyles, un 33 tours 30 cm et un 45 tours 17 cm du trio formé par le percussionniste Philippe Combelle, le claveciniste Georges Alexandre (dit Georges Rabol) et le violoncelliste Jean-Charles Capon, et paru initialement sur Saravah, le label de Pierre Barouh.

Baroque Jazz Trio - Chandigardh © Jerkicus
Dès le premier morceau du 30 centimètres, se fait sentir l'influence de l'Inde que j'avais découverte grâce aux Beatles (j'avais un petit faible pour George Harrison qui s'était mis au sitar et avec qui j'aurai la chance de jouer en 1971) et aux Rolling Stones (leur album, dit "expérimental", Their Satanic Majesties Request est mon préféré). Le rock convient bien à la raideur du clavecin (instrument sans nuances et donc d'une rare franchise, comme par exemple dans le sublime concerto de de Falla) et je connaissais le talent de Capon pour l'avoir entendu sur la Lettre à Monsieur le Chef de gare de Latour-de-Carol de Brigitte Fontaine parue la même année. J'avais croisé Georges Rabol dans le magasin où j'achetais mes synthétiseurs, mais je ne connaissais pas sa musique. Quant à Philippe Combelle, j'avais surtout entendu parler de son père, Alix, par mon camarade Bernard Vitet. Capon et Rabol ont hélas disparu, mais la musique pop inventive du trio leur survit pour notre épatement. Sur la seconde face il n'y a rien d'étonnant à retrouver le flûtiste Michel Roques qui avait déjà enregistré avec Capon. Ce BJT complète d'ailleurs parfaitement les deux vinyles récents déjà publiés par Le Souffle. Au "piano basse batterie", qui ne m'a jamais totalement emballé s'il ne faisait pas partie de ses instigateurs d'outre-atlantique, se substitue un "clavecin violoncelle percussion" qui s'en démarque, proche à la fois de la musique classique française, de la pop anglaise et des musiques traditionnelles extra-européennes. Il y a un petit côté Swinging London qui me plaît sans que je sache l'identifier exactement, mais il est certain que les rythmes binaires échappent à la caricature. Le 45 tours est légèrement plus free, que ce soit sur Orientasie de Capon ou sur le Largo de Haendel à qui ils font subir d'étranges outrages.

En tout cas si vous aimez la pop instrumentale, ces deux vinyles vous raviront. Ils représentent parfaitement cette époque où nous rêvions de construire un monde meilleur, que ce soit de paix et d'amour ou pour la révolution !

→ Baroque Jazz Trio, BJT, LP Le Souffle Continu, 20€
→ Baroque Jazz Trio, Orientasie / Largo, EP Le Souffle Continu, 9€
les deux, 26€

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