Nonselves avec John Sanborn, ce soir au Blackstar

John Sanborn joue avec la vérité comme un chat avec une souris. Son Nonself est un autoportrait en creux basé sur le rejet. Jacques Lacan avançait que l'inconscient ignore les contraires. On se focalisera sur le choix des sujets et non sur leur affirmation ou leur négation. Ce qui nous préoccupe fait sens. Ce soir j'improvise sur 122 des vidéos de Sanborn !

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À sa conférence de mardi au Jeu de Paume, John Sanborn jouait avec la vérité comme un chat avec une souris. La vérité de soi. Qui on est, qui l'on n'est pas. C'est l'en-jeu de son Nonself, portrait en creux basé sur le rejet. Or, si l'on suit Jacques Lacan avançant que l'inconscient ignore les contraires, on se focalisera sur le choix des sujets et non sur leur affirmation ou leur négation. Ce qui nous préoccupe fait sens. Tous les doutes sont permis au je du J'aime/J'aime pas. John Sanborn a supprimé les titres (adjectifs précédés de not) du montage des séquences qu'il m'a fourni. Le melting not en devient un melting pot où les plans jouent à saute-mouton pour retrouver un impossible équilibre. Chacun, chacune, ressentira ainsi à sa manière les sentiments d'acceptation et de rejet que les vidéos provoquent. La musique improvisée que j'ai imaginée participe à ce grand chambardement. Elle accentue, contrarie, transforme le regard porté sur notre société saturée d'images, comme Sanborn le suggère dans son accumulation de signes.

J'ai rarement eu autant de mal à préparer un concert. Jouer sur le montage d'une heure des 122 vidéos de John Sanborn m'a obligé à jongler avec le chronomètre, la projection, les chargements de banques de sons tandis que je continue à frapper mon clavier ; de plus, je dois mixer l'instrument avec le montage radiophonique des années 80 et les sons synchrones de Sanborn. Ses séquences ultracourtes divisent parfois l'écran en deux ou trois panneaux séparés. Je dois posséder quatre bras, jouir d'un strabisme divergent et d'une schizophrénie passagère pour conjuguer l'ensemble ! Le solo est un exercice difficile lorsqu'on joue d'instruments électroniques exigeant que l'on regarde les écrans et qu'on lâche de temps en temps le clavier pour le trackpad.

Fin octobre à Vienne en Autriche j'ai demandé à Walter Robotka de me faire rencontrer quelqu'un pour éviter la solitude du coureur de fond ; je partagerai donc la scène avec le performeur Didi Bruckmayr sans le connaître. Le mode de la conversation l'autorise !

Mais ce soir au Blackstar je devrai faire l'acrobate sans perdre le fil sensible de ce montage aussi politique qu'esthétique. Cette semaine j'ai trouvé quelques astuces pour que l'ensemble se tienne. J'ai par exemple ajouté une petite réverbération sur les sons synchrones afin qu'ils s'intègrent mieux à mon jeu, et minimisé, soit mieux localisé, les interventions de la radiophonie. Cette salade sera imperceptible au public dont les yeux seront rivés à l'écran de Led géant. Si le son a l'avantage d'être évocateur, l'image focalise massivement l'attention des spectateurs...

→ Vendredi 20 septembre au Blackstar, 6 passage Thiéré, 75011 Paris
20h : ouverture des portes
20h15 John Sanborn Pensées Aléatoires du Futur
21h : le chanteur Pierre Faa accompagné par Paul Abichared
21h45 : vidéos d'Agnès Guillaume, Sarah El Hamed, Héloïse Roueau
22h30 : Nonselves, performance de Jean-Jacques Birgé sur 122 vidéos de John Sanborn
23h30 John Sanborn The Temptation of St. Anthony
Minuit : DJ et video de Marcus Kreiss Souvenirs from Earth
Entrée 10€ allant aux musiciens (chèque ou liquide) / au bar CB acceptée !

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