Game of Thrones en Syrie

La guerre au Moyen Orient est économique, comme le fut la première guerre mondiale. Les populations locales paient le prix de cette bagarre pour les hydrocarbures, gazoducs et oléoducs, pendant que les puissants attendent que la situation pourrisse pour ramasser les marchés et s'engraisser sur la reconstruction. Rien ne sert de dénoncer tel ou tel protagoniste, il faut arrêter la guerre...

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En lisant les appels pour Alep provenant de camarades avec qui je partage souvent quantité points de vue sur la géopolitique, je n'ai pu m'empêcher de douter des informations délivrées parce qu'elles venaient essentiellement de quotidiens comme Libération (j'ai cherché les bios de ses deux principaux actionnaires Bruno Ledoux et Patrick Drahi sur Wikipédia, site conspirationniste mondialement connu, et je n'en croyais pas mes yeux !) et Le Monde (là c'est Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, c'est un peu moins énorme, mais ça vaut son pesant de cacahuètes), tombés aux mains de milliardaires et banquiers associés. Les chaînes de télévision étaient BFMTV et France Infos, ce qui revenait à peu près au même quant à leur fiabilité. Après avoir lu récemment Crépuscule de l'Histoire (la fin du roman national ?) de l'historien israélien Shlomo Sand, il était facile de comprendre que chaque État s'invente une histoire qui justifie ses actes, manipule l'opinion pour ne pas avoir à en rendre compte et s'en sert de plus pour éviter les questions embarrassantes. Dès que l'on met en doute la version officielle de notre pays nous sommes taxés de conspirationnisme, un terme inventé par les Américains pour faire taire les critiques au moment de la guerre du Vietnam. Pour comprendre ce qui se passe où que ce soit, le seul moyen logique est d'écouter ce que revendiquent toutes les forces en présence, car chaque gouvernement protège ses intérêts économiques en falsifiant la réalité. Vous remarquerez qu'en général seuls des faits nous sont livrés, mais pratiquement jamais les causes et les enjeux. Il est indispensable que nous acquiescions sans poser de questions, manière aussi de rendre notre cerveau disponible aux vendeurs de lessive et de Coca-Cola. Pour avoir vécu des expériences professionnelles en Algérie (1993), en Afrique du Sud avant et après Mandela, à Sarajevo pendant le siège, au Liban, etc. j'ai pu apprécier le grand écart entre ce que les médias racontaient ici et la réalité sur le terrain. J'ai même été témoin d'une falsification énorme de l'Histoire que l'on m'interdit de révéler de manière convaincante ! J'ai cru longtemps qu'avoir un regard distancié sur l'Histoire permettait d'éviter cet enfumage que l'actualité nous sert religieusement. Je me trompais, l'Histoire est seulement le résumé des actualités d'alors, aux mains de ceux qui détiennent le pouvoir, que ce soient les vainqueurs ou ceux qui savaient écrire. Ainsi, en voyant s'exciter la Toile autour des massacres à Alep, j'eus le sentiment que mes camarades se fourvoyaient comme jadis avec Solidarność, les charniers de Timisoara, les armes de destructions massives en Irak, la dictature de Khadafi, le Dalaï Lama, Je suis Charlie, etc. Cette liste doit déjà en faire bondir plus d'un ou une, et je pourrais détailler ultérieurement si besoin... Passé le fait que charger Poutine et ne voir en Castro qu'un dictateur permet de descendre Mélenchon en hausse dans les sondages, tout sondage qui de mon point de vue devrait d'ailleurs être interdit pour être systématiquement anti-démocratique. Je cherchai donc des informations venant des diverses forces en présence en Syrie. Les réseaux sociaux sont une source très riche, pas moins fiable que les journaux aux mains de professionnels qui ont montré par le passé qu'ils ne vérifiaient pas souvent les informations qu'ils divulguaient (depuis des faits divers comme l'affaire Grégory, Outreau, la fausse agression de Marie L. dans le RER jusqu'aux images envoyées d'Alep alors qu'il n'y avait absolument aucun journaliste occidental sur place). Le journalisme d'investigation coûte cher, d'où le succès de Mediapart grâce à son indépendance et ses nombreuses révélations. J'appelai aussi des camarades résidant en Irak et faisant accessoirement des incartades en Syrie.

