PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines

L'exposition "PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines", présentée au CEAAC à Strasbourg jusqu'au 22 novembre, s'inspire des recherches de Johann Wolfgang Goethe, le « Traité des couleurs » publié en 1810. Huit artistes parmi lesquels Ange Leccia, Anne-Sarah Le Meur, Sarkis, Ann Veronica Janssens jouent avec la lumière qui tint Goethe jusqu'à son dernier soupir...

oeil-ocean
Difficile de résister à jouer avec les réflexions que renvoient les miroirs devant l'œuvre que Anne-Sarah Le Meur présente à l'exposition du CEAAC de Strasbourg (jusqu'au 22 novembre) ! Comme le soleil vu de face au travers de nos paupières, sa première œuvre générative datant de 2007, Œil-Océan, projetée sur grand écran, laisse apparaître des trous noirs parmi les constellations de faux à-plat de couleurs. Le décor préservé de l'ancienne fabrique de céramique et de verre réfléchit la relativité de notre perception du temps qui n'est autre que distances. La lumière prend le sien, et les couleurs s'y plient.

L'exposition collective PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines s'inspire des recherches de Johann Wolfgang Goethe, le « Traité des couleurs » publié en 1810. Au rez de chaussée, le bol rouge RAL 3002 d'Ann Veronica Janssens se joue des apparences dès lors qu'on l'appréhende de face : globe ou demi-sphère ? Convexe ou concave ? Le cerveau redresse les images renversées que notre œil perçoit. Dans une pièce obscure est projetée une version de La mer d'Ange Leccia (1991) habituellement présentée au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg ; j'y vois d'autres couleurs que celle de 17 mètres de long découverte à l'entrée du MEG à Genève, la rendant plus abstraite. L'atelier d'aquarelle dans l'eau de Sarkis prendra réellement forme lorsque les enfants viendront y tremper leurs pinceaux pour diluer le rouge, le jaune et le bleu.
Au fond, Anne-Sarah laisse son œuvre évoluer seule au gré d'une générativité programmée qu'elle approfondira plus tard avec l'installation Outre-Ronde qui lui prendra quinze ans ou, plus récemment, Omni-Vermille que j'eus le privilège de sonoriser récemment au ZKM. Sous le titre Lumière Limite, vingt-sept tirages et un triptyque vidéo sont actuellement exposés à Nice à la Galerie Depardieu, et à Paris pour le dixième anniversaire de la Galerie Charlot, qui la représente, Œil-océan et le tirage Rosebing_07. Enfin, nous présenterons ensemble le spectacle audiovisuel Melting Rust, créé l'an passé à Victoria en Transylvanie, le 17 octobre prochain à 18h à Paris au Grand Action lors du Festival des Cinémas Différents.

Au premier étage du CEAAC, le cube de verre Untitled (Pink Coco Lopez) d'Ann Veronica Janssens crée de nouvelles illusions, projetant une plaque rouge à l'endroit où elle n'est pas. J'ai toujours adoré les aventures prismatiques. Il faut bouger pour l'apprécier vraiment, comme devant la sculpture Hi Robert! de Capucine Vandebrouck qui rend hommage à Robert Morris, le PVC diffractant la lumière. Untitled (Gravitational Waves), Rock and Sand et Untitled (Landslide Laboratory) de Marina Gadonneix nous propulsent dans l'espace à la manière de la science-fiction, expériences variées de la perception. Aurais-je imaginé que la résine cristal et le film iridescent d'Aube 1 de Gaëlle Cressent soient fixés sur un panneau de signalisation ? Toutes ces œuvres interrogent, comme encore les photographies de Marie Quéau... On en redemande, à l'instar de Goethe dont les derniers mots furent Mehr Licht !. Toujours plus de lumière !

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