Il ne fait aucun doute que les Russes ont bombardé Alep, mais les Américains, les Turcs, les Irakiens, les Kurdes, Daesh et d'autres groupes intégristes commettent eux aussi des massacres dans d'autres villes syriennes sans que l'opinion française s'en émeuve. À noter que les Syriens se fichent totalement des bougies que les occidentaux allument en protestation contre leurs bourreaux, histoire de se donner bonne conscience ! Il est certain qu'Assad est un dirigeant sanguinaire, mais les autres protagonistes sont tous des dictateurs en place ou potentiels. Il n'y a pas plus de liberté d'expression en Irak, au Kurdistan, en Turquie, en Arabie Saoudite, etc. Les rebelles "démocrates" contre le régime syrien ont été rapidement mis hors d'état de lui nuire et pas seulement par ses sbires. À Alep flottaient les drapeaux noirs de Al Nosra et d'autres groupes intégristes, même si ce n'est pas Daesh, et ceux-là bombardaient la partie ouest de la ville, plus riche que le quartier est. Le point de vue kurde livre un éclairage intéressant sur la question. Il existe en Syrie quantité de milices. Ce qui se prépare à Mossoul risque d'être bien plus meurtrier et les Russes n'y participent pas, du moins pour l'instant. Les images envoyées d'Alep provenaient de Syria Charity, basée à Paris, ex "Pour une Syrie libre", ONG en accord avec Al Nosra et Al Qaida. The Syrian Campaign, basée à Londres, est financée par la famille Asfari qui dirige Petrofac, et par la Fondation Rockfeller. Le journaliste américain Bilal Abdul Kareem présent sur toutes les télés et vivant sur place est converti au Salafisme depuis 1997. Pierre Le Corf qui défend le régime syrien depuis Alep Ouest est lié à l'extrême-droite chrétienne. L'AFP est un organe totalement inféodé aux intérêts français. Etc. Presque toutes les ONG sont financées par des états impliqués dans le conflit. Comme la presse elles font partie de ce quatrième corps d'armée qu'est la communication.

La guerre au Moyen Orient est une guerre économique, comme le fut par exemple la première guerre mondiale, elle concerne les hydrocarbures, gazoducs et oléoducs. Les populations locales paient le prix de cette bagarre pendant que les plus puissants attendent que la situation pourrisse pour ramasser les marchés. On sait les profits juteux que les Américains font de la reconstruction comme par exemple dans les Balkans, et la vente d'armes bat son plein. Les Russes qui viennent de passer un accord avec les Turcs semblent avoir réalisé dans le même temps la plus grosse livraison d'armes jamais reçue par les Kurdes, et les Chinois ont fini par comprendre qu'il fallait aussi profiter de cette aubaine au Moyen Orient. La guerre concerne d'abord l'Arabie Saoudite et l'Iran : Sunnites et Chiites se détestent plus qu'ils ne haïssent Israël ! L'Arabie Saoudite est associée au Qatar, aux USA et accessoirement à la France et autres pays européens impliqués. Poutine soutient l'Iran et Assad qui lui octroie son seul accès à la Méditerranée, il s'oppose évidemment aux USA dont les bases militaires sont installées tout le long de la frontière russe. Erdogan tire probablement les ficelles en faisant semblant d'attaquer Daesh pour mieux pilonner les Kurdes, car son but primordial est d'empêcher la création d'un état kurde. Il livre des armes aux Sunnites pendant qu'il fait ami-ami avec Poutine ! C'est un imbroglio incroyable d'alliances et de traîtrises ressemblant terriblement à Game of Thrones. On peut apprécier le bilan de nos guerres en Lybie où il n'existe plus aucun gouvernement, mais une ribambelle de tribus qui s'entredéchirent. C'est plus ou moins ce qui est à l'œuvre en Syrie, après le démantèlement de l'Irak. Le nombre de factions belligérantes dépasse notre entendement. Nous avons d'une part les intérêts pétroliers des consommateurs occidentaux et d'autre part ceux des vendeurs qui s'entretuent pour remporter la mise. Les soldats français n'ont d'autre mission que de zigouiller leurs concitoyens engagés dans le Djihad, car il n'est pas question qu'ils infectent les prisons françaises à leur retour. Idem pour les Anglais, les Belges, les Hollandais ou les Allemands. La seule attitude possible n'est pas de dénoncer telle ou telle exaction d'un des protagonistes, mais de faire en sorte d'arrêter la guerre. C'est d'ailleurs le sens des propos de Jean-Luc Mélenchon à qui les médias aux ordres essaient de faire dire n'importe quoi qui lui soit défavorable pour les élections présidentielles, par exemple en sortant des extraits de leur contexte. Or pour arrêter la guerre nous devons remettre en cause nos modes de consommation, en particulier tout ce qui concerne l'énergie... En attendant, l'Europe va devoir faire face à un afflux gigantesque de réfugiés qui fuient la destruction de leurs pays et dont nous sommes complices, entre autres, en tant que consommateurs d'énergie et fournisseurs d'armes.

P.S.: Pierre Le Corf m'écrit : "Bonjour Monsieur, permettez moi de vous demander, qu'est-ce qui vous permet d'écrire que je suis lié à l'extrême droite chrétienne? Je suis chrétien d'éducation mais n'ai pas été dans une église depuis 1 an et suis encore moins un adorateur de la droite, étant plutôt à gauche, désolé de vous décevoir. Quant à me placer à la droite d'un terroriste sans faire de jeux de mots ça ne passe pas."

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